Publié le 23 juillet 2015

ENVIRONNEMENT

Valdelice Veron, porte-parole des Guarani-Kaiowá : "Pour chaque plein d’éthanol, il y a du sang Guarani qui coule"

Les peuples autochtones ne veulent pas être les oubliés de la conférence climatique de Paris (COP 21). Invitée au Sommet des consciences, qui s’est tenu le 21 juillet dans la capitale française, Valdelice Veron, 37 ans, est la porte-parole emblématique du peuple Guarani-Kaiowá, de l’État du Mato Grosso do Sul, au Brésil. Menacée de mort, elle a quitté sa terre natale pour la première fois de sa vie afin de lancer un appel au secours. Elle dénonce l’écocide en cours au nom de la production d’éthanol, pétrole vert du Brésil, qui en est le premier exportateur mondial. En dix ans, 300 indigènes ont été tués en raison des conflits autour des terres. Témoignage.

Valdelice Veron avec un autre représentant de la communauté Guarani de passage à Paris le 22 juillet 2015.
Gert Peter Bruch / Planète Amazone

Novethic : Quel message êtes-vous venue porter ?

Valdelice Veron : Je suis d’abord venue porter un message de paix pour le respect de la nature. Mais je suis aussi venue appeler au secours, car mon peuple est en train d’être massacré. En dix ans, 300 chefs Guarani ont été tués [parmi lesquels son père, assassiné en 2003, NDLR].

Les grands propriétaires terriens - les ruralistas - producteurs d’éthanol et de soja, envoient des milices privées pour nous attaquer sur nos terres indigènes. Nous subissons régulièrement des assassinats, des viols, des kidnappings. Ils nous torturent, nous humilient, pillent nos forêts, brûlent nos maisons, empoisonnent nos fleuves. Nos enfants meurent de malnutrition.

Aujourd’hui, les 45 000 Guarani-Kaiowá du Mato Grosso do Sul vivent comme des réfugiés, dans des camps au bord de la route ou dans des réserves. Nous sommes considérés comme des étrangers sur nos propres terres ! Et tout cela avec la connivence du gouvernement.

Novethic : La Constitution brésilienne reconnaît depuis 1988 les droits des peuples autochtones, et a ordonné la démarcation des territoires indigènes dans une période de cinq ans. Où en est ce travail d’identification ?

Valdelice Veron : Nous revendiquons au total 39 territoires. 22 d’entre eux ont passé les deux premières étapes sur trois. La première est l’identification anthropologique des territoires, pendant laquelle nous devons prouver qu’ils nous appartiennent.

La deuxième phase est l’homologation par le tribunal suprême fédéral, qui publie un décret officiel. Et la troisième est la validation par le président de la République. Et c’est là que ça bloque. Les documents sont sur le bureau de Dilma Rousseff mais n’ont toujours pas été signés. Cette attente est en train de nous tuer !

Au Brésil, les élus sont souvent des agriculteurs [Katia Abreu, actuelle ministre de l'agriculture, est l'ex-présidente de la confédération nationale de l'agriculture. Une organisation qui défend avec ferveur l’agrobusiness, NDLR]. Ils sont très puissants. Actuellement, ils essayent de faire voter des amendements à la Constitution pour réduire nos droits et accaparer nos terres. Nous sommes las de cette situation. Las de voir qu’une canne à sucre vaut plus que la vie d’un Guarani.

Novethic : Comment pouvez-vous peser sur les négociations climatiques qui se tiendront à la fin de l’année à Paris ?

Valdelice Veron : Je suis heureuse de voir qu’il y tant de personnes préoccupées par le climat et la protection de l’environnement mais peu parlent des indigènes. Or, on ne peut pas s’intéresser à la nature sans évoquer les indigènes. Nous vivons dans et avec la nature, nous sommes les gardiens de la forêt.

Pour le peuple Guarani-Kaiowá, la terre est l’essence de la vie. Les peuples autochtones symbolisent un mode de développement soutenable et durable, contrairement à la folle croissance dans laquelle s’est lancé le Brésil.

Pendant la COP 21, une Alliance des gardiens de la mère nature sera lancée officiellement. Elle va au-delà des peuples autochtones, puisqu’elle réunira les gardiens de la forêt du monde entier. L’Alliance se battra afin qu’il y ait des lois internationales réellement contraignantes, pour faire respecter les droits des peuples autochtones affectés.

Nous devons faire savoir ce que nous vivons pour que ce génocide cesse, car sinon les Guarani-Kaiowá n’existeront plus que sur photos. Il faut que le monde entier sache que pour chaque plein d’éthanol, il y a du sang Guarani qui coule.

Propos recueillis par Concepcion Alvarez
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