Publié le 26 mars 2010

ENVIRONNEMENT

L'Afsset recommande le principe de précaution sur les nanomatériaux

L'Afsset a publié le 24 mars les résultats de son étude sur les risques sanitaires et environnementaux liés aux nanomatériaux. L'analyse de plusieurs produits de consommation courante conduit l'autorité publique à recommander le principe de précaution, voire l'interdiction de certains produits en raison de leur dangerosité potentielle.

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Ce nouveau rapport de l'Afsset fait suite à une expertise d'octobre 2008 sur « la santé et la sécurité au travail » face aux risques des nanomatériaux. Dans cet avis, l'autorité publique avait déjà proposé de classer les nanomatériaux dans la catégorie «produits chimiques dangereux» et recommandé le confinement dans les sites de production, ainsi que des règles strictes pour la protection des employés en contact avec les « nanos ». Dans le nouveau rapport qu'elle vient de remettre, l'Afsset a étudié cette fois les risques pour le consommateur et l'environnement. Plus de 1000 produits de consommation courante intègrent effet ces nouveaux matériaux ; or très peu d'études ont été réalisées sur leurs impacts. « Moins de 2%, souligne Martin Guespereau, directeur général de l'Asset. Toutes les autres s'attachent au développement des nanomatériaux. Or, les derniers travaux scientifiques recensés font état de risques pour la santé et pour l'environnement». « La tâche est immense face à la grande variété de nanos existantes qu'il faut étudier une par une, ajoute-t-il. Dans certains cas, nous pensons qu'il faut aller jusqu'à les interdire ».

Risque cancérogène et « géno-toxique »

Cette nouvelle expertise a identifié plusieurs centaines de produits de grande consommation : textiles, cosmétiques, alimentaires, équipements sportifs, matériaux de construction ... Pour lesquels elle pointe « des signaux de dangers pour l'homme et l'environnement ». Face aux caractéristiques multiples des nanos - elles varient selon leur composition chimique, leur taille, leur surface ou encore la forme du nano-objet, l'Afsset a choisi d'évaluer 4 produits spécifiques en contact avec l'organisme : une crème solaire (contenant des nanoparticules de dioxyde de titane), des chaussettes anti-bactéries (nanoparticules d'argent), un ingrédient alimentaire (nanosilice, intégré dans le sel, le sucre ou le ketchup), et du ciment autonettoyant ( dioxyde de titane).
Très clairement l'Afsset demande d'ores et déjà l'interdiction des « chaussettes anti-bactéries ». « Le bénéfice est très limité, puisque le principe actif part au bout de 10 lavages, mais surtout il existe un risque réel de pollution de l'eau et de l'environnement », indique Dominique Gombert, chef du département des expertises. Par ailleurs, le nanoargent fait l'objet de suspicions sur ses impacts « géno-toxiques », c'est-à-dire sur l'ADN humain. Le risque qu'il soit cancérogène est également une possibilité envisagée par les scientifiques, tout comme le dioxyde de titane, présent dans le ciment pour ses propriétés auto-nettoyantes. « Outre le risque lié à l'inhalation, il peut également être relargué dans l'environnement avec l'usure ou même la pluie. Actuellement les risques ne sont pas évalués et ils ne peuvent donc pas être exclus », souligne Dominique Gombert. Même constat pour la crème solaire : « ce produit est certes très efficace contre les UV, mais il peut se retrouver dans la couche profonde de l'épiderme. Il existe un risque de modification de structure cellulaire », ajoute l'expert.

Le tabou des nanoaliments

Enfin, un sujet reste non seulement méconnu des consommateurs mais constitue un tabou pour les industriels : les additifs alimentaires comme la nanosilice, intégrés dans le sel, le sucre ou dans les poudres alimentaires pour leurs propriétés « non collantes ». « Très peu de travaux ont été réalisés sur les nanoaliments, on ignore comment se comporte l'organisme avec ces produits chimiques », observent les experts de l'Afsset, qui en appellent à la collaboration des industriels pour permettre la traçabilité des produits et la mise en œuvre d'un étiquetage destiné à informer le consommateur... Pour l'heure, en dehors de quelques entreprises qui ont accepté de donner des informations sur leurs produits et qui ont accepté de travailler avec les scientifiques, les industriels restent très discrets sur le sujet...Voire totalement hostiles à toute communication. C'est notamment le cas des entreprises de l'agroalimentaire qui nient utiliser les nanoaliments et qui refusent toute collaboration avec l'Afsset.
Or, leur responsabilité est aujourd'hui cruciale. Pour caractériser les nano produits, les experts ont en effet besoin de savoir qui les utilise, et comment. « Nous avons beaucoup de difficulté à contrôler ces données car il existe une grande variabilité des processus d'utilisation. Chaque nanomatériau peut être doté d'une réactivité ou d'un comportement différent selon la formulation du produit fini qui le contient. La question de la traçabilité est donc cruciale, » insiste le directeur général de l'Afsset, qui demande au régulateur de rendre obligatoire la déclaration de ces produits et d'imposer le principe de substitution, c'est à dire de les éviter dès lors qu'une alternative existe.
Enfin, l'Afsset considère qu'il « est également du devoir des industriels d'informer le consommateur ». « L'étiquetage est indispensable pour responsabiliser l'ensemble de la chaîne », souligne Martin Guespereau. Pour l'heure, seule une directive européenne impose l'étiquetage des produits cosmétiques à partir de 2011. La réglementation est donc très partielle, mais sera-t-elle un jour suffisante ? Quid des produits importés de Chine, par exemple ? Les difficultés de recensement et de contrôle liées aux nanotechnologies sont telles que d'ores et déjà, le problème semble quasiment impossible à résoudre.

Véronique Smée
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