Publié le 18 juillet 2011

ENVIRONNEMENT

L'or en Guyane : le combat des orpailleurs légaux

Face au fléau de l'exploitation aurifère illégale, les orpailleurs légaux guyanais tentent de valoriser leur activité, tant aux yeux des pouvoirs publics que des écologistes locaux. Reportage.

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Au palmarès des pays producteurs d'or, la France occupe officiellement la 50ème place, avec environ 2 tonnes déclarées chaque année par les orpailleurs guyanais. En réalité, plus de 10 tonnes d'or sortiraient annuellement du territoire. Les faits n'ont rien de neuf, l'orpaillage clandestin gangrène l'activité aurifère en Guyane depuis les années 90. Ces 10 dernières années, l'envolée des cours de l'or (+445% entre 2001 et 2010) et la politique très répressive pratiquée par le Brésil voisin n'ont fait que renforcer les pratiques illégales. Selon le WWF, les surfaces dédiées à l'extraction illégale auraient ainsi triplé entre 2000 et 2008, pour atteindre près de 65 500 hectares.

La lutte contre cette filière clandestine est donc devenue une priorité pour le gouvernement français. Le renforcement des forces armées via la création du dispositif « Harpie » (voir article lié), et les restrictions d'attributions de permis d'exploitation illustrent cette nouvelle volonté politique, fortement inspirée par les revendications écologistes locales. Car les impacts environnementaux de cette activité clandestine son désastreux. Déforestation, pollution des cours d'eaux au mercure...

A contrario, les orpailleurs légaux doivent évidemment répondre à la réglementation française, de plus en plus stricte, et investir en conséquence. Depuis l'interdiction des techniques à base de mercure en 2006, ils s'équipent par exemple de tables à secousses et de centrifugeuses plus performantes. Le code de l'environnement relatif aux installations classées leur impose également de réhabiliter des sites fermés, le plus souvent par revégétalisation.

Amertume vis-à-vis des lobbyistes écologistes

Dans sa chasse aux clandestins, l'Etat semble avoir négligé le maintien de cette filière légale de plus en plus fragile. C'est en tout cas le ressenti de Gauthier Horth, président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (Fedomg). « Le secteur légal est dévasté par les choix de l'Etat. Entre 2005 et 2006, sous la pression des associations écologistes, Guyane Nature Environnement en tête, les pouvoirs publics ont drastiquement réduit les reconductions et les attributions de permis d'exploitation. En 2009, il ne restait plus que six exploitants, alors que nous étions une centaine en 2005 ! Du coup, la plupart de ceux qui ont perdu leur permis sont entrés dans l'illégalité, en Guyane ou au Brésil. » Egalement à la tête du « Komité pour la sauvegarde de l'orpaillage Guyanais » (Ksog), il ne cache pas son amertume à l'égard des lobbyistes écologistes. « Ils devraient faire leur mea culpa et reconnaître que d'une certaine façon, ils ont contribué à l'augmentation du nombre d'exploitations illégales. »

Aujourd'hui, la Fedomg fédère 50 entreprises, parmi lesquelles 12 sont officiellement en activité. Autrement dit, elles détiennent l'un des quatre sésames délivrés par la Commission départementale des Mines (Autorisation d'exploitation, Permis exclusif de recherche, Permis exclusif d'exploitation ou Concession). Les plus petites travaillent sur des gisements alluvionnaires, le long des cours d'eau. Quant aux « géants » Auplata, la Compagnie Minière Espérance, I am Gold et New Mont, ils prospectent et exploitent les gisements primaires (l'or y est emprisonné dans la roche), qui supposent des infrastructures et des investissements plus lourds.

Une réglementation de plus en plus contraignante

Aux dires des exploitants, les gisements alluvionnaires sont en déclin et l'avenir est à l'exploitation primaire. Le Bureau de recherche géologique minière (BRGM), estime ainsi le potentiel de ces « nouveaux » gisements à 120 tonnes. A titre de comparaison, environ 220 tonnes d'or ont été officiellement extraites des gisements alluvionnaires depuis le début de l'activité aurifère, en 1857. Mais d'après Gathier Horth, « les artisans qui voudraient se tourner vers le primaire se heurtent à la réglementation et aux normes environnementales, et n'ont pas les moyens techniques et financiers d'y répondre. » La solution ? « Nous les encourageons à se constituer en coopératives », poursuit le président de la Fedomg. Les poids lourds du secteur leur en laisseront-ils l'opportunité ?

La patience des « petits » exploitants légaux atteint aujourd'hui ses limites : ils voient d'un très mauvais œil les évolutions réglementaires annoncées par Paris et Bruxelles.Tout d'abord, le schéma départemental d'orientation minière (Sdom) est loin de satisfaire la Fedomg. En cause : la future définition des zones soumises à l'attribution de permis d'exploitation, qui «condamne définitivement l'exploitation de certains gisements connus » d'après Gauthier Horth. « Ce schéma est la preuve que l'Etat ne veut pas développer la filière légale », estime l'orpailleur. Quant à la résolution votée par le Parlement européen le 6 mai dernier, visant à interdire l'utilisation du cyanure pur l'extraction aurifère, elle risque, d'après les industriels, d'enterrer définitivement la filière car elle serait trop stricte et impliquerait de trouver d'autres techniques.

Valoriser la filière légale par la certification

Si les relations entre les professionnels et Guyane Nature Environnement sont effectivement tendues, le WWF trouve davantage d'écoute auprès de le Fedomg. « L'orpaillage est une activité historique en Guyane, souligne Romain Taravella. membre du bureau guyanais du WWF. Mais il faut à tout prix limiter la porosité entre filière légale et illégale, et encourager les exploitants légaux dans une démarche de traçabilité. » D'ores et déjà, la loi impose depuis le 1er janvier 2011 aux comptoirs d'or de Guyane de tenir un « livre de police » qui renseigne précisément l'identité du vendeur d'or. « Mais nous avons peu de moyens pour vérifier que l'or illégal n'est pas blanchi par les légaux avant son arrivée au comptoir, explique Romain Taravella. Maintenant, il faut mettre en place une grille de critères pour garantir l'origine de l'or dès l'exploitation. » Une grille élaborée en concertation avec les professionnels, pour aboutir à terme à une certification « or traçable et responsable ». « Cette certification nous permettra de valoriser nos méthodes d'exploitation responsables, tant au niveau environnemental que social, espère Gauthier Horth. Et d'accroître les retombées économiques de la filière, qui restent pour nous, une priorité. » Encore faut-il que les acteurs en aval de la filière intègre ces critères de traçabilité dans leurs achats... D'après une étude menée par le WWF en avril dernier, 82% des affineurs et bijoutiers français n'ont aucune idée de la provenance de l'or qu'ils manipulent.

Anne Farthouat
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