Publié le 09 juillet 2013

ENVIRONNEMENT

L'Europe, première responsable de la déforestation dans le monde

La Commission Européenne révèle dans une étude l'impact considérable de la consommation européenne sur la destruction des forêts, notamment dans les zones tropicales. Elle représente plus du tiers de la déforestation liée au comerce international. C'est aussi un risque majeur pour les entreprises.

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L'appropriation de terres étrangères pour satisfaire les besoins de la consommation européenne est mesurée par « l'empreinte terre», c'est-à-dire la mesure des « terres importées » nécessaires à la fabrication de nombreux produits. Celle des Européens est particulièrement élevée. L'Europe utilise 9 700 km2 de terres par personne, soit 44% de plus que son propre domaine foncier, et un Européen consomme en moyenne 1,3 hectare tandis qu'un Chinois ou un Indien en consomment 0,4... La plus forte empreinte terres européenne est celle du lait cru (62 millions d'hectares par an), suivi par les produits laitiers et le blé (59 et 54 millions d'hectares par an). Ces chiffres viennent d'une étude des Amis de la terre, publiée en mars 2013 ( L'« empreinte terres » des Européens est l'une des plus importantes au monde ). Le 2 juillet 2013, la Commission européenne publiait des chiffres tout aussi alarmants dans une étude intitulée « l'impact de la consommation de l'Union européenne sur la déforestation ».

Elle révèle que non seulement les produits importés par l'UE liés à la déforestation sont en forte augmentation, mais aussi que cela signifie que l'Europe ne respecte pas ses engagements de réduction des importations illégales. Bruxelles avait adopté un plan en 2008, pour « stopper la diminution de la couverture forestière d'ici 2030 au plus tard et réduire la déforestation tropicale de 50% par rapport aux niveaux actuels d'ici 2020 ». Or, l'Europe est aujourd'hui responsable de plus du tiers - 36 %- de la déforestation liée au commerce international, loin devant les Etats-Unis, le Japon ou la Chine. Ainsi entre 1990 et 2008, les Etats membres ont importé des produits issus de la déforestation d'environ 9 millions d'hectares de terres (soit trois fois la taille de la Belgique), contre 1,9 million d'ha pour l'Amérique du Nord et 4,5 millions d'ha pour l'Asie de l'Est (incluant le Japon et la Chine).
La déforestation dans les zones tropicales est principalement liée à l'augmentation de la consommation de viande et de produits oléagineux (soja, huile de palme...). La France constitue par exemple le troisième importateur mondial de soja brésilien pour l'alimentation animale, soit une surface de plus de 1 million d'ha.

Un plan de réduction des consommations en discussion

Globalement, les importations européennes de soja ont été multipliées par cinq depuis le début des années 70 pour soutenir l'intensification de l'élevage, au détriment d'autres sources (fourrage, foin, paille) plus onéreuses. L'élevage extensif et le soja exporté sont depuis devenus la première cause de la déforestation en Amérique du Sud. Comme l'expliquait déjà en 2007 l'économiste Alain Karsenty du CIRAD, « là où les conditions économiques le permettent, il est plus profitable de faire des plantations de palmier à huile, de cacao ou de soja que d'exploiter durablement la forêt, et a fortiori de la conserver. Il est également souvent plus rentable de convertir la forêt naturelle en plantations d'arbres à croissance rapide pour la fabrication de pâte à papier

Le septième programme d'action pour l'environnement (PAE) de l'Union européenne, intitulé "Bien vivre, dans les limites de notre planète", en cours de discussion, est censé donner des directions pour réduire la consommation de produits liés à la déforestation. Il doit couvrir la période 2014-2020 et pourrait être mis en place au début de l'automne 2013 sous la présidence lituanienne.

La déforestation impacte aussi les entreprises

Pour de nombreux secteurs d'activité, la déforestation massive en cours menace leur chaine d'approvisionnement. C'est pourquoi, dès 2008, la fondation britannique « Global Canopy », a lancé le « Forest footprint disclosure » (voir La déforestation, un risque majeur pour les entreprises ). Elle a lancé l'alerte sur l'urgence de prendre en compte l'impact de la déforestation dans leurs activités auprès des entreprises mais aussi des investisseurs. Elle adresse un questionnaire à des multinationales qui doivent s'expliquer sur plusieurs sujets comme la conversion des terres au bénéfice de la culture du soja ou d'huile de palme, l'élevage et les agro-carburants, ou encore l'exploitation du bois. L'enquête sur le « risque forêt » leur demande de détailler leurs actions en matière de traçabilité, de certification, de stratégie ou de communication autour des ressources forestières qu'ils utilisent. Cette initiative a aujourd'hui fusionné avec une autre, plus ancienne, axée sur le risque climatique et l'eau : le Carbon Disclosure Project. Devenu le CDP Project, cette ONG pousse aujourd'hui les entreprises et les villes à établir des reportings environnementaux globaux et fiables.
Le secteur textile est l'un des plus concernés par l'impact de la déforestation (voir Secteur textile : l'opacité de la filière cuir) mais il n'est pas encore en ordre de marche pour répondre aux interrogations des ONG environnementales comme le Forest Disclosure Footprint. Pour le secteur d'activité « habillement et luxe » un tiers des trente entreprises contactées ont accepté de répondre, dont Marks & Spencer, en pointe sur le sujet, les chaussures Clarks et les marques Patagonia, Adidas et Nike. Pour le luxe, seuls Dior, Gucci et LVMH ont joué le jeu de la transparence, sans pour autant garantir que le cuir utilisé n'est pas lié à la déforestation. De son côté le chausseur Eram s'est engagée à « éliminer tout risque d'utiliser des cuirs provenant d'élevages liés à la déforestation amazonienne », après la campagne activiste ciblée sur les fabricants de chaussure, menée par l'association Envol Vert.

Véronique Smée
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