Publié le 01 octobre 2010

ENVIRONNEMENT

L'étude de l'EFSA sur la toxicité du Bipshénol A relance le débat

Une étude menée par des scientifiques de l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (EFSA), à la demande de la Commission européenne, conclut à l'absence de risques sanitaires liés à la présence de bisphénol A dans les plastiques alimentaires. L'Union européenne devrait donc en tenir compte pour prendre sa décision, alors que des Etats membres comme la France et le Danemark l'ont déjà interdit.

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A la demande de la Commission européenne, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu un nouvel avis favorable sur la toxicité du bisphénol A , qui confirme l'avis précédemment rendu en 2008. L'EFSA estime « n'avoir pu identifier aucune nouvelle preuve l'amenant à reconsidérer la dose journalière tolérable, fixée à 0,05 mg/kg de poids corporel ». Autrement dit, elle estime que le bisphénol A, utilisé dans des emballages alimentaires, ne présente pas de risque pour la santé. Tout en admettant cependant que « certaines études récentes font état d'effets indésirables chez les animaux exposés au BPA pendant leur développement, à des doses bien inférieures à celles utilisées pour déterminer l'actuelle dose journalière tolérable. Ces études font apparaître des modifications biochimiques au niveau du système nerveux central, des effets sur le système immunitaire et une sensibilité accrue au cancer du sein ». Toutefois, poursuit l'EFSA, ces études « présentent plusieurs lacunes ». « Actuellement, la pertinence de ces résultats par rapport à la santé humaine ne peut être évaluée ; cependant, si de nouvelles données utiles sont rendues disponibles dans le futur, le groupe scientifique reconsidèrera l'avis actuel. »

Controverse sur la dose journalière admissible

Considéré comme un perturbateur endocrinien par certains scientifiques, - au même titre que les phtalates ou les pesticides-, le Bisphénol A est utilisé dans les biberons, mais également dans le revêtement intérieur des boites de conserves et des cannettes. C'est sa capacité à migrer hors du plastique qui inquiète les scientifiques. En effet, selon une étude scientifique du professeur Belcher à Cincinnati (Etats-Unis), datée de janvier 2008, la consommation d'aliments ayant été en contact avec du BPA est la principale cause de contamination de la population. Par ailleurs, l'exposition à une forte chaleur favoriserait cette migration, ce qui aggraverait donc le problème pour les biberons chauffés aux micro-ondes. D'autres études ont également montré que l'exposition fœtale au BPA chez la souris perturbe le développement neuronal et celui des glandes mammaires. Or, précise André Cicolella, toxicologue , membre du Réseau Environnement Santé, « ce type de perturbation est l'un des trois mécanismes de développement du cancer du sein ». Pour l'heure, peu d'études portent sur l'exposition de l'homme, ce qui a conduit l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) à prendre une position « rassurante » en définissant une dose journalière admissible (DJA) de BPA. L'agence a même relevé cette valeur, de 0,01 mg de BPA/kg de poids corporel/jour en 2002 à 0,05 mg/kg/j en 2008. Des chiffres que les fabricants de boites de conserve disent respecter.

Interdiction dans plusieurs pays

Plusieurs pays ont, quoi qu'il en soit, déjà pris position pour interdire le BPA. Le Canada a été le premier à interdire l'importation et la vente de ces biberons contenant du BPA et à prendre des mesures pour limiter les rejets de BPA dans l'environnement En France, le parlement a également voté la suspension du BPA dans les biberons lors du vote de la loi Grenelle en mai dernier, tandis que le Danemark en a interdit la présence dans tous les produits utilisés pour l'alimentation des enfants de 0 à 3 ans. Plusieurs fabricants avaient d'ailleurs pris les devants en proposant des gammes de biberons sans BPA...
Ce nouvel avis de l'EFSA vient pourtant relancer le débat et suscite à nouveau des réactions, notamment celle du Réseau Environnement Santé, qui dénonce une « décision ubuesque ». Selon les scientifiques du RES, l'EFSA maintient le niveau de dose journalière admissible « en écartant 95 % de la littérature, dont les conclusions devraient en toute logique conduire à une remise en cause de cette DJA ». Et évoque « des dizaines d'études" qui « mettent en évidence une grande variété d'effets à des doses même très inférieures à la DJA : cancer du sein et de la prostate, atteinte de la reproduction, diabète et obésité, troubles du comportement...Tous ces effets sont généralement consécutifs à une exposition maternelle pendant la grossesse, qui peuvent se manifester sur la descendance, voire même sur plusieurs générations ».

L'EFSA contestée

Anticipant la prise de décision de la Commission européenne, le RES annonce qu'il agira avec ses partenaires européens regroupés dans le réseau HEAL (Health Environment Alliance) pour que « chaque pays prenne une décision d'interdiction dans les contenants alimentaires, comme le Parlement français a commencé à le faire en interdisant les biberons au BPA ». Le réseau conteste également les méthodes de l'EFSA qui, selon lui, « fait le choix de s'appuyer sur une poignée d'études issues de l'industrie chimique, au mépris de toutes les règles de déontologie de l'expertise qui consistent à prendre en considération toutes les études publiées ». Le député Gérard Bapt, président du groupe d'étude Santé Environnementale de l'Assemblée nationale, enfonce le clou dans un communiqué : « la question des conflits d'intérêts, récemment illustrée par le cas de deux responsables de l'EFSA, dont l'une avait caché qu'elle venait de l'industrie, et dont l'autre à rejoint cette même industrie, fait que la décision de l'EFSA ne peut emporter la confiance », souligne-t-il, appelant à des « mesures de précaution (...) Il s'agit d'éviter les dégâts constatés par l'imprégnation durable de certains territoires par des substances connues comme les PCB ou le chlordécone ».

Véronique Smée
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