Publié le 29 novembre 2012

ENVIRONNEMENT

Industrie pharmaceutique : quel accès aux médicaments dans les pays pauvres ?

Longtemps parents pauvres de la recherche pharmaceutique, les populations des pays du Sud recueillent de plus en plus l'attention des laboratoires. C'est en tous cas le bilan 2012 de la fondation hollandaise Access to Medicine Index qui classe Sanofi en 3ème position, après GlaxoSmithKline et Johnson & Johnson, sur 20 laboratoires.

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Sur 1556 nouveaux médicaments autorisés à la commercialisation entre 1975 et 2004, seulement 21, soit 1,3% ont été développées spécifiquement pour les maladies tropicales et la tuberculose, rappelle la Drugs for Neglected Diseases Initiative http://www.dndi.org/ (DNDI), une initiative internationale qui associe partenaires privés et publics en vue de trouver des solutions aux maladies négligées. Ce manque criant d'attention a-t-il diminué ces dernières années ? Des chiffres plus récents devraient être dévoilés le 13 décembre à New York lors du colloque « Lives in Balance », organisé par la DNDI et MSF. Mais d'après l'Index 2012 de l'accès aux médicaments, tout juste diffusé par la fondation hollandaise Access to Medicine Index, plusieurs progrès ont eu lieu depuis 2008. « L'industrie dans son ensemble progresse graduellement, avec 17 entreprises sur 20 qui améliorent leur score », estime cette fondation hollandaise, dans son troisième rapport depuis sa création en 2004.

Un satisfecit nuancé, et une liste de progrès à faire. C'est un peu ce qui ressort du volumineux rapport (145 pages), diffusé le 28 novembre par cette fondation basée aux Pays-Bas et financée par les gouvernements hollandais et anglais (DfID) ainsi que par la fondation Bill et Mélinda Gates. Cette année, les politiques de vingt laboratoires concernant l'accès médicamenteux dans les pays pauvres ont été passés au crible, suivant une méthodologie rigoureuse, qui couvre 34 maladies (au delà des maladies négligées, sont aussi couverts le diabète, le paludisme et la tuberculose...) et se focalise sur 103 pays à bas revenus. Premier du classement, l'anglais GlaxoSmithKline « mène par une marge étroite » devant l'américain Johnson & Johnson, alors qu'en troisième position, Sanofi gagne deux places, notamment parce qu'« il ne fait pas l'objet d'action en justice ou de procédure réglementaire en lien avec des défauts de marketing éthique, de lobbying ou d'anti-corruption ».

A rebours de ce trio de tête, l'américain Astra Zeneca fait une véritable plongée, de la 7ème à la 16ème position. Mais au delà du classement, utile pour les investisseurs, l'index signale les enjeux clef de l'accès aux médicaments, tout en proposant de nombreuses pistes d'améliorations pour chaque laboratoire. Avec au global, quand même plusieurs raisons de se réjouir.

Des prix adaptés, une R&D en hausse, des dirigeants plus impliqués

Premier motif de satisfaction, selon la fondation, les politiques de prix sont de plus en plus adaptées au pouvoir d'achat des malades, avec désormais douze laboratoires sur les vingt qui pratiquent des prix différenciés (contre cinq en 2010), autrement dit des prix plus bas pour les publics les plus pauvres et sept qui le font à l'intérieur d'un même pays. L'Index tempère cette bonne nouvelle en ajoutant que les laboratoires ne vérifient pas assez que ces tarifs ne sont pas « réhaussés » ensuite par les intermédiaires et que les produits vont effectivement aux populations les plus pauvres.

Au chapitre de la Recherche et Développement (R&D), l'Index salue le fait que certains laboratoires consacrent « jusqu'à 20% de leur pipeline (le pipeline est l'ensemble des molécules en R&D ou en test clinique, ndlr) à développer des nouveaux produits ou à adapter des produits existants aux besoin des pauvres ». La R&D collaborative est aussi en hausse, note l'Index, qui ajoute que parmi les maladies négligées, « la trypanasomiasis (maladie du sommeil transmise par le mouche tsé tsé, ndlr), la leishmaniose (lésions cutanées) et la maladie de Chagas (maladie du sommeil d'Amérique latine) reçoivent la plupart des investissements alors qu'il n'y en a pas assez, voire pas du tout, sur la lèpre, les vers intestinaux, la « yaws » (lésions cutanées), l'ulcère de Burili et la fascioliase (vers) ».

Contacté par Novethic, Gilles Lhernould, Senior Vice-Président Responsabilité Sociale de Sanofi, indique que Sanofi, classé second sur la R&D, est le seul laboratoire à fournir à l'OMS les trois produits qui permettent de guérir la maladie du sommeil. Particulièrement active aussi sur la leishmaniose et la dengue, Sanofi « essaie de se concentrer sur les maladies où nous apportons le plus de valeur scientifique », justifie Gilles Lhernould, dont l'entreprise a été récemment primée pour avoir synthétisé l'artémisinine, substance active de la plante armoise qui traite - malgré des résistances de plus en plus préoccupantes en Asie - le paludisme.

Des tests cliniques pas assez encadrés...

Bien que ces progrès aient été constatés, auxquels l'Index ajoute la plus grande implication des organes de direction, les bonnes pratiques ne sont pas pour autant systématiques et plusieurs zones d'ombre subsistent : ainsi l'Index souligne que les tests cliniques, organisés par des sous-traitants des « big pharma » dans les pays cibles, ne sont pas assez encadrés. Seuls quatre laboratoires ont mis en place des mesures disciplinaires en cas de manquement de leurs partenaires, s'alarme la fondation hollandaise, pour qui la mise en place de codes de conduite est largement insuffisante.

... Et des licences volontaires trop rares

Et si la R&D des labos s'intéresse davantage aux maladies négligées et recourt davantage à des pratiques collaboratives, via des mises à disposition de molécules ou le partage des résultats des tests cliniques, le brevetage reste le modèle dominant, constate l'Index, un modèle qui constitue parfois un verrou de taille à l'accès aux médicaments essentiels. Pour preuve, selon la fondation seuls six laboratoires ont mis en place des « licences volontaires et non exclusives », qui permettent de faire sauter ce verrou et de développer la production de médicaments génériques. Et la fondation d'appeler à «une stratégie d'accès constructive », qui incorpore de telles licences ou des dispositifs équivalents.

Thibault Lescuyer
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