Publié le 17 septembre 2013

ENVIRONNEMENT

Québec : le plan Nord trop favorable à l'industrie minière ?

L'arrivée au pouvoir du Parti québécois n'a pas enterré le plan Nord, un grand projet d'exploitation des ressources du grand nord québécois. Il promet néanmoins un « développement équilibré profitable à tous les Québécois ».

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Une région très riche

Cette région couvre plus d'un million de kilomètres carrés, soit deux fois la France. Plus de 120 000 personnes y vivent. Ce territoire assure la totalité de la production québécoise de nickel, de cobalt, des éléments du groupe du platine, de zinc, de minerai de fer et d'ilménite, ainsi qu'une part importante de la production d'or. Il recèle également du lithium, du vanadium et des éléments de terres rares. dispose d'une des plus importantes réserves d'eau douce au monde constitue un des derniers potentiels de conservation de vastes territoires naturels intacts au monde.

Le Parti québécois a finalement repris à son compte le plan Nord. Avant son arrivée au pouvoir en 2012, le parti souverainiste était pourtant un grand détracteur de ce vaste projet d'exploitation des ressources en métaux et en uranium du grand nord québécois, selon lui trop favorable aux compagnies minières. En le rebaptisant « le Nord pour tous », le gouvernement entend aujourd'hui proposer un « développement équilibré profitable à tous les Québécois ». Mais la démonstration reste à faire.

Le boom minier n'a pas attendu le plan du gouvernement pour transformer le Nord. Depuis la hausse des prix des métaux au milieu des années 2000, cette région aiguise les appétits des entreprises minières. Le Nord concentre déjà l'extraction québécoise de nombreux métaux et fait miroiter d'importants gisements d'uranium. Les investissements dans l'exploration y ont triplé depuis 2005, avec plusieurs centaines de projets. Et onze nouveaux projets d'exploitation minière totaliseraient plus de huit milliards de dollars d'investissements, soit l'équivalent des recettes annuelles du secteur minier.

« Le plan Nord est juste un affichage »

« Il n'y a pas de plan de développement du Nord », estime Gérard Duhaime, titulaire de la chaire de recherche sociale nordique à l'université de Laval. « Le Nord pour tous est juste un affichage pour faire passer la facture des investissements publics au profit de l'industrie minière ». Pour le chercheur, le gouvernement est à la remorque d'un développement minier qui demande toujours plus d'infrastructures et d'énergie. « Comment justifier les milliards de dollars mis dans des projets hydroélectriques alors qu'on est en surcapacité électrique ? Ou encore la construction de routes dans une région désertique, alors que le réseau routier du pays est dans un état lamentable ? ». Le gouvernement s'apprête à investir 870 millions de dollars sur cinq ans pour les infrastructures dans le cadre du plan Nord, alors que la région compte 1 % de la population.

« Les Québécois ne sont pas contre le développement minier, explique Ugo Lapointe, de la coalition « Pour que le Québec ait meilleure mine », mais ils réclament une meilleure redistribution financière et plus de protection environnementale ». Le porte-parole de cette coalition, qui compte une trentaine d'ONG québécoises, rappelle que les redevances minières du Québec sont parmi les plus basses du Canada. Et ce malgré une réforme en mai 2013 qui a doublé l'impôt minier. Quant à la consultation des populations autochtones, elle apparaît également comme un des points faibles du projet. (voir l'article Le mouvement "Idle no more" mobilisé contre l'industrie extractive ).

Moratoire sur les mines d'uranium

Concernant le volet environnemental, le plan Nord prévoit de protéger la moitié du territoire nordique. Mais il ne dit rien sur le contrôle des activités minières dans les 600 milles kilomètres carrés restant. « Le système en vigueur d'autocontrôle des entreprises s'est avéré incapable de prévenir les catastrophes écologiques », déplore Ugo Lapointe. Depuis 2008, le pays a essuyé une douzaine de fuites massives de résidus miniers. À chaque fois, des millions de litres contaminés se sont déversés dans les lacs et les cours d'eau.

Le Parti québécois vient néanmoins de remporter une manche sur l'environnement. Une nouvelle loi oblige les compagnies à verser des garanties financières pour payer la restauration des sites miniers en cas de fermeture. L'enjeu est de taille alors que le pays a sur les bras plus de 600 sites contaminés, abandonnés par leurs exploitants.

Le dossier de l'uranium lui sera plus complexe à mener. Si le plan Nord se contente de souligner le potentiel d'exploitation du minerai, un large front d'opposition s'est organisé. Dans le Nord, plus de 400 municipalités se sont déclarées favorables à un moratoire contre les mines d'uranium, et trois provinces l'ont déjà adopté.

Magali Reinert
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