Publié le 02 décembre 2013

ENVIRONNEMENT

Gestion de l'eau : les multinationales font-elles fausse route ?

Comme le carbone, l'eau, doit être considérée comme un risque croissant à gérer pour l'entreprise. Pourtant, selon un rapport publié par l'association anglaise CDP qui fédère plus de 700 gros investisseurs, rares sont les multinationales qui ont une gestion de l'eau à la hauteur des enjeux. Et ce alors même que 70% des 184 grandes entreprises répondantes considèrent l'eau comme « un risque substantiel pour leur business ». Décryptage de ce paradoxe avec la responsable du programme Eau du CDP, Cate Lamb.

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Cate Lamb

Novethic. Pourquoi se focaliser sur sa propre consommation d'eau n'est-il pas suffisant ?

Cate Lamb. Les entreprises ont tendance à gérer l'eau comme elles gèrent le carbone, dans une logique de réduction mais ce n'est qu'un premier pas. Même une entreprise qui consomme très peu d'eau peut se retrouver à sec si la pression sur la ressource est trop forte. La question de la qualité aussi est cruciale : en se limitant à ses opérations directes, l'entreprise peut se retrouver dans la situation du « poisson propre dans un bassin sale ». Nous recommandons une politique de gestion intégrée (water stewardship) dans laquelle l'entreprise définit des plans et des process au niveau de chaque bassin versant (fleuve) où elle opère, en prenant en compte les autres utilisateurs. C'est loin d'être le cas puisque 6% des entreprises seulement (sur les 184 répondantes) ont fixé un objectif « eau » relatif aux communautés locales et 4% en ont fixé un à leur chaîne d'approvisionnement.

Votre appel à changer ces politiques est-il motivé par l'éthique, ou par la performance financière ?

Le but du programme Eau du CDP est de protéger la ressource. Les entreprises et les investisseurs doivent bouger rapidement, efficacement et collectivement si on veut répondre aux défis posés par l'eau. Le risque est tel que nous croyons que les marchés favoriseront les entreprises qui mèneront une approche collaborative pour préserver l'eau en tant que ressource partagée vitale.

Les 184 entreprises qui vous ont répondu prélèvent en un an l'équivalent de 50 litres par jour pour 7 milliards de personnes pendant 82 ans. Quels sont les secteurs les plus « aquavores » ?

Il faut différencier l'eau prélevée qui retourne ensuite dans les écosystèmes, de l'eau consommée qui n'y retourne pas. L'énergie est le secteur qui prélève le plus d'eau (en particulier pour le refroidissement des centrales) tandis que le secteur agricole est celui qui en consomme le plus. Pour autant, le secteur de l'énergie est celui qui a le plus faible taux de réponse à notre questionnaire et chez les entreprises du secteur qui ont répondu. Et bien que 100% déclarent avoir un plan ou une stratégie sur l'eau, seuls 50% gèrent l'eau au niveau de la direction (le « board ») ce qui est assez choquant.

Concernant l'agriculture, d'après le World Resource Institute, un quart des cultures alimentaires sont désormais soumises à un fort stress hydrique. Que font les entreprises face à cette situation ?

Notre rapport ne cible pas assez d'entreprises du secteur agro-alimentaire, un secteur dans lequel il y a aussi beaucoup d'entreprises non côtées en bourse (CDP se focalise sur les firmes cotées, ndlr) pour permettre une réponse globale. Disons que ce ne sont pas nécessairement les plus transparentes, même s'il y a des initiatives intéressantes, en particulier dans le secteur des boissons, à l'image de ce que fait le producteur de bières SAB Miller en Colombie ou de Nestlé Waters sur des zones de captage.

Quelles autres bonnes pratiques avez-vous relevées ?

Aux Etats-Unis, Bunge, un géant du négoce agricole, et Kellog's se sont associés pour une analyse de cycle de vie du maïs qui fournit une usine dans le Nebraska. Le programme inclut la mesure de l'eau utilisée du champ à l'usine. Autre exemple, L'Oréal, Unilever et Pfizer travaillent sur notre programme CDP « Supply chain » qui inclut une information consistante sur les actions de certains de leurs fournisseurs concernant l'eau.

Propos recueillis par Thibault Lescuyer
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