Publié le 06 mai 2011

ENVIRONNEMENT

Plantes médicinales : le grand ménage de printemps

Si le 1er mai a fait la fête au muguet, il a coupé l'herbe sous le pied à d'autres plantes. Une directive européenne exige désormais que les plantes médicinales prouvent leur efficacité. Un coût difficilement supportable pour les petites entreprises du secteur.

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© istock

Quand vous aviez les jambes un peu lourdes ou la digestion capricieuse, vous fonciez chez votre herboriste préféré. Là, au milieu des étagères bardées de remèdes en tout genre, vous aviez appris à reconnaître d'un coup d'œil les préparations à base de petit houx ou de fenouil qui vous dégonfleraient les mollets et apaiseraient votre ventre. Depuis le 1er mai, ces rayons risquent bien d'avoir subi une cure d'amaigrissement drastique. Après une période de transition de sept ans, une nouvelle directive européenne concernant la sécurité et la qualité des médicaments traditionnels à base de plantes est entrée en vigueur. Elle pourrait bien bouter hors des échoppes nombre de ces traitements.

Des médicaments traditionnels plus sûrs...

« De nombreux médicaments, même anciens, ne répondent pas au critère d'un usage bien établi avec une efficacité reconnue et un niveau acceptable de sécurité », justifie le Parlement européen dans cette directive. Les médicaments conventionnels (aspirine, Ventoline et consorts) passent à la moulinette de l' « Autorisation de mise sur le marché » : ils doivent montrer patte blanche, autrement dit fournir des résultats d'essais physicochimiques, biologiques, microchimiques, pharmacologiques et toxicologiques attestant de leur qualité, sécurité et efficacité... Une « carte d'identité scientifique » que sont bien incapables de montrer algues, champignons, lichens, frais ou séchés, entiers ou fragmentés, les distillats, les huiles ou encore les extraits de plantes !

Pour garantir malgré tout l'innocuité et l'efficacité des médicaments traditionnels à base de plantes, la directive européenne semblait avoir trouvé la parade : « Prévoir une procédure d'enregistrement simplifiée spéciale pour certains médicaments traditionnels », sans obligation d'essais cliniques par exemple. En clair : une décoction utilisée depuis plus de 30 ans a d'ores et déjà une efficacité et une innocuité plus que plausibles. Les consommateurs continueraient-ils en effet à se ruer sur les huiles à base de géranium et de pépins de raisin pour lisser leurs cuisses si celles-ci leur provoquaient démangeaisons et ne leur faisaient aucun bien ? Non. C'est donc qu'on peut en partie leur faire confiance, ont estimé les législateurs. « Nous voilà au terme d'une longue période de transition (1) qui aura donné aux producteurs et importateurs de médicaments traditionnels à base de plantes le temps de démontrer que la sécurité et l'efficacité de leurs produits sont acceptables. A présent, les patients peuvent se fier aux médicaments traditionnels à base de plantes qu'ils achètent dans l'Union », a expliqué John Dalli, commissaire européen à la santé et à la politique des consommateurs.

... Mais moins nombreux

Pari gagné ? Pas vraiment. Car cette « procédure simplifiée »... est un vrai casse-tête. Point d'essais cliniques, donc, mais un premier obstacle : attester d'un usage depuis au moins trente ans, dont au moins quinze au sein de l'Union européenne. Deuxième frein : le coût du dossier d'enregistrement, que la députée européenne Michèle Rivasi (Europe Ecologie) estime, dans une tribune publiée sur Rue89, à 60 000 euros. Le Collectif pour la défense de la médecine naturelle (CDMN) le fixe lui à 180 000 euros !
Dans les labos missionnés par l'UE pour octroyer l'« enregistrement simplifié », la paperasse semble aussi avoir raison de l'efficacité des scientifiques. « Il aura fallu près de deux ans de travail de plusieurs dizaines d'experts représentants des 27 pays pour que la Commission reconnaisse aux graines de fenouil commun ses indications de drogue antispasmodique expectorante ou digestive, indications connues depuis des siècles dans les cultures populaires euro-méditerranéennes et chinoises. Le cas de la feuille de vigne rouge aura pris 3 ans », ironise le Syndicat inter-massifs pour la production et l'économie des simples (un mot employé dès le XVIe siècle pour désigner les plantes médicinales).

Au final, les plantes désormais autorisées par la liste communautaire, instaurée par cette directive, sont seulement 149, alors que la Commission en envisageaient auparavant 600 ! D'après le S.I.M.P.L.E.S, le nombre d'espèces de plantes médicinales s'élèverait pourtant à 1500 en France et à 20 000 dans le monde... Résultat des courses : depuis la publication de la directive, en 2004, moins de 200 médicaments traditionnels à base de plantes auraient pour l'instant été approuvés par l'Agence européenne des médicaments (AEM).
Les remèdes chinois bientôt indésirables ?

Le cas des plantes médicinales en Europe donne donc plutôt la gueule de bois à de nombreuses associations. Les membres de l'Organisation syndicale de médecine chinoise (OSMC) s'inquiètent de l'interdiction pure et simple des plantes chinoises en Europe, alors que celles-ci sont au cœur même de leur art. Pour Avaaz, une organisation supranationale qui a lancé une pétition en ligne, cette directive remet en cause le « droit de choisir les médicaments et les traitements efficaces pour la santé de nos familles » et favorise délibérément les grandes entreprises pharmaceutiques... Le Collectif pour la défense de la médecine naturelle (CDMN) s'est par contre fait remettre dans les rangs par 60 millions de consommateurs, après avoir buzzé sur la toile avec une vidéo jugée plus que trop alarmiste.
La députée Michèle Rivasi, enfonce une autre porte : « les vraies victimes seront les petites entreprises du secteur », assure-t-elle. Parmi elles, des petits producteurs de plantes, mais aussi les praticiens et détaillants liés aux médecines naturelles. Le débat sur la situation des médicaments à base de plantes médicinales n'est en tout cas pas prêt d'arrêter de pousser sur la blogosphère.

(1) Sept ans, depuis l'adoption de la directive le 31 mars 2004 jusqu'à son entrée en vigueur le 1er mai 2011

Alice Bomboy - En partenariat avec Terra Eco
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