Publié le 09 juillet 2018

ENVIRONNEMENT

Ouvrir des mines, recycler et créer un fonds d’actifs miniers… Des solutions pour une transition énergétique durable en Europe

L’Europe, qui n’exploite pas réellement ses ressources minières domestiques, est très dépendante des importations. Mais les besoins croissants de certains métaux et terres rares risquent de mettre les industriels du Continent sous pression… d’ici à peine trois ans ! Le cabinet Alcimed propose trois mesures pour rendre l’Europe plus indépendante, mais aussi plus responsable.

Mine yocamon
La France ne compte que seize mines en activités.
@yocamon

Depuis plus de 18 mois, le cabinet de conseil Alcimed mène une étude pour le compte de trois grands énergéticiens français. Ces trois acteurs, dont les noms ne sont pas révélés, s’inquiètent de leur approvisionnement en matériaux stratégiques indispensables à la transition énergétique. Le cabinet rend public une partie de son travail et émet des recommandations pour que l’Europe se prémunisse contre le risque de pénurie de matériaux critiques.

L’étude porte sur la disponibilité de 36 matériaux selon sept critères : les réserves, le risque géopolitique, la production, le recyclage, la demande, la capacité de substitution et les stocks stratégiques. Deux points de vigilance sont à noter. D’une part, certains matériaux ont des réserves très faibles, au regard de la demande. "On observe ainsi que les réserves d’antimoine, d’étain et de chrome seraient inférieures à 17 années au rythme actuel de la consommation", décrivent les auteurs.

Des ressources aux mains de quelques pays

D’autre part, les réserves de matières premières sont souvent concentrées entre quelques mains, ce qui est un risque en cas de diminution des exportations ou de hausse brutale des prix décidée unilatéralement. Quelques exemples : la Chine contrôle 80 % de la production de terres rares, de graphite, de tungstène et de Vanadium ; l’Afrique du Sud maîtrise 50 % de la production de chrome, de platine et de ruthénium ; le Brésil domine à 90 % le niobium ; la RDC possède 50 % du cobalt….

Fort de ces multiples critères, Alcimed calcule que 11 éléments sur les 36 étudiés présentent des risques de marché très élevés. Il s’agit du Néodyme, de l’Yttrium, du Cobalt, du Praséodyme, du Dysprosium, du Chrome, du Niobium, du Tungstène, du Gadolimium, du Ceryum et d’Antimoine. "Tous ont des applications extrêmement importantes dans les énergies renouvelables et le numérique. Cela demande aux industriels de se poser la question de leur exposition à ces matériaux sous trois ans", prévient Jean-Philippe Tridant Bel, directeur de la Division Energie Environnement Mobilité.

En "bonus", des critères sociaux et environnementaux ont été ajoutés de manière à indiquer un "warning" sur certains matériaux. De leur propre aveu, les auteurs de l’étude se sont surpris à devoir mettre en garde les industriels sur 24 matières premières. Leur exploitation pose des problèmes sociaux, à l’exemple du cobalt qui implique beaucoup de travail des enfants. Les auteurs citent aussi le lithium exploité dans des zones arides et nécessitant beaucoup d’eau, au détriment des populations locales.

Des mines en France

Dans ce contexte, Alcimed préconise trois solutions à mettre en place en France pour pallier ce risque majeur auprès de nos industries. La première est la réouverture de mines sur notre territoire, à l’exemple du projet de mine de tungstène de Salau en Ariège. "L’Europe est dotée de ressources qui ne sont pas exploitées. Il y a une question sociale à l’ouverture des mines. Mais il nous faut arrêter d’exporter cette pollution", assure Jean-Philippe Tridant Bel qui est convaincu que les citoyens sont prêts à payer un peu plus cher leurs produits pour des mines plus responsables.

"Mais l’Union européenne est peu habituée à exploiter ses ressources en raison de son passé colonial, contrairement à la Russie, la Chine et les États-Unis qui ont une logique plus internalisée", ajoute-t-il.

La deuxième solution est le déploiement d’une vraie filière de recyclage, qui permettrait de valoriser nos déchets et créerait nos emplois. "Certains pays pensent à imposer un taux de matières premières secondaires (recyclées, ndr) pour limiter leur dépendance aux pays producteurs", explique Guillaume Passard, consultant chez Alcimed. La troisième voie est celle des prises d’actifs dans des mines. Alcimed appelle à la création de fonds d’investissements publics ou privés pour prendre des parts dans des actifs miniers à l’étranger. La Chine et les États-Unis ont déjà créé de tels dispositifs.

Des alertes se multiplient

Ces recommandations interviennent alors que ces derniers mois, monte une vraie prise de conscience sur le fait que les transitions énergétique et numérique ne sont ni durables, ni soutenables, en raison de la limite de certaines ressources primaires et de leur impact environnemental et social. Éoliennes, photovoltaïques, batteries automobiles sont trop gourmands en ressources.

Dans un essai qui détaille ce problème, Guillaume Pitron, journaliste indépendant, n’hésite pas à dire que "La transition énergétique a été pensée hors-sol, car on a complètement occulté ce qu’elle allait coûter en matières premières". De son côté, le BRGM (Bureau des recherches géologiques et minières) et les cabinets Mc Kinsey et CRU Consulting ont présenté une étude alarmante lors du Forum Mondial des Matériaux (WMF), réuni fin juin en France. Il met en avant six matières dont l'approvisionnement pourrait devenir critique pour la transition énergétique et numérique mondiale : cobalt, tungstène, étain, dysprosium, néodyme et praséodyme.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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