Publié le 27 février 2013

ENVIRONNEMENT

Le Groenland face à l'intérêt des grandes puissances pour ses ressources fossiles

Les ressources minérales et pétrolières du Groenland attisent les convoitises. Approché par l'Europe, la Chine et les États-Unis, le gouvernement groenlandais tente de défendre ses intérêts. Mais l'ouverture aux activités extractives est risquée pour le territoire autonome inuit.

139278_GF.jpg

L'Europe n'a pas réussi à mettre ses concurrents hors course pour l'exploitation des terres rares au Groenland. Mi-janvier, le premier ministre groenlandais a en effet rejeté la demande de l'Union européenne de bloquer l'accès à cette précieuse ressource. Le marché des terres rares est aujourd'hui le quasi-monopole de la Chine et l'Europe aurait bien voulu sécuriser les importants gisements découverts sur cette île arctique. Mais les intérêts en jeu sont trop grands pour que ce petit pays tourne le dos aux autres puissances en lice. « Le Groenland est ouvert aux investissements de l'ensemble du monde », a ainsi déclaré le premier ministre. Son pays est courtisé par les États-Unis, la Chine et l'Europe pour ses ressources minières et pétrolières et sa position stratégique en Arctique. L'Europe n'est donc pas la seule à essayer d'obtenir des accords privilégiés avec le pays. En mai 2011, Wikileaks révélait le travail de la diplomatie américaine pour « encourager le Groenland à résister à un faux choix entre les Etats-Unis et l'Europe » et pour « renforcer les relations avec le Groenland » face à la pression de la Chine.

« Le destin peu enviable d'un État qui vit de la manne pétrolière »

Les matières premières de cette île grande comme quatre fois la France sont de plus en plus exploitables, grâce à la fonte des glaces. D'ici 10-15 ans, le Groenland pourrait voir sa calotte glacière fondre totalement en été. Autre élément clé, ce territoire autonome du Danemark bénéficie de la souveraineté sur ses ressources naturelles depuis 2009. Il peut ainsi négocier leur exploitation, même si sa politique étrangère relève toujours du Danemark. C'est justement grâce aux redevances sur l'industrie extractive que le Groenland espère atteindre l'autonomie financière qui ouvrira la voie à son indépendance. Aujourd'hui, les subventions versées par l'État danois contribuent à 60% des recettes du gouvernement et la pêche représente 90% des exportations de l'île.

« Pour le Groenland, la question est de savoir quel est le meilleur partenaire pour défendre ses intérêts économiques et de développement. Et la réponse n'est pas évidente, explique Laurent Mayet, président du think-tank le Cercle polaire. Pour l'instant, le gouvernement ménage des bonnes relations avec tout le monde. » Le Groenland distribue ainsi des licences pour des explorations pétrolières et minières à de nombreuses compagnies étrangères. De son côté, le Danemark - qui a accompagné le développement de l'île et de son autonomie - regarde aujourd'hui ce territoire autochtone d'un autre œil. « Le Danemark comprend qu'il va passer au second plan des négociations internationales sur l'Arctique s'il perd le Groenland », explique à ce sujet Laurent Mayet.

En 2012, les compagnies pétrolières auraient dépensé près d'un milliard de dollars pour des explorations off-shore. Pour l'instant, elles n'ont rien trouvé. Mais la région reste stratégique depuis que l'Institut géologique américain (USGS) a évalué les richesses en hydrocarbures à 20% des réserves mondiales non prouvées en 2008. Le pays sait que la découverte de cette ressource sera à double tranchant. « Le pétrole est une source de profit qui leur permettra de se payer leur indépendance. Mais le gouvernement essaie aussi de mesurer les intérêts de son pays qui pourrait avoir le destin peu enviable d'un État qui vit de la manne pétrolière », souligne Laurent Mayet.

Une centaines de licences d'explorations minières

Le pays a aussi en main de grandes ressources minières. Outre les terres rares, les sous-sols de la plus grande île du monde renfermeraient de l'aluminium, du zinc, du fer, de l'or, de l'uranium.... Le gouvernement a déjà accordé une centaine de licences d'explorations. Des projets miniers sont bien avancés comme l'ouverture d'une mine d'aluminium par le géant américain Alcoa, ou d'une mine de fer par la London Mining associée à des entreprises chinoises. Mais la phase d'exploitation ne va pas de soi : le Groenland n'a pas d'expérience d'encadrement de l'activité minière ni la main d'œuvre nécessaire. Pour exploiter ces mines, il faudra faire venir plusieurs milliers de travailleurs immigrés, soit un pourcentage non négligeable des 57 000 habitants que compte l'île. Un tel afflux inquiète la population à 90 % Inuit, jusque là protégée par son isolement.

L'ONG locale Avataq s'attend au pire. Interrogé par le Guardian , le président de cette organisation écologiste explique son inquiétude : « Nous ne pensons pas que le gouvernement groenlandais a la capacité de réguler correctement [l'exploitation minière] - ils ne font pas le poids face aux compagnies multinationales ». C'est en effet la quarantaine de ministres, parlementaires et maires que compte l'île qui a entre les mains la négociation de ressources qui valent des milliards.

Magali Reinert
© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Ressources naturelles

L’épuisement des ressources menace, dans la mer à cause de la pêche et de la pollution, sur la terre à cause de la déforestation et de la pollution. Pour tenter de limiter les dégâts, certains labels garantissent l’origine respectueuse des produits : FSC et PEFC pour la forêt, MSC pour la pêche.

Conseil etat wikicommons

Des ONG dénoncent un arrêté permettant de "contourner les règles environnementales" en France

Plusieurs ONG ont annoncé déposer un recours devant le Conseil d'État contre un récent décret permettant aux préfets de "déroger" à des normes, notamment environnementales, pour autoriser certains projets. Les associations craignent notamment que cela facilite les infrastructures minières en Guyane.

Mine d or Newmont au suriname Newmont Mining Corporation

Après l’annulation de la "Montagne d'or", un nouveau projet minier géant apparaît en Guyane

La commission départementale des mines de Guyane a donné un avis largement favorable aux prémices d'un nouveau projet de mine d'or de taille industrielle, "Espérance", co-porté en Guyane par la compagnie minière américaine Newmont. Un nouveau débat s’ouvre dans le département français alors que le...

Blocage cimentiers lafarge extinction rebellion

Face aux blocages d'activistes écologistes, les cimentiers Lafarge et Cemex défendent leurs objectifs climatiques

Alors que les militants d'Extinction Rebellion ont bloqué les sites de Lafarge et Cemex mi-février pour dénoncer la pollution du BTP, les deux cimentiers défendent leurs objectifs climatiques. Cemex vient d'annoncer du béton zéro carbone d'ici 2050 quand Lafarge assure être l'entreprise la plus...

Margiris chalutier geant Greenpeace

[Vidéo] Un chalutier néerlandais géant accusé d’épuiser les ressources par les pêcheurs français

C'est un navire-usine qui peut pêcher en un seul jour l'équivalent de cinq chalutiers français en un an. Le Margiris, ce bateau de pêche néerlandais et ses 143 mètres de long cristallise les tensions avec les pêcheurs français depuis qu'il a sillonné la Manche. Ces derniers l'accusent d'épuiser les...