Publié le 20 novembre 2019

ENVIRONNEMENT

Avec sa SinList, l’ONG ChemSec alerte un public non expert sur les risques chimiques

L’ONG suédoise spécialiste des risques chimiques ChemSec organisait un événement à Bruxelles le 14 novembre à l’occasion de la sortie de sa SinList, sa nouvelle liste de substances à remplacer d’urgence parce qu’elles sont trop dangereuses. En associant scientifiques, entreprises, productrices et utilisatrices de produits chimiques, et acteurs publics, elle espère pousser plus loin le modèle européen de prévention de ces risques, la réglementation REACH.

Happychemicals
Les gentils agents chimiques de ChemSec.
@ChemSec

C’est un défi de mobiliser les médias et les citoyens sur les risques chimiques au-delà de quelques substances emblématiques comme le glyphosate ou le bisphénol A. Mais l’ONG suédoise ChemSec s’y attelle. Pour dépasser les acronymes compliqués, les seuils de mesure pas assez précis et les analyses de toxicité pas assez adaptées, elle a réalisé un petit film humoristique mettant en scène des substances faussement "amicales" repoussées par le portier de la Sin List.

La liste de ChemSec Sin List est une base de données qui rassemble 900 substances chimiques qui devraient être remplacées dans toute la chaine de production parce qu’elles sont trop dangereuses. Elle est attentivement scrutée par 20 000 utilisateurs annuels, des producteurs de substances chimiques, des marques de textile, des distributeurs mais aussi le programme des Nations Unies pour l’Environnement ou le Dow Jones Sustainabaility Index.

En lui donnant une nouvelle résonnance, ChemSec espère faire de sa SinList l’élément déclencheur d’une gestion raisonnée des ingrédients chimiques qui se glissent aujourd’hui partout. Elle vient d’ajouter à sa liste deux nouvelles catégories de substances particulièrement controversées, les PFAS pour produits perfluorés et les premiers nanomatériaux, les nanotubes de carbone.

Nanotubes de carbone

Les PFAS entrent dans la fabrication des casseroles, de l’emballage alimentaire, du fil dentaire et des vêtements imperméables. Leurs propriétés, tout comme leur usage industriel intensif les ont amenés à se répandre massivement dans le sol et l’eau. "Ces substances chimiques échappent à la régulation parce qu’elles ne correspondent exactement aux critères légaux", explique Anna Lennquist qui pilote la base de données Sin List.

Elle ajoute : "Les plus connus de cette catégorie sont les composés fluorés, souvent appelés produits chimiques éternels, car ils ne se décomposent pas dans la nature. Même si le régulateur débat encore de la bonne manière de les réglementer, les entreprises avisées devraient commencer à les éliminer". Même démarche pour les nanotubes de carbone, les nanomatériaux sur lequel on a le plus d’études.

Apparus dans les années 90, ils ont des usages multiples notamment pour les matériaux résistants et légers, la conductivité électrique, la pigmentation très noire ou la purification de l'eau. Pour Anna Lenquist, "plusieurs études ont montré que les nanotubes de carbone sont à l'origine du cancer du poumon. Les petits tubes provoquent une inflammation de la même manière que l'amiante. Des propriétés reprotoxiques ont également été observées. Jusqu'à présent, le débat sur leur toxicité est axé sur la nécessité de faire davantage de recherche est nécessaire mais là encore mieux vaudrait d’ores et déjà commencé à s’en passer".

Apple impliqué

Le monde industriel ne recourre pas assez au principe de précaution résume l’ONG qui montre ainsi toutes les limites de la règlementation européenne REACH. Elle s’efforce d’encadrer la production et l’usage des produits chimiques. Elle est déjà imparfaitement mise en œuvre mais cela reste la seule en vigueur dans le monde et elle ne s’applique donc pas à tout ce qui est commandé en Chine par exemple via Internet.

Pour y remédier ChemSec recommande d’organiser une bien plus grande transparence dans toute la chaine de production. Beaucoup de distributeurs ignorent quelles sont les substances incorporées aux produits qu’ils achètent. Il faudrait aussi mettre l’évaluation de la toxicité des dites substances au cœur du processus de production alors qu’aujourd’hui elle se fait a posteriori et en réaction à la défiance croissante des consommateurs. Bref, il faut changer de modèles et mettre au premier plan l’analyse cout bénéfice de chaque substance chimique en favorisant systématiquement l’économie circulaire. C’est ce que commencent à faire certaines entreprises y compris des géants mondiaux comme Apple.

Anne-Catherine Husson-Traoré, @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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