Publié le 17 décembre 2013

ENVIRONNEMENT

Huile de Palme : les entreprises peuvent mieux faire

Les pratiques des acheteurs d'huile de palme s'améliorent, du moins dans les engagements affichés. C'est le bilan que tirent le WWF et Greenpeace dans deux études publiées récemment. Mais les deux ONG appellent les entreprises à accélérer la mise en pratique de leurs engagements.

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« Musim Mas palm oil plantation », Sumatra, Indonesie
© James Morgan / WWF International

Ferrero se dote d'une charte sur l'huile de palme

Depuis l'épisode médiatique de l'an dernier qui l'a contraint à justifier son recours à l'huile de palme dans ses produits, Ferrero a accéléré sa démarche de "rédemption". En novembre 2013, le groupe italien a publié sa charte pour une huile de palme durable. Il y précise notamment que, d'ici 2012, soit avec un an d'avance sur le calendrier initial, 100% de l'approvisionnement en huile de palme sera certifié RSPO «ségrégué » (c'est-à-dire traçable de sa plantation jusqu'à son utilisation dans le produit final). Ferrero s'engage à ce que ses fournisseurs respectent 10 critères d'ici fin 2015. Parmi ceux-ci, on trouve par exemple : fournir une huile de palme entièrement traçable, y compris celle provenant de petits exploitants ; ne pas déboiser les forêts denses en carbone ; ne pas semer sur les tourbières ; protéger les espèces en voie de disparition, en conservant les zones à haute valeur environnementale ; lutter activement contre la corruption...

Les engagements progressent, mais il reste encore des progrès à faire. C'est une des conclusions de l'étude qu'a menée le WWF auprès de 150 entreprises. Ainsi, l'étude révèle que, sur les 53 entreprises de la distribution et de la restauration étudiées, 40 sont membres de la Table Ronde pour l'Huile de Palme (RSPO) et 36 se fixent un objectif de 100 % d'huile de palme certifiée d'ici 2015.

Encore trop de certificats

« De plus en plus d'entreprises prennent des engagements vers de l'huile de palme durable. Mais beaucoup se contentent d'acheter des certificats. Selon nous, c'est insuffisant, nous voulons une véritable traçabilité de l'huile de palme pour parvenir à la ségrégation », estime Arnaud Gauffier, du WWF. La différence a son importance : dans le cas des certificats (ou système book and claim), l'huile de palme provenant d'usines certifiées est mélangée avec de l'huile de palme classique. L'utilisateur final achète des certificats qui équivalent à la quantité d'huile de palme non durable utilisée et qui aident financièrement les producteurs d'huile de palme durable. Ce système permet à l'entreprise acheteuse de participer financièrement à la production d'huile durable certifiée, alors qu'en réalité une partie de ses produits contient de l'huile de palme classique. Dans le cas de la ségrégation, en revanche, l'huile de palme durable est tracée et séparée des huiles issues d'autres filières jusqu'à l'utilisateur final. Certaines entreprises ont déjà mis en place le système de ségrégation, comme par exemple Ikea, tandis que d'autres, comme Carrefour, se sont engagées à le faire.

Mais si les déclarations d'intentions se multiplient, les progrès tardent à se concrétiser : selon le WWF, les distributeurs utilisaient 53 % d'huile de palme certifiée CSPO (Certified Sustainable Palm Oil) en 2011, contre 58 % en 2013. « Beaucoup d'entreprises, comme Danone ou Leclerc, ont pris un engagement de 100 % d'huile certifiée durable d'ici 2015. Mais au rythme où ils vont, ils n'y parviendront pas », regrette Arnaud Gauffier.

Les bons et les mauvais élèves

Parmi les acteurs internationaux les plus avancés sur ces question, le WWF cite notamment Ikea, Unilever, les supermarchés allemands REWE ou le britannique United Biscuit. Greenpeace, qui a contacté une centaine d'entreprises dans le monde pour connaître leur politique d'approvisionnement, désigne Nestlé, Unilever ou Ferrero (voir encadré) comme le trio de tête à l'échelle mondiale. En France, L'Oréal, qui s'est récemment engagé à s'approvisionner à 100 % en huile de palme durable, fait partie des entreprises les plus actives. Elle a d'ailleurs signifié à ses fournisseurs qu'elle ne travaillerait plus qu'avec ceux qui garantiront une huile de palme zéro déforestation. « Maintenant que L'Oréal a contacté ses fournisseurs, elle doit formaliser un plan d'action pour expliquer comment et à quelle échéance elle met en place sa politique pour garantir zéro déforestation », précise Jérôme Frignet, Chargé de campagne Forêt à Greenpeace. Le WWF, pour sa part, estime que Carrefour, Cémoi et Bongrain font partie des meilleurs élèves français aux côtés de L'Oréal. Toujours en France, selon Greenpeace, Carrefour, Auchan, Intermarché et Leclerc ont commencé à dialoguer avec leurs fournisseurs pour garantir une huile de palme zéro déforestation, mais n'ont pas assorti leurs engagements d'un calendrier et de contraintes précis.

Allez plus loin que la RSPO

WWF et Greenpeace, s'accordent toutefois sur un point : la RSPO, telle qu'elle existe aujourd'hui, est insuffisante. « Pour nous, la RSPO est la seule crédible pour le moment, mais nous militons pour davantage de critères, pour tendre vers une RSPO++ », estime Arnaud Gauffier. Jérôme Frignet va dans le même sens : « La RSPO ne permet pas de briser la logique de la déforestation car elle ne prévoit pas d'exclusion à la conversation de forêt en plantations de palmiers à huile. Le critère de High Conservation Value Area est subjectif. D'ailleurs, en pratique, seuls 5 à 10 % d'une concession est considérée comme HCVA. » Autrement dit, si la RSPO permet d'avoir une meilleure traçabilité, elle n'offre pas de garanties anti-déforestation.

Lire aussi :Des industriels s'allient pour une « huile de palme durable »

Céline Oziel
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