Publié le 26 juillet 2010

ENVIRONNEMENT

Industrie pharmaceutique : les pays émergents attirent les convoitises

Perte de brevets sur les médicaments-vedettes, mesures nationales de régulation des prix, poids de la crise économique sur les recettes... L'industrie pharmaceutique cherche plus que jamais un nouveau modèle économique, dans lequel les pays émergents pourraient bien jouer un rôle majeur.

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La dernière heure du modèle blockbuster a sonné. Les brevets de ces médicaments les plus vendus, détenus par les géants de l'industrie pharmaceutique, tombent tour à tour dans le domaine public. Désormais, les blockbusters se retrouvent en concurrence avec des médicaments génériques moins chers, et perdent leur suprématie sur le marché international. D'après IMS Health, cabinet américain d'études et de conseil pour les industries du médicament, l'expiration de ces brevets pourrait générer la perte de 142 milliards de dollars pour l'ensemble de leurs propriétaires d'ici 2014. Certes, les perspectives de croissance mondiale restent optimistes. Toujours d'après IMS, le marché, évalué à 824 milliards de dollars en 2010, devrait dépasser les 1100 milliards en 2014. Mais cette croissance ne sera plus l'œuvre des seuls pays développés. Au contraire, ce sont les pays émergents qui devraient absorber les pertes liées à l'expiration des brevets.

Implantation dans les pays émergents

Car certains d'entre eux, et en particulier la Chine et le Brésil, ce sont positionnés depuis quelques années sur le marché pharmaceutique, notamment dans la production de génériques et le développement des biotechnologies. Une stratégie qui s'avère payante, puisque l'ensemble des acteurs occidentaux ne jurent plus que sur l'avènement de ces biotechnologies pour relancer leur économie. De fait, les grands groupes américains et européens multiplient aujourd'hui les acquisitions de sociétés sur les marchés émergents.

Présent en Chine depuis 1982, Sanofi-Aventis a par exemple considérablement renforcé sa stratégie d'implantation en Amérique Latine et en Asie, multipliant les rachats en 2009. L'industriel français s'est offert Kendricks et Medley, leaders mexicain et brésilien des fabricants de génériques, le tchèque Zentiva, également producteur de génériques et l'indien Shanta, spécialisé dans les biotechnologies. Au premier trimestre 2010, le groupe annonçait ainsi réaliser plus d'un quart de son chiffre d'affaire sur les marchés émergents. « Nous continuerons d'investir dans ces marchés, notamment par croissance externe. Les acquisitions nous permettent de proposer une gamme de produits abordables aux classes moyennes émergentes de ces pays. Nous répondons ainsi à de réels problème de santé publique, tout en nous renforçant », explique Christopher A. Veihbacher, directeur général de Sanofi-Aventis, dans le rapport annuel 2009 du groupe. Quant à GSK, Merck, Jonhson & Jonhson ou Abbott, ils suivent cette même tendance. Abbott a d'ailleurs récemment racheté la filiale pharmaceutique du groupe indien Piramal Healthcare, pour 3,72 milliards de dollars, devenant ainsi le leader du marché indien.

Passer d'une logique de mécénat à de véritables partenariats économiques ?

D'après Christian Lajoux, président du Leem, Fédération française des entreprises du médicament, « les industriels reconnaissent de plus en plus la dimension régionale du monde. Dans ce cadre-là, ils sont beaucoup plus proches des problématiques locales. Nous sommes finalement en train de réinventer notre business model, un modèle dans lequel nos relations avec les pays émergents dépassent la logique du mécénat. » Hervé Guisserot, PDG de GSK France concède que ces nouvelles stratégies sont sans doute motivées par un souci de réputation, franchement écornée, surtout depuis le procès de Pretoria en 2001*. « Mais il s'agit surtout d'être présents sur ces futures sources de développement économique. » Les deux dirigeants appellent même à assouplir les règles en matière de propriété intellectuelle, « pour mettre en commun les données relatives aux sujets qui nécessitent le plus d'innovation. » Une main tendue d'autant plus nécessaire que la crise a renforcé les logiques protectionnistes dans les pays émergents, qui semblent déterminés à se doter d'une fabrication locale.

« Il faut encourager la recherche locale »

Pour autant, la formule « les médicaments au Nord, les malades au Sud » est plus que jamais d'actualité. D'après Marame N'Dour, en thèse à Sciences Po sur les questions d'accès aux médicaments dans le cadre des relations internationales, « aujourd'hui encore, 75% des médicaments produits sont consommés dans les pays occidentaux. Les 25% restants sont donc partagés par 76% de la population mondiale. Effectivement, l'industrie pharmaceutique semble revoir sa stratégie. Preuve en est, les partenariats public-privés on quintuplé entre 2003 et 2006. Mais elle part de loin. Il lui reste beaucoup de chemin à faire, notamment en matière d'accès aux soins pour les plus démunis. » Quant au déploiement des biotechnologies dans les pays en développement, il doit se faire, d'après Alice d'Autry, présidente de l'Institut Pasteur, en partenariat étroit avec les chercheurs locaux. « Ce ne sont pas les industriels de la biotechnologie du nord qui apporteront les solutions attendues au Sud. La recherche scientifique est intimement liée à l'environnement culturel qui l'entoure. Les sujets intrinsèques aux pays en développement, comme le paludisme, doivent donc être traités en étroite collaboration avec les chercheurs et industriels locaux. » Une collaboration qui reste à construire.

*39 firmes pharmaceutiques avaient intenté un procès contre le gouvernement sud-africain, pour atteinte aux droits d'exclusivité sur les médicaments que leur confèrent leurs brevets. Finalement, elles retirent leur plainte et signent un partenariat avec Pretoria, mais s'attirent les foudres de la société civile.

Anne Farthouat
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