Publié le 23 septembre 2013

ENVIRONNEMENT

Pêche profonde : le gouvernement change de cap

Elle n'était pas au menu de la conférence environnementale, mais grâce au forcing des ONG, l'interdiction du chalutage en eaux profondes a été l'un des sujets « chauds » de l'événement. Au point d'être implicitement reprise dans le discours de clôture du Premier ministre.

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© Ecotist / Flickr / Commons

La phrase a surpris plus d'un observateur. « Je suis favorable à ce que la France participe activement aux discussions communautaires pour mieux connaître et encadrer la pêche en eau profonde », a déclaré le Premier ministre dans son discours de conclusion sur la conférence environnementale. « Le débat est enfin sorti de l'ornière du Ministre de la Pêche pour passer au niveau du Premier ministre. Cuvillier (Frédéric, Ministre de la Pêche et longtemps maire de Boulogne-sur-Mer, ndlr) est surveillé maintenant », s'est réjoui Isabelle Laudon, chargée de campagne pour le WWF, interviewée par l'agence de presse AEF-Développement durable. Du côté de la Deep Sea Conservation Coalition (DSCC), qui réunit plus de 70 grosses ONG d'une vingtaine de pays dont l'association Bloom en France, l'heure est aussi à la satisfaction. « L'interdiction du chalutage en eaux profondes est la seule opportunité concrète de protéger la biodiversité marine et le gouvernement, qui s'en veut le défenseur, ne pouvait plus l'ignorer », martèle Claire Nouvian, de Bloom. En toute logique, le projet d'une interdiction européenne, justement bloqué à Bruxelles depuis 14 mois par la France, devrait donc enfin pouvoir être abordé prochainement au conseil des ministres européen.

D'après certains participants à la conférence, ce revirement aurait été possible grâce à la pression de plusieurs ONG qui se seraient inquiétées d'un éventuel conflit d'intérêt, entre la fonction de ministre de Frédéric Cuvillier, chargé lors de la table ronde Biodiversité marine de trouver des solutions pour préserver la biodiversité, et celle de son statut d'ancien élu local, logiquement attaché à préserver les emplois de pêcheurs sur sa circonscription. De fait, le sujet n'était pas à l'ordre du jour de la table ronde, malgré la demande des ONG. Mais le WWF a tout même réussi à le mettre sur la table, sans toutefois que la rapporteuse de cette table ne le mentionne dans sa synthèse.

Les chaluts profonds, bulldozers des écosystèmes

Débuté à la fin des années 80 suite à l'épuisement des stocks de pêche « classiques », le chalutage en eaux profondes (jusqu'à 1600 mètres) avec des lourds chaluts métalliques qui raclent les fonds, a permis aux consommateurs de découvrir des espèces exotiques (grenadiers, lingues bleues, sabres noirs...) mais elle a suscité une opposition presque unanime de la communauté scientifique, avec en 2004 une première pétition signée par un millier de scientifiques pour demander son interdiction et la création de la coalition mondiale DSCC. Mais en France, la Scapèche (groupe Intermarché) et les autres défenseurs du chalutage profond avaient jusqu'à présent trouvé un soutien indéfectible des gouvernements successifs, au motif des emplois à préserver. Mais au total, la filière pèse entre 140 et 600 emplois directs et indirects (d'après une étude pour la ville de Lorient). Il n'est donc pas hors de portée d'en assurer une reconversion intelligente, fait remarquer Claire Nouvian.

L'interdiction se jouera à Bruxelles

En juillet 2012, la commission de Bruxelles, emmenée Maria Damanaki, commissaire européenne responsable des Affaires maritimes et des Pêches, avait surpris en proposant une interdiction graduelle du chalutage profond dans l'Atlantique Nord. Mais, depuis, le sujet a été évacué des ordres du jour du conseil des ministres européens. Pour qu'une interdiction voie le jour en Europe, le règlement devra à la fois être accepté par les ministres européens de la pêche et passer les fourches caudines de la commission pêche du Parlement européen, considérée comme très « pro pêche industrielle ». Celle-ci devrait voter sur ce sujet le 3 octobre 2013.

Thibault Lescuyer
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