Publié le 28 juin 2013

ENVIRONNEMENT

Socapalm : le dialogue s'engage entre Sherpa et Bolloré

En 2010, deux associations camerounaises et Sherpa déposaient une plainte devant le Point de contact national de l'OCDE contre le groupe Bolloré, actionnaire de la Socapalm, pour dénoncer les impacts sociaux et environnementaux de cette plantation d'huile de palme. Trois ans plus tard, un rapport du PCN montre que le dialogue s'est engagé entre les deux parties.

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© DR

Actionnaire minoritaire et relation d'affaires

A l'époque du dépôt de la plainte devant le PCN, le groupe Bolloré avait souligné - et le fait toujours- sa participation minoritaire dans la Socapalm, à travers la société luxembourgeoise Socfin, ex Socfinal S.A (voir la structure juridique présentée par les ONG dans leur exposé des motifs, en 2010). Le PCN explique avoir bien pris en compte cet élément mais estime que « celui-ci et les trois autres sociétés visées par la saisine sont des partenaires commerciaux de la Socapalm (...) et qu'elles entretiennent une relation d'affaires (...)». Le groupe Bolloré explique donc agir au nom de « son influence » vis-à-vis de ses partenaires.

« Les activités de la Socapalm ont contrevenu à certains principes directeurs relevant des chapitres sur les principes généraux, l'emploi et les relations professionnelles et l'environnement » mais le PCN constate « une nette évolution de la situation » et « constate que le groupe Bolloré déclare vouloir assumer ses responsabilité et user de son influence vis-à-vis de ses partenaires (...) afin de faire cesser (ces) manquements ». Voici les conclusions du rapport publié le 3 juin 2013 (à lire ici) par le Point de contact français de l'OCDE. Celui-ci avait été saisi avec ses homologues belges et luxembourgeois voilà 3 ans par Sherpa, deux associations camerounaises, la Focarfe et CED Cameroun et Misereor, une ONG allemande. Celles-ci dénonçaient des dégâts environnementaux, une atteinte à l'espace vital et aux conditions de vie des populations locales, des violences exercées par une société de sécurité et des normes du travail bafouées par la plantation d'huile de palme camerounaise (La Socapalm dans le collimateur des ONG).

Un plan d'action Bolloré-Sherpa

Aujourd'hui, « le groupe Bolloré s'engage à dialoguer avec les plaignants afin de répondre aux préoccupations que ceux-ci ont soulevé devant plusieurs PCN de l'OCDE » et s'engage à élaborer un plan d'actions, qui sera mis en œuvre par la Socapalm, peut-on lire dans le rapport. L'annonce est de taille car jusqu'ici le groupe Bolloré n'était pas connu pour ses discussions avec les ONG. A l'époque, comme à son habitude, celui-ci avait d'ailleurs porté plainte en diffamation contre Sherpa. « Plusieurs informations étaient erronées et datées, affirme Marie-Annick Darmaillac, la secrétaire générale adjointe du groupe Bolloré en charge de la RSE. Nous ne pouvions pas laisser passer cela, notamment par égard pour les salariés qui travaillent dans le groupe. Mais la limite d'une plainte en diffamation, c'est qu'il s'agit d'une action de court terme ». Aujourd'hui, suite au processus engagé dans le cadre du PCN, la plainte est d'ailleurs retirée.

« La démarche est nouvelle pour le groupe, reconnaît Marie-Annick Darmaillac. Nous avons entamé le dialogue sur l'insistance du PCN mais nous sommes aujourd'hui satisfaits de l'avoir fait, car il s'agit d'une démarche constructive pour l'avenir qui va déboucher sur un plan d'actions et de progrès que nous élaborons avec Sherpa ». Celui-ci doit s'articuler autour de 8 axes : communication avec les communautés riveraines, développement local, sécurité et conditions de logement des travailleurs, transparence, indemnisation des riverains pour la perte d'usage et des ressources ainsi que les questions foncières. Il devrait être présenté à la fin juillet au PCN. « L'application du plan sera suivie sur deux ans par une ONG locale indépendante. Nous présenterons également un rapport annuel, sans doute lors de l'Assemblée générale du groupe », précise Marie-Annick Darmaillac.

Une ouverture saluée par l'association de juristes Sherpa. « Nous seuls n'aurions pas eu ce levier médiatique que nous a permis le dépôt de la plainte, ni le poids et le cadre nécessaires pour réaliser ce type de dialogue», reconnait Marie-Laure Ghislain qui suit le dossier pour Sherpa. « Mais la médiation ne vaut que pour ce cas d'espèce, ce qui en fait la limite », nuance-t-elle.

Une stratégie étendue aux autres controverses ?

Car la Socapalm et d'autres plantations détenues par des sociétés dont Bolloré est actionnaire sont toujours critiquées par plusieurs ONG. Le 5 juin, lors de l'Assemblée générale du groupe à Puteaux, une délégation du Réseau d'action transnational (ReAct) représentant les communautés riveraines de ces plantations au Sierra Leone, Côte d'Ivoire et Liberia notamment) a en effet interpellé Vincent Bolloré pour demander l'ouverture d'un dialogue sur la question notamment des compensations. « L'emprise de la Socapalm est immense. Sur des milliers d'hectares, il n'y a plus personne, il n'y a que des plantations à perte de vue », affirme ainsi David Ngangang. Camerounais d'origine, ce retraité est aujourd'hui très actif dans l'affaire de la Socapalm. En relation avec Sherpa, il a aussi porté les revendications des riverains lors de l'AG (voir la lettre commune remise en main propre à Vincent Bolloré). La délégation a été reçue l'après-midi même par 3 personnes du groupe. Bolloré affirme aujourd'hui que le dialogue va se poursuivre et qu'un plan d'actions devrait voir le jour à la rentrée. Pour David Ngangang cependant, c'est sur place qu'il faudra en vérifier l'efficacité : « le rapport du PCN est un premier pas très important pour nous car nous considérons qu'il légitime nos revendications. Mais nous voulons maintenant que les représentants du groupe Bolloré et si possible Mr Bolloré lui-même vienne sur place, dans les villages, voir ce qui se passe. Et qu'un suivi soit mis en place, idéalement par les citoyens eux-mêmes, sur la question des compensations »

Par ailleurs, une association sierra léonaise dénonçant les pressions exercées sur les propriétaires terriens, Green Scenery, est poursuivie par Vincent Bolloré et l'homme d'affaires belge Hubert Fabri pour avoir publié un rapport sur le sujet. L'ONG a reçu le soutien de nombreuses organisations internationales comme Sherpa, Grain, Oakland Institute ou encore Peuples solidaires. La Fidh elle, travaille sur une autre plantation filiale de la Socfin, cette fois au Cambodge.

Le dialogue sera-t-il engagé sur ces autres affaires ? « C'est notre intention », affirme Marie-Annick Darmaillac, qui explique qu'il s'agit d'une démarche stratégique pour le groupe. « Nous allons étendre le travail que nous avons mené dans le cadre du PCN. Si nous pouvons utiliser notre influence pour améliorer la situation dans d'autres plantations, nous le ferons. Nous avons intérêt à être volontaristes car le groupe Bolloré est très présent, notamment en Afrique, où nous avons plus de 20 000 salariés ».

Les associations, elles, attendent les résultats.

Béatrice Héraud
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