Publié le 11 avril 2013

ENVIRONNEMENT

Bisphénol A : la course aux substituts doit s'accélérer

Tout juste confirmés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), les risques liés au bisphénol A imposent aux industriels de chercher des alternatives. Aux Etats-Unis, l'exemple de sociétés pionnières indique que c'est possible... mais plus cher.

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Les femmes enceintes devraient faire attention aux conserves alimentaires métalliques et aux tickets de caisse. Ce sont, d'après l'évaluation définitive présentée par l'agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) le 9 avril 2013, deux des principaux objets contenant du bisphénol A (BPA) en quantités suffisantes pour entraîner un risque potentiel de cancer mammaire, non chez les femmes elles-mêmes, mais pour l'enfant à naître (garçons et filles confondus). Ce risque potentiel et les autres conclusions de l'étude sur le perturbateur endocrinien amènent l'agence à une conclusion simple : « il y a une nécessité de réduire l'exposition au BPA », ainsi que le résume son président Marc Mortureux. En plus de légitimer scientifiquement l'interdiction du BPA votée par les parlementaires français fin 2012 les résultats mettent une pression particulière sur les fabricants d'emballages alimentaires. Car sur la population « à risque » étudiée, les femmes enceintes, 84% de l'exposition totale au BPA provient des aliments, avec une prédominance forte (50%) des aliments en conserve. Réagissant à l'étude, la ministre de l'écologie Delphine Batho a annoncé que dans un premier temps la France demanderait l'interdiction au niveau européen du BPA dans les tickets thermiques (tickets de caisse et reçus de carte bancaire).

Les effets portent sur la descendance

L'étude de l'Anses a déployé pendant trois ans une approche « originale et intégrative », selon son directeur, consistant à estimer les expositions réelles de la population au BPA en s'intéressant simultanément aux trois principaux moyens d'exposition : alimentation, voie cutanée et inhalation. Quant à l'évaluation des risques, elle s'est concentrée sur les femmes enceintes, ce qui fait dire à l'Anses que des études additionnelles sont nécessaires, sur les autres populations sensibles (enfants et personnes vieillissantes). Verdict chez les femmes enceintes : sur les quatre effets potentiels - cerveau et comportement, appareil reproducteur féminin, métabolisme et obésité et glande mammaire -, les trois premiers présentent un risque « négligeable » mais au niveau mammaire, le bisphénol A peut entraîner le développement ultérieur de tumeurs cancéreuses, chez les enfants de la femme enceinte exposée. Vu l'extrême complexité des effets étudiés, il est impossible de parler de preuve absolue, mais l'Anses table sur un niveau de confiance « modéré » (niveau 2, sur une échelle de 3) quant aux résultats, un niveau suffisant à leurs yeux pour déclencher le principe de précaution.

73 substituts, dont des « alternatives éprouvées »

En octobre, lors de l'examen au Sénat de la loi interdisant le BPA (dès janvier 2013 pour les enfants de moins de 3 ans et en janvier 2015 pour les autres emballages alimentaires), les acteurs de l'industrie avaient été très critiques : calendrier "incompatible avec la réalité industrielle", pour le syndicat d'emballages métalliques SNFBM, loi prématurée et pas réaliste pour l'Union des industries chimiques. Aujourd'hui, qu'en est-il ? « Nous avons noté une évolution sensible dans l'attitude des industriels », constate le président de l'Anses, qui regrette néanmoins le « peu d'informations fournies ». Pour y voir plus clair, l'Anses a passé en revue 73 alternatives, dans un rapport de 200 pages ( voir notre article L'enjeu sanitaire de la substitution du bisphénol A ).

Il n'y a pas un produit universel mais il existe des « alternatives éprouvées », résume Marc Mortureux... De fait, plusieurs exemples, aux Etats-Unis, montrent qu'il est possible d'abandonner le BPA, au prix d'un surcoût.

Eden Food bannit le BPA dès 1999

Arrêter le BPA, c'est ce qu'a réussi en partie le producteur d'alimentation biologique Eden Food, dès 1999. Alerté par une « recherche européenne alarmante », Eden Food raconte avoir bataillé à partir de 1997 avec ses fournisseurs de conserves avant de réussir à bannir le perturbateur endocrinien (BPA) d'une partie de ses conserves. Ces efforts ont toutefois un coût, qui s'élève à plus de 20 % (par rapport à un emballage BPA) en 2012, précise l'entreprise. Mais ils permettent à Eden Food d'être un des premièrs à faire figurer sur ses conserves de chili, riz et haricots une mention qui pourrait se révéler de plus en plus recherchée à l'avenir : « zéro Bisphénol ». Eden a aussi cherché des solutions aux conserves acides de tomates, une volonté qui fait écho à l'avis de l'Anses selon laquelle « la présence de bisphénol A est possible et d'autant plus probable que l'aliment concerné est acide ». Sur ce terrain, il y a indéniablement des complications techniques : Eden a finalement migré en 2011 un tiers de ses conserves de tomate vers des contenants en verre.

Eden Food n'est pas la seule à avoir anticipé, puisqu'en 2010, plusieurs multinationales, comme Nestlé, Heinz et General Mills (pour sa gamme bio Muir Glen) avaient annoncé l'abandon prochain des emballages au BPA aux Etats-Unis. Contactée par Novethic, Nestlé n'en dit pas plus sur ce point précis et rappelle que l'EFSA et des autorités canadiennes et australiennes « ont toutes conclu que les taux actuels de BPA utilisés dans les matériaux d'emballage ne posent aucun risque pour la santé des consommateurs, y compris les enfants ». Le numéro un mondial préciser tout de même qu'il prévoit de passer à un portefeuille complet d'emballages sans BPA, « quand d'autres solutions sûres et appropriées existent ».

Thibault Lescuyer
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