Publié le 29 septembre 2011

ENVIRONNEMENT

L'Anses alerte sur les dangers du Bisphénol A

A la vue des premiers éléments de ses travaux d'évaluation sur les risques sanitaires liés au Bisphénol A, l'agence nationale de sécurité de l'alimentation, de l'environnement et du travail, demande aux industriels de lui fournir tous les renseignements sur les produits pouvant remplacer cette substance. Particulièrement pour les produits en contact avec les aliments.


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Les emballages alimentaires à l'index

Alors que le BPA est sur le devant de la scène, l'UFC-Que Choisir alerte sur les possibles effets sanitaires des dérivés pétroliers présents dans les encres d'emballage et les cartons alimentaires. L'association de consommateurs française a réalisé un test sur 20 produits alimentaires (pâtes alimentaires, riz, couscous, chapelure, sucre en poudre). Résultat : sur les 20 produits testés, « 14 contiennent, à des niveaux préoccupants, des huiles minérales provenant des encres des emballages en carton ». Et pour deux produits, les doses relevées en huiles minérales saturées dépassent considérablement la dose limite internationale. « Si aucune étude n'existe sur la toxicité des huiles minérales saturées sur l'homme, les données sur les animaux sont particulièrement préoccupantes. Ainsi les huiles minérales saturées (...) peuvent provoquer sur l'animal des dommages au foie, au cœur et aux ganglions lymphatiques. Quant aux huiles aromatiques, elles appartiennent à la famille des hydrocarbures aromatiques polycycliques dont certains sont classés cancérogènes », souligne l'UFC qui demande aux pouvoirs publics français et européens d'adopter une réglementation sur les huiles minérales garantissant l'absence de dérivés pétroliers dans les aliments et aux professionnels d'utiliser dès maintenant des encres végétales ou à faible migration. Ce que préconise d'ailleurs l'association des fabricants d'emballage en carton.

Présent dans les canettes, les boîtes de conserve, les tickets de caisse des supermarchés, les linoléums, plusieurs pièces de voiture ou certaines montures de lunettes, et de très nombreux objets en plastique dans une soixantaine de secteurs, le bisphénol A a cependant « des effets sanitaires, avérés chez l'animal et suspectés chez l'homme, même à de faibles niveaux d'exposition », vient de reconnaître l'agence nationale de sécurité de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) qui a publié le 27 septembre deux rapports ; l'un sur les effets sanitaires et l'autre sur les usages du Bisphénol A (voir documents liés). Déjà connu pour ses effets de perturbateurs endocriniens- particulièrement la fertilité féminine-, le BPA est aussi suspecté d'être lié à des pathologies cardio-vasculaires, au diabète ou encore au cancer du sein, selon ces rapports qui se basent sur une étude exhaustive de la littérature et des expertises sur le sujet. C'est particulièrement lors des périodes de développement des organes génitaux et du cerveau que la substance est nocive, lorsque la femme est enceinte ou allaite ainsi que pour le fœtus et le nourrisson, souligne le directeur général de l'Anses, Marc Mortureux.

Un changement total de référentiel

Les risques de cette substance sont dénoncés depuis des années par certains scientifiques, comme le réseau environnement santé (RES) qui en a fait un de ses chevaux de bataille depuis sa création il y a trois ans. Mais jusqu'à présent l'Anses ne prenait en compte que les études menées selon le protocole des Bonnes pratiques de laboratoire, un protocole datant des années 70 jugé « obsolète » par le RES. Jusqu'alors, l'ancienne version de l'agence, l'Afssa « niait ces effets car elle n'avait pas le bon référentiel », estime ainsi le président et porte-parole du réseau, André Cicollela. Dès lors, même si l'agence conserve une certains frilosité sur la transposition des effets de l'animal à l'homme, les nouvelles conclusions de l'agence lui apparaissent ni plus ni moins comme « une rupture, voire un séisme ». Mais « il faut maintenant que l'Anses aille jusqu'au bout de sa démarche en limitant la dose journalière tolérable à 25 picogrammes/kilo/jour, soit 2 millions de fois plus faible que la norme actuelle (50 microgrammes par kilo et par jour fixée par l'EFSA, ndlr). Ce qui reviendrait à l'interdire », ajoute-il. De fait, la teneur en BPA dans les aliments peut atteindre 17 microgrammes/kg pour les cannettes et 128 microgrammes/kg pour les conserves...Cependant, si l'Anses reconnaît effectivement que la question de « la pertinence » de cette DJT se pose, pas sûr cependant qu'elle aille aussi loin. Surtout, il lui faudra désormais convaincre les autorités européennes d'aller dans son sens, ce qui ne semble pas encore gagné. Car si en novembre, la Commission a suivi la France en suspendant la vente et la fabrication de biberons contenant du BPA en Europe, l'agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) considère toutefois qu'il n'y a pas de « nouvelle preuve » qui les amènerait à reconsidérer la dose journalière tolérable pour le BPA.

