Publié le 20 août 2013

ENVIRONNEMENT

Protection de la biodiversité : quelles sont les réponses de l'industrie cosmétique?

La transposition du Protocole de Nagoya sur la préservation de la biodiversité est actuellement en discussion au Parlement et doit être voté à la rentrée. Ce texte a une importance majeure pour les entreprises pharmaco-cosmétiques, qui ont déjà lancé leur propre initiative sur ce sujet en 2007. Encadrer la rétribution des pays qui abritent ces ressources naturelles est l'une des questions clé.

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La délicate question des collections

Le règlement européen fixe des modalités de partage des avantages, lié à l'utilisation commerciale de ressources génétiques, pour les seules ressources acquises après la future entrée en vigueur du Protocole de Nagoya. La question des échantillons collectés avant l'élaboration du protocole, en 2010, mais après la mise en œuvre de la Convention sur la Diversité Biologique en 1993 est ainsi occultée. Comme le rappelle le rapporteur du projet, la députée EELV Sandrine Bélier, «L'Europe a une longue tradition de collection. Or, notamment de 2002 à 2007, une bioprospection massive a eu lieu dans tous les pays du globe où cela était encore possible afin de récolter un maximum d'échantillons». Si l'amendement déposé par la députée EELV n'était pas adopté, le règlement européen permettrait ainsi aux entreprises de développer de nouveaux produits à partir de ces collections, sans avoir à négocier un quelconque partage des avantages avec les pays qui en ont été les fournisseurs...

Pour se fournir en strophantus kombé, une plante-parasite des arbres des forêts du Malawi (Afrique) à la base d'un médicament contre l'insuffisance cardiaque, Weleda s'est associé en 2007 à une société locale, Tree Crops Ltd., qui œuvre sur place au maintien de la biodiversité, notamment en luttant contre la déforestation, mettant en péril cette plante. Cette collaboration vise aussi à garantir la rétribution des communautés, tant pour l'exploitation de leur forêt que pour la reconnaissance de leurs savoirs traditionnels. « 5 % du prix de vente du produit est consacré à ces actions » précise Gilles Lematte, responsable environnement de la section française des laboratoires Weleda. Pour l'entreprise, le « sourcing éthique » fait partie de sa stratégie depuis sa fondation en 1921, y compris dans des pays qui, comme le Malawi, sont pas couverts par le protocole de Nagoya. Rappelons que le texte adopté en 2010 au Japon par les pays membres de la Convention sur la biodiversité vise à préserver les ressources génétiques naturelles et à encadrer la rétribution des pays qui les abritent. (voir l'article La longue route de Nagoya ). Directement concernée, l'industrie pharmaco-cosmétique a lancé en parallèle du protocole une initiative en 2007 : l'UEBT, l'Union pour le Bio-commerce Ethique. Avec pour objectif de promouvoir une norme internationale intégrant des critères de développement durable dans l'approvisionnement et l'utilisation des matières premières. Une manière d'anticiper la future application du protocole, prévue pour 2014.

Ce n'est donc pas un hasard si le directeur du développement durable et du sourcing international de Weleda, Bas Schneider, fait depuis 2012 partie du comité de pilotage de l'UEBT : « Les entreprises adhérentes s'engagent à respecter un cahier des charges conforme aux exigences de la Convention sur la biodiversité, dont les critères sont vérifiés par des organismes indépendants comme Ecocert » précise Maria Julia Oliva , conseillère pour l'Accès et le Partage des Avantages à l'UEBT.

L'Oreal et LVMH ont développé leurs propres initiatives

La démarche de l'UEBT, collaborative et en synergie avec les pays fournisseurs de ressources, quels qu'ils soient, ne fait pas cependant l'unanimité parmi les industriels du secteur. L'Oréal par exemple, a choisi de ne pas adhérer à l'UEBT, même si « le groupe en partage tous les points de vue, et participe aussi à certaines de ses actions » explique Laurent Gilbert, Directeur du Développement International de la Recherche Avancée du groupe. La raison ? « Depuis 2005, nous sommes déjà engagés à utiliser les ressources végétales selon les termes de la Convention, en y intégrant un partage des avantages », explique-t-il. L'Oréal a ainsi élaboré son propre référentiel, le RMSA (Raw Material Sustainability Assessment), adossé au GRI (Global Report Initiative), qu'elle exige de tous ses fournisseurs en matière première végétale. Une démarche similaire a été déployée dans le groupe LVMH, qui fait valoir sa propre filière intégrée respectant les critères de de préservation de la biodiversité.

La future réglementation européenne ne devrait donc pas radicalement transformer les façons de fonctionner des entreprises utilisant des ressources soumises au Protocole de Nagoya. En revanche, les pays fournisseurs de ressources génétiques devront encore attendre longtemps pour percevoir les premiers bénéfices : au moins 10 ans, le délai de la phase de Recherche et Développement nécessaire pour les nouveaux produits. Et selon des modalités qui, encore imprécises (champ et date d'application, montant à reverser, etc.) risquent d'alimenter encore longtemps de vives discussions...

Clara Delpas
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