Publié le 13 janvier 2011

ENVIRONNEMENT

Mediator : l'UFC-Que choisir et l'AFD veulent instaurer « une démocratie sanitaire »

116 plaintes ont été déposées à Paris, dont 10 concernant des décès, par le biais de l'Association des victimes de l'isoméride et du Médiator (AVIM). L'UFC-Que Choisir a également porté plainte au pénal et formule avec l'AFD (Association française des diabétiques) des propositions pour sortir de l'« organisation malsaine du système médical ». En ligne de mire : les laboratoires pharmaceutiques, omniprésents sur toute la chaîne du médicament.

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Si les associations de défense de victimes du Médiator sont partagées sur la stratégie à adopter face au laboratoire Servier, l'UFC-Que Choisir a en revanche opté pour une action au pénal en déposant une plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui, homicide et blessures involontaires, tromperie sur la marchandise et sur les risques inhérents du produit". L'objectif est d'éviter « l'opacité des négociations à l'amiable », a déclaré son président Alain Bazot, « qui se font dans l'ombre et dans lesquelles tout le monde n'entre pas". Par ailleurs, l'association met en garde les victimes, qui « risquent de déchanter en découvrant ensuite qu'elles ont été spoliées, alors que, dans le cadre d'un fonds, cela se fera au vu et au su de tout le monde, dans la transparence". Enfin, c'est également l'intérêt collectif que souhaite défendre l'UFC : « Ce n'est pas notre premier scandale du médicament. Le Mediator n'est qu'un nouveau révélateur d'un système du médicament qui souffre de graves carences, d'un système pourri", a déclaré Alain Bazot. "Il faut que cela change et nous ne lâcherons pas sur le dossier de la réforme".

Georges-Alexandre Imbert, président de l'Association d'aide aux victimes des accidents de médicaments, défend au contraire un "accord amiable" avec le laboratoire, estimant que les procédures pénales durent des années sans garantie sur l'issue du procès. De son côté, Servier s'est dit "prêt à assumer sa responsabilité si elle est engagée" dans une interview lundi 10 janvier sur RTL. Certes, répond l'UFC, mais « seule la justice peut décider de la responsabilité du laboratoire ». L' Association des victimes de l'isoméride et du Médiator (AVIM), souhaite elle aussi aller au pénal « et pas simplement recevoir un chèque", a souligné le Dr Dominique-Michel Courtois, président. Il a déposé le 11 janvier 116 plaintes, dont au moins 10 liées à des décès. De son côté, l'Association française des diabétiques (AFD), qui fait un parallèle avec l'explosion de l'usine AZF à Toulouse, souhaite une négociation collective imposée par l'Etat, incluant Servier, assortie de la création d'un fonds d'indemnisation. "Vu la gravité du problème, vu qu'il y a des responsabilités de la pharmacovigilance, l'Etat serait dans son rôle de prendre l'initiative d'une négociation collective, incluant Servier", a déclaré son président à l'AFP.

Les laboratoires omniprésents sur toute la chaîne

Lors d'une conférence de presse commune le jeudi 13 janvier, l'UFC et l'AFD ont rappelé les différents épisodes de l'affaire Mediator, soulignant « l'influence des laboratoires trop forte dans l'organisation du médicament sur les agences comme les prescripteurs, l'obsolescence du système d'évaluation des médicaments et les graves disfonctionnements liés au cloisonnement des structures sanitaires. »
Premier point : ce sont les laboratoires eux-mêmes qui financent les autorisations de mises sur le marché des médicaments (AMM). En effet, pour l'examen des dossiers d'AMM, les laboratoires versent des taxes et redevances qui constituent l'essentiel des recettes de l'Afssaps, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé chargée de ces AMM. A hauteur de 88 millions d'euros en 2009 sur un budget total de l'agence de 111 millions d'euros. « Ceci rend ainsi l'Afssaps très dépendante de son activité d'AMM et de la quantité d'AMM que l'industrie pharmaceutique lui dépose », analyse l'UFC.

Par ailleurs, l'agence rend un avis sur la base de dossiers constitués par les laboratoires pharmaceutiques eux-mêmes et non sur des études indépendantes... Enfin, l'agence est d'autant plus sous influence qu'elle fait appel à des experts (2000 environ) dont 71% ont des liens d'intérêts avec les laboratoires... Parmi les noms les plus cités reviennent par ordre décroissant : Sanofi-Aventis, Roche , GSK, Pfizer et Novartis. « Ainsi, un médecin exerçant un travail pour un laboratoire pharmaceutique peut être amené à se prononcer sur un produit de santé fabriqué par ce même laboratoire au titre d'expert pour une agence nationale chargée de son évaluation », résume l'UFC.

« Les nouveaux médicaments lancés en 2010 ont rarement apporté quelque chose de meilleur »

Ces conflits d'intérêts se rencontrent à tous les niveaux du dispositif d'évaluation des médicaments, de la mise sur le marché jusqu'à la prescription. En 2009, l'industrie pharmaceutique employait environ 19 000 visiteurs médicaux en France (soit 20% de l'emploi des entreprises du médicament) qui peuvent visiter un médecin entre 7 et 77 fois par an pour le même médicament... La revue médicale Prescrire, totalement indépendante, rappelle pour sa part que « nouveauté commerciale ne doit pas être confondue avec progrès thérapeutique » s'agissant du lancement des médicaments. Selon son bilan 2010, « les nouveaux médicaments de l'année ont rarement apporté quelque chose de meilleur pour les patients, et certains sont à écarter ». Pire, « même chez les patients atteints d'un cancer sans traitement satisfaisant, il vaut mieux parfois se passer des nouveaux traitements, quand ils sont sans bénéfice démontré et ont des effets indésirables graves » , peut-on lire sur son site internet.

Prescrire poursuit son bilan, illustrant parfaitement la dérive du système : « Dans les pathologies cardiovasculaires, de nouveaux médicaments ont été commercialisés malgré l'absence d'intérêt; ou sans qu'une efficacité en termes de réduction de la morbidité cardiovasculaire soit démontrée; ou sans qu'ils aient plus d'efficacité démontrée que le traitement de référence ». S'agissant des patients diabétiques - censés être soignés par la Mediator- « quand un traitement médicamenteux est nécessaire, mieux vaut en rester aux traitements éprouvés (...) Les nouveautés, sont à éviter en l'absence d'efficacité démontrée (...) en raison de leurs effets indésirables nombreux et d'inconnues à long terme ». Mais surtout, Prescrire rappelle que « dans chaque cas, ces effets indésirables étaient connus depuis longtemps, ou prévisibles. Connus, parfois dès leur mise sur le marché, car ils avaient été repérés lors des premiers essais cliniques. Ou prévisibles, par raisonnement pharmacologique, ou au vu de la parenté chimique du médicament avec des médicaments aux effets indésirables graves avérés. »

Face à ces scandales sanitaires à répétition, l'Association Française des Diabétiques et l'UFC-Que Choisir exigent une réforme du processus de mise sur le marché des médicaments à travers 4 propositions. Limiter en premier lieu le pouvoir de l'industrie pharmaceutique dans la chaîne de décision en rendant indépendantes les agences d'évaluation ; contrôler plus efficacement les pratiques de prescriptions en créant un corps de visiteurs médicaux indépendants sous l'égide de la Haute Autorité de Santé ; clarifier les prérogatives des structures sanitaires et leur coordination afin que les responsabilités ne soient plus diluées ; enfin, renforcer et valoriser la pharmacovigilance en renforçant les modalités d'alerte sur les effets indésirables des médicaments.

Véronique Smée
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