Publié le 28 mars 2007

ENVIRONNEMENT

Le secteur de la santé prend conscience de ses impacts environnementaux

L'industrie pharmaceutique nous protège contre les maladies mais qui nous protègera contre les effets des substances médicamenteuses distillées dans l'environnement, par les effluents des hôpitaux ? Voila une des questions auxquelles s'efforce de répondre le Comité pour le développement durable en santé (C2DS). Lors de son assemblée plénière, le 21 mars, la prise de conscience des risques sanitaires et environnementaux liés au milieu hospitalier, a semblé prendre corps.

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Alternatives écologiques

Pour aider les établissements de santé à aller dans le sens d'une gestion écologique, plus saine pour son personnel et ses patients, le C2DS référencera prochainement sur son site Internet un catalogue d'alternatives, comme les détergents biodégradables Atout Vert ou le désinfectant pour les mains Stériderme, qui respecte la peau des utilisateurs. D'ici un an à 18 mois, Rolland Moreau, haut fonctionnaire au DD du ministère de la Santé a exprimé le souhait d'éditer un guide pour la gestion responsable des établissements de santé, en partenariat avec le Comité et l'organisation internationale Healthcare Without Harm.

Premier engagement concret : quatre centrales d'achat du secteur de la santé ont signé une charte des achats responsables, le 21 mars 2007, lors de l'assemblée du Comité pour le développement durable en santé (C2DS) qui rassemblait une centaine de personnes. L'UGAP qui décide des fournitures de l'ensemble des administrations françaises en faisait partie. Si les neufs points de la charte ne contiennent pas d'objectifs de résultats, ils ont le mérite d'inciter à des choix que font déjà certaines. La centrale Club H, par exemple, a déclaré choisir des emballages sans phtalates et éviter le PVC dans les produits courants comme les tuyaux de perfusion, depuis 1995, en application du principe de précaution.
Cette précaution est très utile, selon le professeur Belpomme, cancérologue et président de l'Appel de Paris, qui a déclaré lors de la réunion : «Nous avons là une future affaire du sang contaminé. L'un de ces phtalates qui se libère lors de la perfusion, est soupçonné de provoquer des avortements chez des femmes enceintes. »

Produits malsains

Cet exemple, parmi d'autres, illustre quels types de produits malsains se trouvent au contact direct des patients. Il faut y ajouter les matériaux de construction, revêtements et détergents qui empoisonnent l'air au quotidien de COV (composés organiques volatils). On sait, en effet que les risques toxicologiques dans les bâtiments du tertiaire sont inquiétants, y compris dans ceux relevant de la santé qui accueillent une population particulièrement vulnérable de malades et d'enfants. Heureusement il existe une multitude d'alternatives, testées ici et là en France mais encore largement méconnues. Le C2DS, lancé par le directeur de clinique Olivier Toma en mai 2006, (voir article lié) a pris les choses en main pour rassembler les bonnes pratiques et favoriser leur diffusion. « L'hôpital est le premier secteur à apporter un intérêt concret aux questions des toxiques » fait remarquer Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France. Les chantiers sont multiples et mobilisent autant de groupes de travail, depuis la politique d'achat (liée à celle des déchets) jusqu'à l'éco-construction, en passant par la gestion de l'énergie, de l'eau, des effluents et l'éducation à une nutrition plus saine.

Bénéfice santé HQE

Certains établissements se sont d'ores et déjà engagés dans une démarche Haute Qualité Environnementale (HQE), grâce au Plan d'investissement public Hôpital 2007 (CHR d'Orléans, de Clermont-Ferrand, de Douai, de Nice...). Pour le Plan Hôpital 2012, qui prévoit dix milliards d'euros d'allocations supplémentaires, les critères développement durable et HQE seront obligatoires -alors que le cas de l'amiante est loin d'être réglé.... Le ministère de la Santé estime à 14 % le surcoût de la démarche HQE, sans que « le gain à long terme [n'ait été] évalué ».
Le centre privé de dialyse du Béarn, à Aressy, près de Pau, mesure lui déjà les résultats sur la santé et le bien-être de ses patients de sa démarche Greenlight (label de la Communauté européenne) visant à réduire les émissions polluantes tout en améliorant le confort visuel, grâce à un éclairage à rendement optimum. Le centre qui prend en charge 32 000 patients, travaille uniquement en lumière naturelle le jour et est climatisé sans technologie, par ventilation. Le bâtiment, livré en 2003 par l'architecte Marc Tillous, a prouvé son confort thermique pendant la canicule. « Nous économisons 16 tonnes de CO2 par an et notre turn-over est de 0% » déclare le directeur Josée Lalanne. Ce bilan est susceptible d'intéresser les 22 établissements qui doivent réduire de 21% leurs rejets de CO2, selon le second Plan National d'Affectation des Quotas de CO2 (PNAQ). A Aressy, le suivi au niveau des patients ne révèle « aucune infection depuis le nouveau bâtiment, pas d'agressivité, moins de stress, donc moins de prise de médicaments, grâce notamment aux vues sur le parc » ou sur les patios végétalisés depuis les chambres.

Maladies nosocomiales et déchets sensibles

Le constat tranche avec celui que fait Dominique Belpomme sur l'Hôpital Pompidou, qu'il qualifie « d'erreur ». « En construction hospitalière, nous avons oublié le paradigme de Pasteur : les contraintes sanitaires exigent non pas des concentrations verticales mais pavillonnaires » clame le cancérologue. Cette erreur architecturale est une cause, selon lui, des nombreuses infections nosocomiales. Ce problème de maladies contractées à l'hôpital est devenu la priorité absolue des hôpitaux et c'est justement l'un des freins principaux aux attitudes environnementales, relevé par le C2DS. « La priorité est le médical et non l'écologique » confirme Marie-Christine Burnier, de la Fédération hospitalière de France (FHF) « d'où l'utilisation de détergents extrêmement polluants et d'antibiotiques, incompatibles avec le traitement des eaux usées ». Cependant les désinfectants chimiques très puissants sont utilisés de manière inconsidérée. « On en trouve partout ! » tempère Philippe Parvy, qui mène un travail de réduction des déchets chimiques dangereux à l'AP-HP (Assistance publique - Hôpitaux de Paris) depuis 1995 et a implanté sa méthode sur 39 sites. « On prend des marteaux pour tuer des mouches » l'appuie le Docteur Suzanne Déoux, consultante en écologie médicale des bâtiments.
Pour des raisons similaires, les innombrables déchets hospitaliers sont incinérés rapidement pour éviter toute contamination. Ils rejettent par la même occasion des dioxines chromées et bromées, qui sont des substances bioaccumulables, contribuant à l'augmentation des cancers. Le sujet très sensible des déchets toxiques et cancérogènes rejetés dans l'air et dans l'eau, n'a semble-t-il, trouvé aucune solution radicale. La voie la plus sûre semble encore être la réduction à la source, par le tri et le traitement spécifique des produits chimiques, combiné à une utilisation rationnée et précautionneuse. La prise de conscience grandissante des impacts environnementaux conduira-t-elle à remettre en cause les outils de soin à usage unique qui alimentent les incinérateurs ? Marie-Christine Burnier, de la FHF reconnaît que « le principe d'Hippocrate : « d'abord, ne pas nuire » ne s'applique pas seulement à l'individu mais doit s'élargir à la communauté »

Hélène Huteau
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