Publié le 14 janvier 2014

ENVIRONNEMENT

Le Sénégal veut reprendre la main sur ses ressources de pêche

Après avoir suspendu toutes les licences de pêches étrangères pour les petits pélagiques en 2012, le gouvernement sénégalais de Macky Saal se lance aujourd'hui dans la lutte contre la pêche illégale. Mais le pays manque cruellement de moyens pour contrôler ses sept cents kilomètres de côte.

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Mission de surveillance des pêches dans le cadre de la coopération franco-sénégalaise
© Marine nationale française

L'arraisonnement d'un navire russe au large des côtes sénégalaises montre la détermination de Dakar à lutter contre la pêche illégale. Accusé d'avoir lâché ses filets au large des côtes sans autorisation, l'armateur de l' « Oleg Naïdenov », déjà condamné en 2012, devra payer 600 000 euros. Cette décision est dans la droite ligne des premières positions du gouvernement de Macky Saal. Arrivé au pouvoir en 2012, il avait immédiatement suspendu toutes les licences de pêches étrangères pour les petits pélagiques (sardines, anchois, maquereaux, harengs, etc.). La surpêche de ces espèces, principale ressource de la pêche artisanale, met en danger tout un pan de l'économie locale.

L'intervention musclée contre le navire russe s'est accompagnée de plusieurs déclarations du ministre des pêches Haïdar El-Ali contre une pêche illégale qui représenterait 200 millions d'euros de pertes pour le Sénégal. Nommé au ministère des Pêches depuis trois mois, le « Cousteau sénégalais » dénonce en particulier les gros chaluts russes, chinois ou espagnols qui viennent se servir au large des côtes nationales. Précédemment ministre de l'Ecologie, Haïdar El-Ali est le fondateur d'Oceanium Dakar, une ONG écologiste de protection de la mer.

Sea Shepherd propose ses services

Mais, en l'absence de coopération régionale, le gouvernement reste démuni pour contrôler sept cent kilomètres de côte. Le système de surveillance est exsangue. « Il est très difficile de surveiller les incursions au large, car nous ne disposons ni de patrouilleurs ni d'avions », explique Bassirou Diarra, chef de la division des inspections et du contrôle à la Direction de la protection et de la surveillance des pêches du Sénégal. Le Plan d'action contre la pêche illégale prévoit l'acquisition d'ici cinq ans de ces deux outils indispensables. Encore faut-il que le gouvernement trouve les 90 millions d'euros nécessaires. En attendant, l'aviation française apporte un soutien logistique depuis sa base du Cap Vert.

L'ONG Sea Shepherd vient aussi de mettre un de ses navires à la disposition du pays. « L'Afrique de l'Ouest est la zone qui concentre le plus de pêche illégale du monde », rappelle Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France. « Mais la détermination du nouveau ministre apporte un espoir énorme aux pêcheurs artisanaux qui ont enfin l'impression d'être défendus », explique la militante écologiste.

Repérer les joint-ventures

Bassirou Diarra ne cache cependant pas qu'un des gros enjeux du contrôle de la pêche illégale concerne les pêcheurs sénégalais. « Il est en particulier très difficile de contrôler la pêche artisanale qui représente 70 % des prises officielles », explique le responsable, qui attend beaucoup de la décentralisation de la surveillance pour sensibiliser les petits pêcheurs à la préservation des ressources halieutiques.

Le gouvernement attend aussi la publication d'un audit sur la flotte nationale. « Ce travail doit permettre de repérer les joint-ventures faites par des armateurs étrangers. L'objectif est d'empêcher ces montages juridiques afin d'éviter que la valeur ajoutée de la pêche ne quitte le pays », explique Bassirou Diarra. Un prochaine étape dans la reprise en main par le pays de ses ressources halieutiques.

Magali Reinert
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