Publié le 05 mai 2011

ENVIRONNEMENT

Ikea sort du bois concernant sa politique de gestion forestière

Si le géant suédois de l'ameublement est un gros consommateur de bois, IKEA s'était toujours fait discret sur sa politique de gestion forestière : aucun label sur les étiquettes, peu de communication sur le sujet...A l' occasion de l'année des forêts décidée par l'ONU, le groupe lève le voile sur le sourcing de cette matière qui lui est essentielle.

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Anders Hildeman
© ikea

Le groupe épinglé sur la biodiversité

Si en 2011, le groupe célèbre l'année de la forêt, en 2010, année de la biodiversité, IKEA n'y a pas vraiment fait honneur. Le 3 juin 2010, la société a ainsi été condamnée à 30.000 euros d'amende et 5700 € de dommages et intérêts pour les parties civiles par le tribunal correctionnel d'Aix en Provence pour avoir détruit, sans dérogation préfectorale et après avoir bâclé une étude d'impact environnementale, des espèces végétales et animales protégées lors de la construction d'une importante plateforme logistique de 65 000 m² sur un terrain du port de Marseille situé à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône. Après avoir annoncé faire appel de sa décision, le groupe s'est finalement ravisé peu avant l'audience qui aurait dû avoir lieu en mars. Une décision qui vaut implicitement reconnaissance de sa condamnation, estiment les associations Nacicca et URVN (Union régionale vie et nature) : « la condamnation d'une multinationale qui se targue à longueur d'année de son éthique environnementale est un revers cuisant qui, nous l'espérons, servira d'exemple à tous les aménageurs qui pensent que la destruction de la nature est possible » ont indiqué dans un communiqué deux associations écologistes.

BILI, LACK, MICKE ou MALM...derrière ces noms se cachent des étagères, tables, bureaux ou chambres produits en masse par le géant suédois de l'ameublement IKEA et vendus dans ses quelque 280 magasins à travers le monde. Tous sont réalisés en bois, la matière première principale du groupe. « 50% de nos produits voire 60% si nous englobons aussi les textiles dont certains utilisent des fibres issues de la cellulose. Cela représente environ 5 millions de m3 de bois massif par an et 7 millions de panneaux de particules chaque année qui pour, être acheminés, nécessite théoriquement près de 325 000 camions », affirme Anders Hildeman, le responsable foresterie du groupe. Un volume qui représente 0,6% de la consommation de bois industriel mondial.

Autant dire que la question de la gestion des forêts s'avère cruciale pour la marque, tant du point de vue économique que marketing, environnemental et règlementaire. D'autant plus que contrairement à la plupart de ses concurrents, le groupe maîtrise l'ensemble de la chaîne : « 99 % de nos produits sont conçus par nos designers ; il n'y a que les plantes vertes qui leur échappent ! Ensuite 10% de la fabrication est entièrement réalisée par IKEA et 90% par des sous-traitants (368 fournisseurs et 2930 sous-traitants quand même, ndlr) qui utilisent les termes et le cadre Ikea. Nous avons donc une responsabilité très importante », souligne Pierre Deyries, le directeur communication et développement durable d'IKEA France. « C'est pourquoi nous avons établi notre propre système de contrôle/certification du bois avec l'aide du WWF il y a 13 ans et une politique de gestion durable de la forêt », souligne Anders Hildeman. Pour s'approvisionner, le groupe privilégie donc l'Europe, particulièrement la Pologne (24,3% de l'approvisionnement total, l'Allemagne (10%) ou la Lituanie (9,9%) - la France, elle, compte pour 2,7%. Mais ses importants besoins en bois la font également lorgner du côté de la Chine (8,1%), de la Russie (7,7%), de l'Europe de l'Est ou des pays d'Asie connus pour les risques d'abattement illégal des arbres ou des forêts primaires... Pour limiter ces risques, le groupe assure avoir mis en place un système de règles extrêmement strict qu'il impose à l'ensemble de ses fournisseurs : obligation de reporting sur l'origine du bois tous les 4 mois (les nouveaux fournisseurs devant aussi s'y plier pour l'ensemble de leur stock), audit de la firme tous les deux ans grâce à ses 16 « détectives du bois » (en cas de problème, une contre-visite est réalisée trois mois plus tard), respect du code de conduite Ikea (Iway, voir document lié), etc. Ce qui a notamment permis à IKEA d'établir un logiciel de gestion des risques qui permet de l'orienter dans ses choix de fournisseurs.

Une utilisation de bois certifié en progression

En 2010, les audits ont montré que 97,1% du bois utilisé par le groupe répondait aux exigences fixées par l'enseigne. Pour autant, cela n'est pas suffisant. « Il faut aller le plus possible vers le bois certifié », souhaite Anders Hildman. Pour l'instant, le groupe ne reconnait que le label FSC, dont il est l'un des membres fondateurs et qui, selon lui, est « le seul à même de garantir que le bois satisfait tous les critères IKEA ». Certes, mais si l'utilisation de bois FSC par la marque grandit chaque année, celle-ci ne dépasse pas le 16% du total (24% du bois massif et 10 % des panneaux de particules). « En 2012, 35% du bois massif devrait être certifié mais il faut savoir qu'il n'y a pas beaucoup de bois FSC dans le monde ; seul 7% des forêts disposent de ce label », fait remarquer Anders Hildeman. IKEA a son propre groupe industriel, Swedwood, dont toutes les unités sont aujourd'hui certifiées FSC. Mais pour qu'il puisse s'approvisionner plus facilement, IKEA s'est associé au WWF sur des projets au Cambodge, Laos, Vietnam, Chine, Russie, Bulgarie ou Roumanie destinés à aider les producteurs à obtenir la certification, lutter contre le bois illégal et protéger les forêts à haute valeur de conservation. Depuis 2002, le groupe y aurait ainsi investi 120 millions de couronnes suédoises (13,4 millions €). Pour autant, le chemin est encore long pour que l'approvisionnement puisse être totalement certifié. La traçabilité des panneaux de particules, produits essentiellement en Europe à partir de sciure, copeaux et autre bois recyclé, est extrêmement difficile selon le groupe, même s'il affirme mettre le sujet sur la table à chaque négociation commerciale avec ses fournisseurs.

Plus largement, le groupe soutient la directive européenne FLEGT (voir article lié) et vient tout juste de s'engager aux côtés d'autres groupes comme Kimberly Clark et de Greenpeace dans une campagne australienne destinée à stopper l'importation de bois illégal. « Nous sommes aussi pour une harmonisation des normes au niveau international, car tout cela nous permettra enfin d'obtenir un avantage concurrentiel sur notre politique menée volontairement depuis des années », raisonne Anders Hildeman. Difficile pourtant de savoir quel est le surcoût de cette politique de gestion responsable du bois pour le groupe, le consommateur et les fournisseurs. « C'est compliqué », répète le responsable de la foresterie qui explique que le groupe essaye de réduire le coût par d'autres moyens comme l'utilisation de techniques spécifiques (remplacement d'une partie du bois intérieur par de l'air par exemple et paquet d'emballage plat) ou le recyclage des matériaux. Le consommateur, lui, reste encore largement inconscient des efforts que déclare faire la marque sachant qu'aucun label n'est apposé sur les étiquettes. Une politique globale du groupe qui préfère mettre en avant sa marque et la confiance qu'elle espère véhiculer par ce biais. « Par ailleurs, il faut savoir que pour une commode par exemple, il peut y avoir 26 essences de bois et 18 pays différents, nous ne pouvons donc pas garantir la traçabilité individuelle de nos produits », reconnaît Anders Hildeman.

Béatrice Héraud
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