Publié le 02 avril 2013

ENVIRONNEMENT

JO de Sotchi 2014 : un pari « vert » raté

A moins d'un an des compétitions, l'approche responsable des problèmes environnementaux prônée par la Charte olympique, et plus encore la promesse de faire des JO de Sotchi les plus verts de l'histoire, a du plomb dans l'aile. La vallée de la rivière Mzymta, où se concentre une partie importante des travaux, cristallise les reproches des associations et des environnementalistes.

139395_GF.jpg
La vallée de la rivière Mzymta, dans le parc national de Sotchi, transformée en site de construction
© Greenpeace/Andrey Petrov, mai 2010

Techniquement, tous les équipements sportifs devraient être prêts à temps pour l'ouverture des Jeux olympiques à Sotchi, qui accueille déjà des compétitions internationales. Mais à quel prix ? « La fonte des neiges et les pluies provoquent l'engorgement des sols, augmentant le risque de coulée de boue dans le cluster de montagne Krasnaïa Poliana », s'alarme dans un communiqué (1) le département local de l'agence fédérale des autoroutes. En transformant le lit et les berges de la rivière Mzymta, en modifiant l'équilibre de son écosystème, les travaux ont engendré des risques importants de glissement de terrain, d'érosion, d'inondation, de sécheresse et pollué ou détruit certaines sources d'eau potable.

Des tentatives de compensation insuffisantes

Pourtant, les autorités russes et le Comité international olympique (CIO) revendiquent toujours des « jeux verts ». Sur le papier, les infrastructures, situées au voisinage d'une zone classée au Patrimoine mondial de l'Unesco, sont bien construites « en harmonie avec la nature ». Les rapports imposés par le système de gestion du développement durable (Présentation sur le site du comité d'organisation Sotchi 2014), mis en place par le CIO, foisonnent de mesures positives telles que le traitement des eaux usées sur les chantiers, la désignation de zones spécifiques de silence pour le repos et la reproduction des animaux, la création d'un parc naturel ornithologique (2)... Les entreprises et les autorités « travaillent dur pour restaurer la vallée de la rivière Mzymta », souligne Olympstroï , la société publique qui gère l'ensemble des travaux des sites olympiques. Elles s'y sont engagées en mars 2011 devant les membres du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (Pnue). Objectifs : améliorer le régime hydrologique, la propreté du lit, stabiliser les berges, produire des alevins, planter des arbres et embellir le paysage côtier. « Plus de 55 000 plants d'espèces rares et menacées ont été replantés en 2012 dans le parc national de Sotchi, la compensation s'élève à trois pour un », se prévaut Olympstroï, en précisant que le gros de la restauration sera effectué à la fin des travaux.

« Ce n'est que du greenwashing, affirme avec dépit Mikhail Kreindlin, expert zones protégées de Greenpeace. Il est impossible de reproduire le même écosystème, les conditions naturelles originelles et complexes ont été transformées. » Selon lui, il est trop tard pour minimiser les effets dévastateurs des travaux ; un « gâchis car les installations ne seront pas utiles, passés les JO ». Les associations environnementales décrivent des berges souillées par les déchets de chantier et les ordures ménagères, entre 2 000 et 4 000 hectares de forêt abattue, où l'on trouve des espèces menacées comme le buis de Colchide mais aussi une faune qui peine à se réinstaller sur d'autres zones - comme une espèce de truite endémique qui a disparue dans cette rivière. Le combiné route-rail est particulièrement pointé du doigt. Cette nouvelle voie rapide, longue de 48 kilomètres, remplace les petites routes tortueuses pour relier le pôle Krasnaïa-Poliana, dans les montagnes, au parc olympique situé sur les rives de la mer Noire. La modification en 2008 d'une partie du trajet sous la pression des associations, pour privilégier les ponts en dépit d'un coût supplémentaire, a limité la coupe des arbres mais n'a pas empêché la destruction de l'écosystème de la vallée.

