Publié le 03 septembre 2013

ENVIRONNEMENT

Weda Bay Nickel: priorité économique contre risque environnemental

Le projet de mine à ciel ouvert de Weda Bay Nickel, en Indonésie, continue de cristalliser l'opposition d'ONG locales et internationales pour ses impacts sur la biodiversité, les populations et le climat. Mais l'entreprise minière Eramet, qui est actionnaire à 60% de WBN, est soutenue par l'Etat.

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Weda bay Nickel site
© Muhammad ECTOR Prastetyo

Les Amis de la terre France et Wahli/Les Amis de la terre Indonésie demandent l'abandon du méga-projet minier Weda Bay Nickel, en Indonésie. Un projet de 55 000 hectares qui « menace de détruire des milliers d'hectares de forêts protégées, affectant les moyens de subsistance de communautés indigène de l'île d'Halmahera », selon les ONG. Celles-ci sont mobilisées depuis des années sur le sujet (Voir « Un projet français de mine de nickel contesté en Indonésie » mais la campagne a repris de la vigueur à l'été, à l'occasion de la visite en juin de la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq à Jakarta. Les Amis de la Terre avaient alors écrit une lettre à la ministre où ils demandaient de « ne pas privilégier les intérêts des entreprises françaises au détriment des peuples, de l'environnement et du climat ».

Après avoir rencontré les cabinets de Nicole Bricq, de Pascal Canfin (Développement) et d'Arnaud Montebourg (Redressement productif) - qui ont également reçu Eramet-, c'est pourtant le sentiment que garde Juliette Renaud, chargée de campagne sur les Industries extractives aux Amis de la Terre France. « L'ensemble des interlocuteurs que nous avons rencontrés nous ont expliqué qu'il s'agissait là d'une grosse priorité économique du gouvernement : c'est le plus grand projet en Asie du Sud est pour la France », relate-elle.

L'Indonésie : une priorité économique de la France

Et l'Indonésie fait partie des pays que la France considère à très fort potentiel de développement économique pour ses entreprises. C'est notamment ce qu'il ressort d'un rapport de la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale (1), rendu public le 10 juillet. Il y est souligné que l'Indonésie, devenue la première économie de l'ASEAN, doit désormais « devenir une cible prioritaire de la diplomatie économique française ». Un rapport que n'a pas souhaité valider le député EELV Noël Mamère, pour des raisons tenant justement au projet Weda Bay porté par Eramet : « L'esprit de la loi ne correspond pas à la réalité sur le terrain. (...) Nous ne pouvons pas accepter que la France (...) participe à cette entreprise de déforestation et, par voie de conséquence, de destruction de peuples premiers qui vivent de ces forêts »

Le projet, qui devrait drainer 2 300 emplois selon Eramet, a aussi les faveurs de la République indonésienne : « WBN a été retenu en 2011 comme l'un des 17 projets stratégiques soutenant le plan directeur en faveur de l'accélération et de l'expansion du développement économique indonésien voulu par le Président de la République (d'Indonésie) » souligne le groupe (1).

Par ailleurs, tout est mis en œuvre pour faire de WBN « un projet exemplaire dans son domaine, du point de vue de la responsabilité sociale et environnementale », assure Eramet. Suite aux critiques formulées en 2010 (voir « Un projet français de mine de nickel contesté en Indonésie » ) « le projet a d'ailleurs beaucoup évolué et intégré le résultat des études d'impact menées lors de la phase exploratoire » assure la responsable du développement durable, Catherine Tissot-Colle dans un courrier adressé aux Amis de la Terre le 2 juillet 2013. Une étude d'impact plus complète - ESHIA, sur l'environnement, le social et la santé - est également en cours (les premiers résultats sont mentionnés dans le courrier) et devrait être finalisée pour 2014.

Quels critères ESG pour le financement de ce projet contesté ?

Le projet sera ainsi mené selon les critères de performance de la Société financière internationale (filiale de la Banque mondiale) et des principes d'Equateur, un référentiel destiné au secteur financier pour identifier et évaluer les impacts sociaux et environnementaux des projets, affirme Eramet.

La Coface (la compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur) a également été approchée pour accorder une garantie mais elle « n'est pas au stade de l'instruction du dossier », indique l'organisme. Si cela devait être le cas une étude d'impact social et environnemental devrait de toute façon être menée par des experts de la Coface avant toute décision.

Mais l'avenir du projet pourrait bien être hypothéqué par d'autres éléments, économiques et politiques cette fois. Depuis le début 2013, Eramet a basculé dans le rouge en raison notamment de la baisse des prix du nickel, minerai dont il est un des principaux producteurs mondiaux (1/4 de son chiffre d'affaires, en baisse de 20% depuis un an) et qui doit être extrait de la mine de Weda bay. Selon le Groupe, la crise est en partie due à la surproduction indonésienne, d'où la nécessité impérieuse « d'une approche beaucoup plus restrictive des exportations de la part du gouvernement indonésien » pour pouvoir assurer une rentabilité du projet selon le président directeur général du groupe, Patrick Buffet (2). D'autant plus que l'évolution du droit minier indonésien pourrait rendre inapplicable le contrat signé en 2009 entre Eramet et le gouvernement indonésien. Sans geste de la part du gouvernement (comme une réduction ou une suspension temporaire de taxes), le Pdg estime que le projet risque de piétiner, du moins à court terme...

(1) Rapport sur le projet de loi autorisant la ratification par la France de l'accord-cadre global de partenariat et de coopération entre l'UE et l'Indonésie

(2) Lors de la présentation des résultats du 1er semestre 2013 le 29 juillet 2013, disponible en webcast sur le site d'Eramet.

Béatrice Héraud
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