En attendant, avant même d'avoir terminé ses travaux sur les effets sanitaires du BPA, l'agence estime avoir « suffisamment d'éléments scientifiques pour appeler à agir dans une logique de prévention » pour les populations les plus sensibles. L'agence a déjà sollicité la commission européenne pour l'étiquetage des produits contenant du Bisphénol A mais elle attend encore la réponse. Au niveau français, la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet s'est elle prononcée en faveur d'un « étiquetage systématique » quand « il y a contact du produit avec les populations », celui-ci pouvant être mis en place « très rapidement ». Mais rappelons qu'il s'agit déjà d'une recommandation de l'agence française de sécurité des aliments (l'Afssa, aujourd'hui fondue dans l'Anses) pour les récipients et ustensiles ménagers. Or il va falloir surveiller ces allégations, car depuis un an « on a vu les logos "sans bisphénol A" fleurir même sur des produits qui n'en contenaient pas », souligne Marc Mortureux.

Quelle substitution possible ?

Parmi les autres pistes envisagées par la France, des campagnes d'information avec des recommandations telles que ne pas chauffer des aliments dans des récipients contenant du BPA, sachant que la température augmente la migration de la substance vers les aliments. C'est déjà le cas dans d'autres pays, comme au Danemark pour les femmes enceintes. Surtout, la question de la substitution se pose désormais avec insistance aux industriels. Pour le RES, des produits, notamment américains existent déjà depuis longtemps comme les boîtes de conserve d'Eden foods. Mais l'Anses estime ne pas avoir encore assez d'information sur l'inocuité des alternatives existantes. De fait, l'agence vient de lancer un appel à contribution sur les produits de substitution qui pourraient être envisagés pour réduire l'exposition des populations les plus sensibles.

Mais cela ne sera pas forcément facile pour toutes les catégories de produits, estime l'industrie. « Pour les résines époxydes fabriquées à base de BPA (qui permet notamment de former une barrière étanche entre le contenant et le contenu, ndlr) dans les canettes ou récipients alimentaire par exemple, il n'y a pas encore de solution techniquement acceptable, qui pourrait convenir aux aliments de différents pH » prévient le Dr Patrick Lévy, médecin conseil à l'UIC et président du groupe santé environnement du Médef. Ce que confirme l'industrie agroalimentaire. Déjà prévenu par un courrier envoyé en juillet par le ministre de la santé, Xavier Bertrand, où il demandait « fermement » aux entreprises du secteur de « travailler à l'identification de substances de substitution », le président de l'Ania, Jean-René Buisson, s'est dit « surpris » par les conclusions de l'Anses. En novembre, « l'Agence européenne pour la sécurité des aliments (Efsa) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont estimé qu'il n'y avait pas de risque pour la santé. Nous étions dans une attitude de confiance », détaille-t-il à l'AFP avant de promettre de travailler « en toute transparence » avec l'agence pour dégager les « meilleures solutions ». Les premières alternatives ne devraient pas arriver avant trois ans prévient-il.

L'industrie alimentaire devra peut-être tout de même accélérer la cadence: le 28 septembre, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a voté à une large majorité une proposition de loi destinée à suspendre la fabrication et le conditionnement de tout conditionnement à vocation alimentaire qui contiendrait du BPA. Les députés voteront en séance publique le 12 octobre.

Actualisation : le 12 octobre 2011, les députés ont adopté à la quasi unanimité (2 votes contre) la proposition de loi PS sur l'interdiction du bisphénol A dans les contenants alimentaires à partir de 2014 et dès 2013 pour ceux destinés aux enfants de moins de 3 ans. « Cette mesure devrait réduire significativement l'exposition quotidienne à ce perturbateur endocrinien et contribuer à diminuer l'intoxication du fœtus via la contamination maternelle », commente le RES.

Béatrice Héraud
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