Publié le 08 décembre 2010

ENVIRONNEMENT

L'UFC dénonce l'impact de la publicité sur l'obésité infantile

Quelques mois après l'annonce par Nicolas Sarkozy d'un plan de lutte contre l'obésité infantile, l'UFC Que Choisir s'est penché sur les engagements de l'industrie agro-alimentaire en matière de marketing télévisé. Et livre une étude des plus critiques.

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« C'est un bilan édifiant ». Commentant la nouvelle étude d'UFC Que Choisir sur l'impact du markéting télévisé des produits alimentaires pour enfants, Alain Bazot, président de l'association, n'y va pas par quatre chemins. « Malgré les engagements de l'industrie agro-alimentaire, la pression marketing sur nos enfants a augmenté. »

Une croissance inquiétante de l'obésité infantile

La précédente étude de l'UFC sur ce même thème datait de 2006. L'association y dénonçait déjà « un fort déséquilibre nutritionnel des produits alimentaires promus dans les écrans publicitaires lors des programmes pour enfants. » 89% des spots diffusés lors de ces programmes faisaient effectivement la promotion d'aliments trop salés, trop sucrés ou trop gras. Or, ces produits que les enfants les plus « téléphages » (26% d'entre eux selon l'association) découvrent à la télé se retrouvent souvent dans le caddie de leurs parents. Un constat corrélé par une enquête à domicile menée cette année par l'UFC auprès de 340 familles : un petit-déjeuner sur deux et près de 65% des goûter sont « riches en sucres et matières grasses et sans intérêt nutritionnel ».

De fait, l'équilibre alimentaire des enfants est malmené. L'évolution de l'obésité infantile depuis 1965 témoigne d'ailleurs de cette tendance à la « mal-bouffe ». A l'époque, surpoids et obésité cumulés touchaient 3% des enfants. Contre 17,8% en 2006.

Des engagements volontaires jugés peu convaincants

Depuis le début des années 2000 et face à ces chiffres inquiétants, pouvoirs publics et industriels de l'agro-alimentaire se sont mobilisés. Au niveau européen, une dizaine de grands groupes (dont Coca Cola, Burger King, Danone, Kellogg's, Ferrero et Pepsi) se sont engagés en 2005 à limiter la publicité destinée aux enfants de moins de douze ans. En France, l'Association Nationale des Industries Alimentaires (Ania) a élaboré un guide des bonnes pratiques nutritionnelles, recommandant à ses membres d'élaborer des spots publicitaires plus responsables : ne pas inciter les enfants-consommateurs à s'alimenter de façon inconsidérée tout au long de la journée, ne pas dénigrer d'autres produits alimentaires, ou encore, ne pas mentionner que la consommation du produit serait indispensable en soi. De son côté l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (Arpp) a mis en place un cadre d'autorégulation similaire, et préconise également de ne pas défavoriser l'autorité parentale. Et dernièrement, en 2009, les professionnels de l'agro-alimentaire ont élaboré une charte basée sur les recommandations de l'Ania et de l'Arpp, signée par les ministres de la Santé et de la Culture.

Point d'orgue de ces engagements, la publicité de produits alimentaires pour enfants a quasiment déserté les tranches matinales des programmes jeunesse. D'après l'UFC Que Choisir, elle n'occupe plus que 7% de ces programmes, contre six à sept fois plus en 2006. Mais derrière cette démarche volontaire, l'UFC dénonce une « manoeuvre grossière et une hypocrisie sans nom » : ces spots seraient en réalité transférés sur les programmes tous publics particulièrement suivis par... les enfants. Certes, l'Union des Annonceurs garantissait en 2008 que « le repli des investissements pour les produits alimentaires sur les chaines jeunesse ne s'est pas accompagné d'un report des sommes sur d'autres plages horaires », mais d'après Olivier Andrault, chargé de mission au service Etudes de l'UFC, « si l'on compare la courbe d'audience des enfants de 4 à 10 ans tout au long de la journée et celle de la diffusion de publicités qui leur est destinée, hormis la tranche matinale, le recouvrement est surprenant ». Autrement dit, les professionnels de l'agro-alimentaire se dédouaneraient de toute responsabilité lorsque les enfants regardent la télévision en compagnie de leurs parents. « Pourtant, ça ne change rien à l'impact de ces publicités sur leur comportement nutritionnel », ajoute Olivier Andrault.

L'UFC appelle les pouvoirs publics à réagir

En amont du Plan de prévention contre l'obésité annoncé par Nicolas Sarkozy en mai 2010, l'UFC tient donc à tirer la sonnette d'alarme. Car aujourd'hui, près de 20% des Français sont obèses. « Or, les adultes d'aujourd'hui sont les enfants d'hier, dont 3% seulement étaient obèses. Avec 17,8% d'enfants atteints d'obésité en 2006, l'avenir est inquiétant » avertit Alain Bazot. L'association appelle donc le gouvernement à élaborer un cadre législatif plus rigoureux à l'égard des industriels, afin de les conduire à développer une offre alimentaire de meilleure qualité. « Les programmes télévisés informatifs sur la nutrition doivent être validés par le Plan National Nutrition Santé, réclame l'UFC. Laisser ça aux professionnels n'est pas raisonnable, on ne peut pas être juge et partie. » D'autant que la diversification des supports (internet, jeux vidéos, etc.) leur offre de nouveaux débouchés pour diffuser de la publicité...

Anne Farthouat
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