Publié le 10 novembre 2009

ENVIRONNEMENT

Le Plumpy'nut ou comment lutter contre la malnutrition

Le Plumpy'nut, pâte nutritive prête à l'emploi a révolutionné la lutte contre la malnutrition. Au point que Nutriset, la PME normande qui l'a développé et le fabrique, s'élargit à l'international via un système de franchises pour répondre à une demande croissante. Une expansion qui profite également aux économies locales.

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Aliment thérapeutique prêt à l'emploi (RUTF) conçu par le chercheur français André Briend en 1998, le Plumpy'nut est aujourd'hui massivement utilisé par les ONG pour réduire la malnutrition aigüe sévère (MAS), qui touche vingt millions d'enfants de moins de cinq ans dans le monde. (voir article lié). Depuis les crises sanitaires de 2005 en Afrique centrale, la demande de ce produit « miracle » ne cesse de croître. Et pour cause, sa composition et son conditionnement permettent une distribution ambulatoire pour une utilisation à domicile qui décuple les chances de guérison. Le Plumpy'nut est distribué sous forme de sachets individuels à usage unique et immédiat, pouvant être conservés plusieurs semaines en dehors des circuits hospitaliers, et ne nécessitant pas de dilution dans de l'eau potable. Comme en témoigne Cécile Salpéteur, du service nutrition d'Action contre la Faim (ACF), le recours au Plumpy'nut a considérablement désengorgé les hôpitaux : « au Burundi en 1995, on comptait plus de 1000 lits dans certains centres sanitaires. Aujourd'hui, nous n'en avons besoin que d'une trentaine. D'autant que l'hospitalisation durait parfois plusieurs semaines, et nécessitait l'accompagnement d'un parent. Or c'est très compliqué pour des parents de familles nombreuses, qui ont souvent une activité agricole à faire tourner, de partir loin de chez eux si longtemps. L'utilisation à domicile a donc des impacts très positifs sur la famille entière. » En outre, sachant qu'un enfant souffrant de malnutrition est souvent immunodéficient, l'administration à domicile prévient les risques d'infections nosocomiales. Et évite ainsi la multiplication des pathologies.

L'intégration des communautés dans la lutte contre la malnutrition joue également un rôle central dans la prévention. Jacques Hintzy, président d'Unicef France, a visité le centre de santé communal de Dessie, en Éthiopie, à 450 km de la capitale Addis Abeba. « Les femmes viennent une fois par mois, munies d'un cahier sur lequel est reportée la courbe de poids de leurs enfants. Un agent du village, qui est formé pour cela, s'entretient avec les mères dont l'enfant est en dessous des normes et établit ainsi un premier diagnostic. Il donne à la mère des sachets de Plympy pour un mois, et inscrit sur son cahier quelques conseils pour une alimentation la plus équilibrée possible. » Et outre le repérage des cas potentiellement sérieux, la création de telles structures présente de nombreux intérêts pour la communauté : vaccination, enregistrement des naissances, etc.

Un bémol cependant, et non des moindres, est pointé du doigt par les ONG : le coût du Plumpy'nut reste encore élevé, à environ 3€ le kilo. Or il faut entre 10 et 15 kg par enfants pour un traitement de 6 à 8 semaines qui coûte donc 50€ en moyenne. Et même si la distribution ambulatoire a fortement réduit les coûts afférents à l'hospitalisation (traitement médical, salaire du personnel, eau potable, électricité, etc.), les voix s'accordent pour dire que l'aide financière internationale est trop faible. Aujourd'hui, seuls 5 à 9% des besoins sont assurés.


La production locale, pour une meilleure efficacité à moindre coût

Cependant, l'augmentation de la production locale pourrait bientôt faire baisser les coûts. Car souvent, de nombreuses matières premières se trouvent déjà sur place. C'est notamment le cas pour le Niger et l'Éthiopie, riches en arachide. Nutriset a donc développé depuis 2005, souvent en collaboration avec Unicef, un réseau de fabricants franchisés, implantés pour la plupart en Afrique et en Asie. Ce « Plumpy'field », dont la capacité de production avoisine les 7000 tonnes en 2009, devrait atteindre les 18000 tonnes en 2010, grâce à l'intégration de nouveaux collaborateurs et d'équipements chez les membres actuels. Rémi Vallet, responsable de la communication chez Nutriset, revient sur la création du ce réseau : « Il existait déjà des expériences de transfert de technologies avant 2005, en Mauritanie, au Burkina Faso, en Ouganda, mais il s'agissait de petites productions semi-industrielles consommées dans la foulée. En 2005, la demande a explosé, et il a fallu passer à l'échelle supérieure. »
Concrètement, Nutriset teste les machines dans ses locaux à Malaunay, pour s'assurer qu'elles respectent le cahier des charges, et les envoie sur place, avec une petite équipe de techniciens pour monter les chaînes de production et former le personnel local. Quand c'est possible, les entreprises franchisées se fournissent en matières premières locales, soumises à des contrôles de qualité, de conservation et de traitement. Aujourd'hui environ 280 personnes sont embauchées dans les usines du réseau Plumpy'field, et ce nombre devrait passer à plus de 500, via l'expansion du réseau en 2009 au Mozambique, au Ghana, en Tanzanie, en Inde, à Madagascar, et aux États-Unis. Un impact sur l'emploi local qui peut sembler minime, mais qui induit une réaction en chaîne prometteuse sur les filières en amont.

Anne Farthouat
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