Publié le 11 octobre 2012

ENVIRONNEMENT

Les actionnaires souhaitent pouvoir évaluer le « risque eau » des entreprises

Stress hydrique, inondations ou pollution des eaux sont trois problèmes distincts que les entreprises affrontent différemment selon leur localisation géographique mais, dans les trois cas, ces évènements affectent l'ensemble de leur chaîne de production. C'est pour cela que leurs actionnaires souhaitent comprendre et mesurer le risque eau auquel ils peuvent être indirectement exposés.

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© istock

En 2011, 354 investisseurs gérant plus de 4 300 milliards de dollars affichaient leur soutien à l'initiative « CDP Water Disclosure ». Un soutien qui montre s'il en est besoin l'intérêt croissant des investisseurs pour le sujet eau. Cette initiative consiste en effet à demander aux principales multinationales des informations sur leur usage des ressources en eau, les risques pouvant peser sur cet usage et les politiques mises en place pour le limiter. Le CDP Water Disclosure, à l'image de son grand frère sur le changement climatique lancé en 2003, envoie des questionnaires aux entreprises et publie un rapport annuel analysant leurs réponses. Pour la seconde édition couvrant l'année 2011, il a interrogé un peu plus de 400 entreprises sélectionnées parmi trois indices boursiers (le FTSE Global 500, l'Australia 100 et le South Africa 100) sachant qu'elles évoluent dans des secteurs à forts besoins en eau ou sont exposées à des risques élevés concernant l'eau. Les taux de réponse de ce panel varient de près de 60 % pour les entreprises mondiales à plus de 40 % pour les entreprises australiennes et sud-africaines.

L'analyse du CDP Water disclosure aboutit à une conclusion paradoxale. En effet, si le risque eau est souvent identifié comme ayant un impact important sur la capacité de production des entreprises, les enjeux liés à l'usage de l'eau sont beaucoup moins traités que le changement climatique à un niveau stratégique. C'est particulièrement vrai pour le secteur de l'énergie. Il est à la fois celui où les entreprises s'estiment exposées à un risque très élevé (72 % des 25 entreprises ayant répondu au questionnaire) et celui où les sociétés sont les moins nombreuses à gérer leur politique eau au niveau de la direction du groupe (36 % d'entre elles). Enfin si la capacité des entreprises à fournir des indicateurs quantitatifs de consommation d'eau s'améliore, elle concerne surtout la diminution des consommations et le développement du recyclage de l'eau et des systèmes de production en circuit fermé.

De nouveaux outils pour les investisseurs

Ces résultats montrent que l'information à la disposition des investisseurs qui souhaitent évaluer la capacité des entreprises à manager risques et opportunités générés par leurs besoins en eau est insuffisante. C'est pour cela que de nouvelles initiatives se multiplient. Ainsi, en octobre dernier, le Ceres, une organisation américaine initialement focalisée sur le changement climatique et qui regroupe investisseurs et ONG environnementales, a par exemple publié un outil de management du risque eau construit en partenariat avec le WBCSD Water (le département eau du World Business Council for Sustainable Development) et l'IRRC Institute (centre de recherche pour investisseurs responsables).

Des indicateurs de mesure ou politiques de management en passant par l'engagement nécessaire et les obligations de transparence, « Aqua Gauge » recense les diverses attentes que doivent exprimer les investisseurs auprès d'entreprises pour qui l'eau est un enjeu clé. L'IRRC propose de son coté une recherche plus pointue encore puisqu'il a lancé, en mars, un guide pour les investisseurs sur l'usage de la fracturation hydraulique dans l'exploitation des gaz de schiste. L'eau est mise en exergue parmi les sujets destinés à alerter les actionnaires sur les risques de ce mode d'exploration très développé aux Etats-Unis. Il peut en effet nécessiter jusqu'à huit fois plus d'eau que des techniques classiques.

Dans sa présentation d'Aqua Gauge, Ceres souligne que « les impacts du changement climatique et l'altération rapide des terres et des ressources en eau dans de nombreuses régions du monde signifient que le risque eau ne peut plus être géré autrement qu'à travers des indicateurs fiables, des données prospectives et en utilisant les grilles habituelles d'évaluation des risques.» Le chemin à parcourir est encore long mais on retrouve sur cette problématique l'émulation investisseurs-entreprises qui a permis d'imposer, au début des années 2000, l'idée que les entreprises devaient mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre.

Article paru initialement dans Repères RSE n°97 (avril 2012)

Anne-Catherine Husson-Traoré
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