Un « livre noir » des violations législatives

Dubitative devant la restauration annoncée par Olympstroï, l'association WWF fustige en outre la mauvaise qualité des études d'impact sur l'environnement. Celle du combiné route-rail a été bouclée en quinze jours par moins de dix personnes. En novembre 2009, trois experts de l'Etat spécialisés dans la faune, la flore et les zones protégées chargés d'examiner le projet s'y étaient même opposés- sans résultat, rapporte-t-elle, après plus d'un an de construction sans permis. Ce n'est pas la seule liberté prise avec la loi. L'association locale Veille écologique du Caucase du Nord compile toutes les modifications et violations législatives dans un « livre noir » (3). Par exemple, la loi sur les zones protégées a été changée en 2006 afin de rendre possible les activités sportives de masse dans les parcs nationaux. Ce fut aussi le cas, en 2009, du code forestier, pour autoriser l'abattage d'espèces rares d'arbres et d'arbustes dans le cadre des constructions olympiques. A défaut d'une annulation des JO, l'association appelle au boycott, une action soutenue par le parti d'opposition Iabloko. Spécialiste des questions liées au vivant, consultant entre autres pour le Pnue, l'Unesco et les autorités russes, Hervé Lethier souligne quant à lui l'incohérence même du CIO à vouloir faire du développement durable : « à l'occasion de l'organisation d'un événement ponctuel, qui dure deux semaines, on produit des effets à long terme, qui modifient profondément le contexte. » Même en envisageant l'application de 80 mesures recommandées par le Pnue au gouvernement russe fin 2012, certains dommages sont tout simplement irréversibles.

(1) le 11 mars 2013

(2)Mesures tirées des rapports sur la mise en œuvre des normes de construction verte (juin 2012) et sur le développement durable sur la période 2009-2010.

(3)Une première partie du livre noir sera présentée à l'occasion de la Conférence mondiale pour le sport et l'environnement, qui se tiendra à Sotchi du 30 octobre au 2 novembre prochain

Jeanne Cavelier
© 2019 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Ressources naturelles

L’épuisement des ressources menace, dans la mer à cause de la pêche et de la pollution, sur la terre à cause de la déforestation et de la pollution. Pour tenter de limiter les dégâts, certains labels garantissent l’origine respectueuse des produits : FSC et PEFC pour la forêt, MSC pour la pêche.

Manger trop gaspillage environnemental pixabay

Manger trop, c'est gaspiller 100 fois plus de nourriture que de la jeter !

C'est un problème de santé publique indéniable... mais pas seulement. Alors que le nombre de personnes en surpoids ou obèses ne cesse d'augmenter, des chercheurs italiens viennent de montrer que l'excès de nourriture par rapport à ce dont notre corps a besoin engendre un impact considérable sur...

Deforestation Amazonie Khlongwangchao

Les incendies d’Amazonie signent le réveil des entreprises sur la traçabilité de leurs chaînes d'approvisionnement

Avec les incendies en Amazonie, c’est tout un système de production non durable sur le long terme qui a été mis en lumière aux yeux du grand public. Le rôle des entreprises importatrices de viande ou de soja brésilien a notamment été pointé du doigt. Certaines marques comme The North Face ont décidé...

Village de Aasiaat au groenland Olga Gavrilova

Les États-Unis veulent s’emparer du Groenland… tout comme la Chine et la Russie

L’annonce de Donald Trump de vouloir racheter le Groenland n’est pas qu’une nouvelle sortie tonitruante. C’est un enjeu stratégique pour de nombreux pays. À la faveur de la fonte des glaces, des terres et mers deviennent plus accessibles. Cela donnerait accès à de considérables réserves de matières...

Sablier reportage stellamaris navire extracteur

[Reportage] La ruée vers le sable à bord du Stellamaris, un navire extracteur français

La demande en sable, déjà la deuxième ressource la plus consommée au monde devant le pétrole, va exploser dans les années à venir. Utilisé majoritairement dans la construction, il est source de tensions dans plusieurs régions du monde où les plages sont littéralement vidées. Loin de ces images...