Publié le 25 janvier 2011

ENVIRONNEMENT

Variation des prix des matières premières : quelles causes et quels remèdes ?

En voulant faire de la stabilisation du prix des matières premières un chantier du G20, Nicolas Sarkozy pose sur la table un sujet complexe mêlant financiarisation et aléas climatiques. Les prix des produits de base (blé, sucre, huile) sont au plus haut depuis le début de l'année mais qui est responsable : les incendies en Russie, les inondations en Australie ou la spéculation sur les marchés des matières premières ?

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La chaîne alimentaire est devenue extrêmement complexe et les variations de prix générées par les aléas de la production agricole ont des facteurs multiples. Les conséquences en revanche sont les mêmes : des tensions, voire des émeutes de la faim dans les pays en développement où le blé, l'huile et la farine sont des produits de première nécessité et une augmentation des prix dans les pays développés qui pose des problèmes d'une autre nature.
Si le G20 souhaite identifier les causes et apporter des remèdes à l'extrême volatilité des prix des matières premières, il va devoir se pencher sur une équation difficile.
Le rôle des aléas climatiques dans les variations du prix du blé qui a débuté l'année 2011 à 300 euros la tonne après avoir été, au printemps 2010, en dessous de 150 euros, est incontestable. Mais ceux qui désignent comme coupables les marchés financiers où s'échangent les matières premières dénoncent surtout la volatilité des cours. « L'amplitude des cours dans une seule journée peut affecter la marge annuelle des agriculteurs », relate Michel Portier, Fondateur et directeur d'Agritel, une société spécialisée dans la gestion du risque de prix dans l'agroalimentaire. « A certaines périodes, l'évolution des prix des céréales peut varier de 40% ou 50% soit davantage que le CAC40 ! », poursuit François Pignolet, Directeur Général Adjoint d'Axéréal, un groupe coopératif agricole et agroalimentaire implanté dans la Beauce et le Berry. Il ajoute qu'« en dessous de 120-130 euros la tonne, le chiffre d'affaires généré par le blé ne permet pas de couvrir les coûts de production des agriculteurs

Spéculation

Comment expliquer une telle volatilité ? La réponse la plus couramment apportée est la spéculation. « Nous avons estimé que 60% du prix est expliqué par les fondamentaux et 40% par d'autres éléments comme la spéculation », avance Michel Portier. Les fonds d'investissement et /ou les fonds spéculatifs agiraient alors comme des accélérateurs de tendance car ces derniers interviennent de façon croissante sur les marchés des matières premières agricoles en les considérant maintenant comme un actif financier au même titre que les actions ou les obligations.

Les matières premières traitées sur des marchés dits de dérivés s'échangent principalement sur des marchés de gré à gré, peu transparents où il est très difficile d'obtenir de l'information sur les volumes échangés. Selon la note d'analyse sur la volatilité des prix des matières premières que vient de publier le centre d'analyse stratégique (voir lien), la valeur des transactions y serait passée de 5850 milliards en juin 2006 à 12 390 milliards en juin 2008. Cette financiarisation croissante des marchés des matières premières est, pour l'essentiel, liée à une dérégulation intervenue il y a une dizaine d'années seulement. Jean-Pierre Jouyet, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) lors des entretiens de l'AMF à Paris fin novembre 2010 souhaitait ainsi y remédier : « Il faut décliner aux marchés de matières premières les mêmes recettes que celles mises en oeuvre pour les marchés financiers, règles de bonne conduite, règles d'organisation, règles prudentielles, encadrement des abus de marché, mais aussi enregistrement, compensation, et standardisation des contrats dérivés passés sur ces marchés » .

Les hausses ou les baisses de prix des matières premières sont amplifiées par un autre phénomène le développement des investissements dans des fonds liés à des indices où les matières premières sont confondues. « Pour nous c'est un risque important » évoque Johanne Buba, l'un des deux auteurs de la note du Centre d'analyse stratégique. « Dans ces indices, les matières premières sont liées entre elles puisqu'ils comportent par exemple du pétrole, du blé et de l'énergie. La hausse de l'un de ces paramètres entraine mécaniquement celle des autres ! »

Après une étude approfondie de la situation, elle conclue que : « Dans la mesure où ces marchés dérivés ont aussi une fonction de couverture contre les risques climatiques qui risquent de se multiplier, il faut surtout les réguler en les obligeant à avoir des pratiques plus transparentes. ».

Aléas climatiques

Spéculation ou aléas climatiques sont-ils à l'origine de l'extrême volatilité des prix agricoles ? Les deux phénomènes conjugués à une augmentation constante de la demande de matières premières devraient inciter le G20 à avoir une approche globale du développement durable. La lutte contre le changement climatique destinée à limiter les aléas climatiques peut ainsi rejoindre dans la volonté de stabiliser le prix des matières premières et de conduire les marchés financiers vers plus de transparence.

Les ONG commentant l'annonce du programme du G 20 espère que les pays membres vont « prendre au plus vite des mesures ambitieuses pour stabiliser les prix internationaux ", mais Jean-Denis Crola, d'Oxfam France précise : « Pour répondre aux besoins des populations des pays du Sud qui souffrent de la faim, il est essentiel de s'attaquer à ses causes profondes et relancer la production vivrière dans les pays du Sud. Les crises alimentaires successives ont largement souligné l'échec du modèle exportateur où l'Europe et les Etats Unis cherchent à nourrir la planète sans tenir compte de ces réalités dans les pays pauvres.»


Anne-Catherine Husson-Traore avec Sandra Sebag
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