Publié le 29 novembre 2016

ENVIRONNEMENT

Perturbateurs endocriniens : nouvelle alerte des scientifiques

Alors que Bruxelles doit bientôt rendre son projet de règlementation sur les perturbateurs endocriniens, une centaine de scientifiques d’envergure internationale alertent sur les dangers d’un texte a minima. Ils dénoncent la fabrique du doute par les industriels du secteur. Et leurs liens avec les instances européennes. Explications.

Rien n’est fait pour réduire notre exposition à ces substances toxiques, que l’on trouve aussi bien dans des produits d’hygiène, des produits plastique, des meubles, de l’électronique… Mais surtout dans notre alimentation (via les pesticides).
Mikedabell / iStock

Plus qu’un appel, c’est un signal d’alarme que vient de tirer une centaine de scientifiques internationaux (1). "Jamais l’humanité n’a été confrontée à un fardeau aussi important de maladies en lien avec le système hormonal, écrivent-il dans une tribune publiée par Le Monde. La très grande majorité des scientifiques activement engagés dans la recherche des causes de ces évolutions préoccupantes s’accordent pour dire que plusieurs facteurs y contribuent, dont les produits chimiques capables d’interférer avec le système hormonal."  C’est-à-dire les perturbateurs endocriniens

 

Les autorités européennes de santé pointées du doigt

 

Et pourtant, déplorent-ils, rien n’est fait pour réduire notre exposition à ces substances toxiques, que l’on trouve aussi bien dans des produits d’hygiène, des produits plastique, des meubles, de l’électronique… Mais surtout dans notre alimentation (via les pesticides). 

Depuis des années, malgré la bonne volonté de certains États, la Commission européenne tarde à prendre des mesures règlementaires strictes (voir nos différents articles sur le sujet). L’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments, considère en effet que "les perturbateurs endocriniens (…) peuvent être traités comme la plupart des substances [chimiques] préoccupantes pour la santé humaine et l’environnement". Une position en contradiction avec celle de l’OMS / PNUE, qui précise que "la méthode traditionnelle d’évaluation des risques des produits chimiques est inadéquate"

 

"Les marchands de doute à l’œuvre"

 

Comment expliquer ce hiatus entre les deux instances ? Pour la journaliste scientifique Stéphane Horel, la commission européenne s’appuie sur des études financées par les industriels, comme le Conseil européen de l’industrie chimique, l’Amercian Chemistry Council ou le lobby Crop Life.

Les scientifiques signataires de la tribune ne disent pas autre chose : "Des individus dans le déni de la science ou financés par des intérêts industriels déforment délibérément des preuves scientifiques afin de créer une fausse impression de controverse. (…) Les marchands de doute sont à l’œuvre dans plusieurs domaines, comme les industries du tabac et de la pétrochimie ou le secteur agrochimique." 

Ces scientifiques préconisent la création d’un "groupe ayant le même statut international et les mêmes prérogatives que le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)". Il permettrait d’évaluer les connaissances scientifiques destinées aux responsables politiques, dans l’intérêt général. 

Béatrice Héraud
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