Publié le 24 février 2009

ENVIRONNEMENT

Nanotechnologies : quels risques?

Les nanotechnologies font déjà partie de notre quotidien depuis plusieurs années. Plusieurs initiatives ont été prises pour évaluer leurs impacts environnementaux et sanitaires, mais aucun pays n'a encore réglementé ces nouvelles technologies.

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Perçues comme les technologies clés du 21ème siècle, les nanotechnologies, -qui utilisent la matière à une échelle extrêmement petite-, sont également considérées comme une industrie dont le potentiel se chiffre jusqu'à mille milliards d'euros à court terme. Pour autant les conséquences environnementales, éthiques ou sanitaires de cette science sont encore mal connues. Existant d'ores et déjà en masse dans l'industrie alimentaire, électronique et cosmétique, les domaines d'usage des nanotechnologies sont très vastes : automobile, énergies renouvelables, matériaux de construction, applications médicales, pharmacie, optique, textile, agro-alimentaire et bien d'autres. Au plan économique comme au plan de la responsabilité des entreprises, c'est un enjeu majeur. En 2005, le cabinet Innovest a lancé le premier « Nanotechnology Index », en sélectionnant 15 entreprises à partir d'une liste de 300 groupes opérant dans les nanotechnologies. Contrairement à la méthodologie traditionnelle d'Innovest, l'indice recense des entreprises de différents secteurs, choisies pour leurs efforts de réduction des risques et leur choix de privilégier des secteurs « propres ».

2000 nanoparticules en circulation

Certaines applications des nanotechnologies font déjà partie de notre quotidien, depuis plusieurs années. Près de 2000 nanoparticules sont commercialisées, dans environ 500 articles disponibles en France (crème pour le visage, lecteur MP3, pneus, colles, peintures, vélos...). Les premiers, comme les postes de radio ou les médicaments ciblés, intégrant des nanostructures actives, sont sur le marché depuis 2005. « Pour autant, les incertitudes sur le comportement à terme des nanoparticules dans l'environnement, leur écotoxicité et leur impact sur l'homme sont très grandes, qu'il s'agisse de l'exposition en milieu de travail, de la dissémination dans l'environnement ou des usages thérapeutiques », indiquait en France le Comité de la Prévention et de la Précaution (CPP), dans un rapport demandé en 2007 par le ministère de l'écologie. « Alors que les perspectives économiques offertes par les nanotechnologies sont considérables, le contraste n'en est que plus frappant avec le caractère encore très limité des études d'impact sanitaire des nanotechnologies de leur production à leur destin final (déchets) et la proposition très insuffisante des enveloppes budgétaires destinées à ce type d'investigation », déplore le CPP. Sur le plan sanitaire, ce sont justement les propriétés technologiquement intéressantes des nanoparticules qui peuvent poser problème. L'INRS, dans son étude sur les risques en milieu de travail (« Les nanoparticules : un enjeu majeur pour la santé au travail ? ») pointe également les risques pour ceux qui manipulent les nanomatériaux: « On en sait très peu sur les nanoparticules, mais suffisamment pour préconiser l'application du principe de précaution » observe Benoit Hervé-Bazin, coordinateur de l'étude à l'INRS (voir article lié).

"Secret industriel"

Récemment, c'est le Haut conseil de la santé publique qui a estimé que les nanotubes de carbone constituent un danger potentiel. Saisi en juin 2008 par le directeur général de la santé, le HCSP a analysé les connaissances actuelles sur les nanotubes de carbone. Le rapport, paru le 7 janvier 2009, indique que ces résultats « constituent un signe d'alerte majeur ». Le Haut conseil préconise « la mise en place rapide de mesures de protection contre des expositions susceptibles d'induire un risque sanitaire sérieux » et demande à l'Europe d'instaurer pour les nanoparticules une réglementation similaire à REACH. En attendant, l'instance recommande, « en vertu du principe de précaution », que la production de nanotubes soit strictement confinée. Quelques mois avant, un avis de l'Afsset mettait en cause l'innocuité des nanoparticules produites par les industries. L'agence prônait la précaution auprès des entreprises, sans pour autant recommander l'interdiction des nanomatériaux.
L'information des consommateurs sur ces produits reste aujourd'hui très limitée. Les entreprises communiquent peu, ou pas du tout, sur le sujet (voir article lié). En France, la discrétion est de rigueur. A la question de savoir si oui ou non, leurs produits contiennent des nanoparticules, les entreprises rechignent à répondre. Et lorsqu'elles acceptent, la plupart expliquent leur silence par la protection du secret industriel.

Véronique Smée
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