Publié le 15 octobre 2013

ENVIRONNEMENT

Le WWF compte sur l'OCDE pour sauver le parc des Virunga de l'exploitation pétrolière

Plus d'un après le lancement de sa campagne internationale contre l'exploitation pétrolière au sein du Parc des Virunga, en République Démocratique du Congo (RDC), le WWF a décidé de porter plainte contre Soco devant l'OCDE. L'ONG espère ainsi que le risque de réputation fera reculer la compagnie pétrolière britannique.

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© Brent Stirton / Reportage for Getty Images / WWF Canon

 

 

C'est une première pour le WWF. En portant plainte contre le pétrolier Soco (http://www.socointernational.com/) auprès de l'OCDE, l'organisation de protection de l'environnement entend faire renoncer la compagnie britannique à toute extraction de pétrole au sein du Parc des Virunga.

Plus ancien parc national d'Afrique et classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, le parc des Virunga est toujours dans la ligne de mire de Soco, qui continue d'explorer le territoire pour une potentielle extraction. Alors que Total et l'italien Eni ont tous deux renoncé à entrer dans les limites du Parc pour leurs activités, Soco s'obstine dans son étude de faisabilité. C'est pourquoi le WWF, après plus d'un an d'enquête afin de recueillir documents et témoignages, a décidé de porter l'affaire devant l'OCDE. La plainte déposée le 7 octobre stipule que Soco « viole les principes directeurs de l'OCDE et que ses activités d'exploration pétrolière dans un site classé au patrimoine mondial de l'humanité ne respectent pas les principes de développement durable ». Parmi les griefs formulés à l'encontre de Soco, la première concerne le non-respect des engagements de la RDC auprès du patrimoine mondial, qui oblige le gouvernement à préserver ce parc. Autre point soulevé par la plainte : une clause litigieuse du contrat entre l'entreprise et le gouvernement congolais, qui protègerait la compagnie pétrolière de toute nouvelle loi ou réglementation. « Cette clause, qui figure sur le contrat que nous nous sommes procurés, est contraire aux principes directeurs de l'OCDE. Une entreprise ne peut pas se défausser d'une future loi », explique Jean-Baptiste Roelens, chargé de programme Forêt tropicale et climat du WWF.

Des risques avérés

Selon l'ONG, les manquements ne s'arrêtent pas là. Dans sa plainte, l'ONG dénonce également le manque de consultation des populations locales et l'opacité des informations divulguées. « Soco n'a pas partagé toutes les informations lors des consultations avec les populations. Nous nous sommes procurés l'étude d'impact que l'entreprise a réalisée, et il est écrit qu'il existe des risques potentiels sur les ressources naturelles, notamment sur le lac Edouard », ajoute Jean-Baptiste Roelens. Selon le WWF, le fruit de la pêche pratiquée sur ce lac rapporte environ 30 millions de dollars par an. Enfin, la plainte souligne le contexte d'instabilité de la région, en proie aux conflits armés, et pour lequel l'ONG regrette qu'aucune estimation des risques n'ait été réalisée.

Soco, de son côté, a réagi immédiatement à cette plainte par voie de communiqué. La compagnie pétrolière affirme « prendre cette affaire au sérieux », tout en estimant que les accusations du WWF sont « absolument sans fondement, tendancieuses et non étayées par des faits ». L'entreprise rappelle qu'aucune opération d'extraction n'a encore démarré. En outre, Soco précise que des études environnementales sur le lac Edouard ont démarré récemment, en collaboration avec l'Institut congolais pour la conservation de la nature.

D'ici deux mois, l'OCDE devrait donner son verdict quant à la recevabilité de cette plainte. Si celle-ci est déclarée recevable, une médiation sera organisée entre WWF et Soco, sous l'égide de l'OCDE. Au sein de l'organisation environnementale, l'heure est à l'optimisme : « L'OCDE n'a pas de pouvoir contraignant, mais les effets peuvent être très forts en termes de réputation mais aussi d'investissements, avec une croissance du financement responsable », relate Jean-Baptiste Roelens. C'est sans doute pour cette raison que Total a annoncé, par la voix de son Pdg Christophe de Margerie, son renoncement à toute exploration à l'intérieur du parc lors de sa dernière assemblée générale d'actionnaires.

Actualisation: Sous la pression des ONG et des institutions internationales, la société pétrolière anglaise Soco a annoncé le 11 juin 2014 son retrait du parc congolais des Virunga.

Céline Oziel
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