Publié le 03 septembre 2019

ENVIRONNEMENT

Les incendies d’Amazonie signent le réveil des entreprises sur la traçabilité de leurs chaînes d'approvisionnement

Avec les incendies en Amazonie, c’est tout un système de production non durable sur le long terme qui a été mis en lumière aux yeux du grand public. Le rôle des entreprises importatrices de viande ou de soja brésilien a notamment été pointé du doigt. Certaines marques comme The North Face ont décidé de suspendre leur importation de cuir tant qu’elles n’ont pas plus d’information sur leur traçabilité.

Deforestation Amazonie Khlongwangchao
L'énième flambée de la forêt amazonienne, pas forcément la plus importante mais celle de trop dans un contexte de surchauffe de la planète, pourrait bien être le déclencheur d’actions de la part des entreprises.
@khlongwangchao

Le lien entre la déforestation et l’élevage de bovins ou la culture de soja est connu depuis longtemps. Mighty Earth, Greenpeace ou le WWF ont amplement documenté la technique du brûlis utilisée par les agriculteurs pour obtenir de nouvelles terres arables, avec pour conséquences des incendies souvent dévastateurs. Mais cette énième flambée de la forêt amazonienne, pas forcément la plus importante mais celle de trop dans un contexte de surchauffe de la planète, pourrait bien être le déclencheur d’actions de la part des entreprises et des pouvoirs publics pour réellement changer la donne dans les pratiques d’approvisionnement.

Suspension des achats de cuir brésilien

Le 24 août, en amont du G7, le Président de la République française, a assumé une "part de complicité" de la France dans les incendies en faisant notamment référence aux importations de soja brésilien. Avec pour conséquence la suspension de l’accord commercial du Mercosur. Quelques jours plus tard, à la rencontre des entrepreneurs de France du Medef, le chef indien Almir Narayamogo Surui insistait aussi sur le rôle des entreprises - et des consommateurs - dans la déforestation amazonienne.

Cette mise en lumière du lien entre notre consommation et les incendies a été à l'origine d'appels au boycott des produits brésiliens sur les réseaux sociaux. Et depuis quelques jours, ce sont les entreprises elles-mêmes qui reconsidèrent leur politique d’approvisionnement. C'est le cas de VF corp, l’entreprise propriétaire des marques The North Face, Timberland ou Vans. Cet important importateur de cuir brésilien a ainsi annoncé son intention de suspendre ses achats si les tanneries ne pouvaient assurer la traçabilité de leurs peaux et montrer qu’elles ne participaient pas à la déforestation. Si le cuir brésilien ne compte que pour 5 % des peaux que l’entreprise utilise, le signal reste fort.

Le pendant environnemental du drame du Rana Plaza

La menace économique qui pèse sur le Brésil est à prendre au sérieux. Outre cette entreprise, ce sont aussi les investisseurs qui demandent des comptes. Deux gros investisseurs norvégiens, Storebrand ASA et le fonds de pension KLP, qui, selon Bloomberg, gèrent environ 170 milliards dollars d'actifs, ont commencé à contacter les entreprises pour s'assurer qu'elles ne contribuaient pas aux dommages environnementaux causés par les incendies. Et menacent de désinvestir si les entreprises ne les convainquent pas.

Les politiques poussent aussi en ce sens. Dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche du 1er septembre, 17 ONG et 45 députés français ont appelé à élaborer une loi interdisant l’importation de produits, notamment la viande et le soja, issus de la déforestation en Amazonie. Ils préconisent un plan d’action permettant aux entreprises, notamment les plus petites, pour mieux assurer la traçabilité des produits.

L’enchaînement de la prise de conscience et des premières actions rappellent un autre cas : celui du Rana Plaza en 2013. Les ONG alertaient sans succès, depuis des années, sur les conditions insalubres et indécentes des ouvrières du textile au Bangladesh. Il avait fallu l’écroulement d’une usine de textile et un millier de morts pour prendre conscience des conditions dans lesquelles étaient fabriqués nos vêtements et la mise en place d’accords. Cinq ans plus tard, si des améliorations ont été apportées, la question de la traçabilité des chaines d’approvisionnement et des conditions de travail est pourtant loin d’être réglée.

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

 

 

 


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