Publié le 26 septembre 2011

ENVIRONNEMENT

Pesticides : des salariés portent plainte contre leur employeur

Peuples solidaires et Générations Futures relaient la procédure judiciaire que des salariés de l'agroalimentaire ont déposé contre leur employeur pour faute inexcusable. En cause : les maladies qu'ils ont contractées après avoir été exposés à des pesticides, dont une substance pourtant interdite depuis 2006.

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Si le phénomène est bien connu chez les agriculteurs, d'autres salariés sont victimes de l'exposition aux pesticides. Des salariés de l'agroalimentaire, mais aussi des dockers et des chauffeurs routiers, se retrouvent en effet exposés à des pesticides utilisés pour la conservation de céréales, stockés dans des silos ou des hangars et transportés dans des camions. « Bien que leur métier ne les prédispose pas au contact avec ces produits, le fait de travailler à proximité de céréales traitées a des répercussions sur leur santé qui restent méconnues aujourd'hui », souligne Nadine Lauverjat de Générations Futures, qui relaie, en association avec le syndicat Solidaires, la plainte déposée par deux employés ayant travaillé dans le stockage des céréales. Laurent Guillou et Stéphane Rouxel, anciens salariés d'Eolys, une entreprise agroalimentaire bretonne rachetée aujourd'hui par une importante coopérative du secteur ,Triskalia ont porté plainte contre leur employeur pour avoir été intoxiqués à des pesticides, dont le NUVAN TOTAL, pourtant interdit depuis 2006. « L'entreprise avait encore des stocks de bidons qu'elle a voulu écouler, puis qu'elle a voulu détruire quand nous avons découvert que ce produit était illégal, précise Laurent Guillou. Triskalia répond aujourd'hui qu'elle a bien utilisé ce produit mais « par erreur » et qu'il s'agissait d'un « fond de bidon », ajoute Laurent Guillou.

Un manque de protection

Les deux employés accusent également l'entreprise de les avoir exposés sans protection suffisante dans les hangars ou lors du transport des céréales. « Il n'y avait pas de ventilation ni de système de réfrigération pour des raisons de coût, commente Stéphane Rouxel. Alors que ces hangars sont habituellement envahis par les pigeons, nous n'en voyions plus un seul tant l'atmosphère était toxique ». Les deux employés accusent également Eolys d'avoir eu recours à une entreprise non agrée pour traiter les céréales aux pesticides, et ont pu mesurer que les doses maximales autorisées avaient été largement dépassées.
Atteints de douleurs, de nausées, de vomissements, mais aussi d'une forte intolérance aux produits phytosanitaires (y compris à très faible dose) , leur cas a été reconnu en « accident du travail » par les tribunaux de la sécurité sociale. La médecine du travail les a également déclarés « inaptes » en janvier 2011. Mais 6 mois plus tard, l'employeur les licencie, en justifiant sa décision par l'inaptitude des deux salariés... « Des propositions de reclassement nous ont certes été faites, mais nous ne pouvons pas rester en contact avec ces produits, même de manière indirecte », explique Laurent Guillou. Aujourd'hui, ils contestent leur licenciement devant les prud'hommes et veulent faire reconnaître la « faute inexcusable » de leur employeur, en s'appuyant sur le code du travail, qui stipule une obligation de résultats en matière de sécurité des salariés.

D'autres cas

Ces deux cas d'intoxication publiquement révélés pourraient être suivis par bien d'autres. Une association de dockers, « l'Association pour la protection de la santé au travail des métiers portuaires » a été constituée pour comprendre le rôle des pesticides et des fongicides, mais aussi des hydrocarbures, qu'ils soupçonnent d'être à l'origine de la réduction significative de la durée de vie des dockers, de l'ordre de 8 à 10 ans. En cause, les containers de céréales traitées aux pesticides, les bois tropicaux aspergés de fongicides, les fruits et légumes imprégnés de conservateurs, les engrais (ammonitrate, phosphate, sulfate...). Or, si l'association reconnait que des progrès ont été accomplis ces dernières années en matière d'accidentologie ou de protection des dockers, elle aura un travail considérable à mener pour faire reconnaître le lien de causalité entre les pathologies développées et l'environnement portuaire...
Et la récente publication de l'étude « Agrican » consacrée à la santé des agriculteurs, ne va probablement pas les aider. Attendue depuis 2 ans, cette enquête menée par la Mutualité sociale agricole (MSA) sur 180.000 personnes depuis 2005 ne fournit pour l'instant que des données sur la mortalité par cancer, les résultats sur l'incidence en fonction des facteurs professionnels et de l'utilisation de pesticides devant être publiés en 2012. Les auteurs estiment pour l'heure que « quelle que soit la cause du décès (cancers, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires, maladies digestives, accidents ...), les agriculteurs français sont en meilleure santé que le reste de la population française ». Les hommes et les femmes de la cohorte ont respectivement 27% et 19% moins de risque de mourir d'un cancer en comparaison avec « la population générale du même département et du même âge ». Pour Génération Futures, «la communication se veut rassurante mais occulte le fait que les agriculteurs sont plus fréquemment touchés par certains cancers que la population générale: cancers de la prostate, cancers des lèvres, des lymphomes, entre autres». Même réaction pour Corine Lepage : « rien n'apparaît sur les incidences des cancers (morbidité) ou sur les différences pouvant exister entre les exploitants et les salariés agricoles alors que de nombreux travaux scientifiques internationaux ont pu établir des liens entre l'exposition aux pesticides dans les exploitations agricoles et l'accroissement des cancers hormono-dépendants (prostate, testicules, seins) et des tumeurs cérébrales. »

S'agissant des expositions professionnelles aux pesticides, l'étude indique seulement que 9 % des femmes de la cohorte sont (ou ont été) utilisatrices de pesticides et 48 % des hommes. Parmi eux, 8,7% des hommes ont déclaré une intoxication à un pesticide contre 5,1% des femmes. Par ailleurs près de la moitié de ces intoxications (49,1%) a « entraîné une consultation chez un professionnel de santé voire une hospitalisation », indique le rapport.

Véronique Smée
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