Publié le 12 septembre 2007

ENVIRONNEMENT

En Equateur, les indigènes refusent le pétrole

Ils sont deux mille Amazoniens à avoir mis en échec les petroleos qui avaient programmé l'exploitation pétrolière de leurs terres, unique source de vie pour ces communautés. Cette action radicale se poursuit aujourd'hui et sert d'aiguillon pour les indigènes équatoriens qui revendiquent leur droit à la terre. Reportage.

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Au lieu du rendez-vous avec "le peuple rebelle de la forêt", un jeune policier, crosse de fusil au sol, est en faction. « Depuis 2006, l'Etat est dans l'obligation d'assurer notre sécurité, mais nous ne savons pas si cela serait efficace en cas de problème », observe le jeune guide queschua de l'agence de tourisme communautaire Papangu Tourisma. « Notre restaurant ainsi que l'office de tourisme ont brûlé en une nuit, il y a quatre ans. L'enquête n'a pas déterminé qui était responsable ». Depuis, la communauté de Sarayacu n'a plus de grands locaux dignes de ce nom à Puyo, bourgade de plusieurs milliers d'habitants située dans la province de Pastaza au Piémont andin. En aval, la forêt amazonienne abrite notamment les 134000 hectares du territoire Sarayacu où vivent deux mille Queschuas.

Entrés en résistance contre les firmes pétrolières dès les années 90, ils ont donné leur nom aux "accords de Sarayacu". En échange de la libération de son médiateur, Arco USA, une entreprise pétrolière à qui l'Etat équatorien avait concédé en 1988 une exploitation, a reconnu le droit à la terre exigé par les indigènes. Et c'est, entre autre, sous la pression d'une grande marche revendicative partie de Puyo pour rejoindre Quito en juin 1990, que l'Etat a fini par inscrire en 1998 leurs droits collectifs dans la Constitution (1). Forte de cette avancée, la communauté a ensuite montré une opposition « ferme et pacifique » et a commencé à faire respecter ses droits.

Mais en 2002, la tension monte. Les entreprises pétrolières, soutenues par le gouvernement équatorien, se montrent plus agressives, et notamment la Compagnie générale des combustibles d'Argentine, qui avait décroché en 1996 une concession de 200000 hectares occupant la presque totalité du territoire de Sarayacu. Se furent alors sorties forcées, divisions des organisations indigènes, intimidations, usage de la force publique et même occupation militaire du territoire lors de l'état d'urgence en 2002. En 2003, les rivières sont bloquées, paralysant la voie de transport et d'avitaillement des communautés, des habitants sont capturés, torturés et menacés de mort, des dirigeants agressés. « Pendant quatre ans nous avons résisté de toute notre force », explique Patricia Gualinga, coordinatrice de l'Apar, l'Allienza de los pueblos amazonicos en resistenzia. «Organisés, les habitants avaient l'avantage de connaître leur territoire. Lorsque les employés des firmes pétrolières venaient pour explorer le sous-sol, des groupes de femmes avec des pierres se mettaient devant les militaires », se souvient-elle.

Soutien des ONG internationales

Si certaines communautés de la province ont fini par signer des accords avec les petroleros en échange d'un développement local (services de santé, indemnisations pour les dommages environnementaux), ceux de Sarayacu refusent catégoriquement la présence pétrolière. Ils ont reçu pour cela l'appui d'ONG internationales comme Greenpeace, Amnesty international, des ONG belges, suisses, allemandes et françaises comme Paroles de nature. Résultat : la CGC d'Argentine a suspendu son activité en mars 2003 et la Confeniae (confédération des indigènes d'Amazonie équatorienne) a retiré en mai 2004 son soutien au président Gutierrez, renversé un an plus tard. Cette communauté a même attaqué l'Etat équatorien devant la Commission inter-américaine des droits de l'homme, qui s'est prononcée en leur faveur. Le 4 septembre dernier, le gouvernement équatorien s'est engagé à respecter la recommandation de cette Cour : retirer des puits les dynamites prévus pour l'exploration.

« Maintenant, tout le monde en Equateur connaît notre peuple comme un peuple digne et rebelle », poursuit Patricia Gualinga. Sans parler de leur lutte qui sert de modèle dans d'autres cas de conflits territoriaux comme dans les Andes avec des entreprises minières et dans la province voisine du Pastaza face à la société pétrolière française Pérenco.

Dionisio Machao, chamane, président de la communauté de Sarayacu fraîchement élu, affirme que la communauté n'est pas divisible parce que très soudée et organisée. Au gouvernement Sarayacu, les grandes décisions se prennent en conseil et dix-sept dirigeants ont en charge des secteurs comme la transmission du savoir traditionnel par l'éducation. Dans ce domaine, il se félicite de la trentaine de professeurs diplômés et évoque le projet "Ataya", un conservatoire de plantes et d'arbres, lieu sacré de transmission qui pourrait être visible par satellite. Un symbole pour le peuple de la forêt qui, « sans ressources naturelles, perd sa qualité de peuple indigène ». A l'occasion des élections du 30 septembre prochain, provoquées par le président socialiste Rafael Correa et qui désigneront les concepteurs de la prochaine constitution, la communauté veut présenter un candidat. Elle veut aussi y rassembler les communautés qui ont signé des accords avec les entreprises pétrolières. « Nous voulons faire avancer les projets de loi sur la sécurité de la vie, le droit humain des indigènes et leurs cultures. »

(1) Maintenir, développer et fortifier leur identité et leur traditions spirituelle, conserver la propriété imprescriptible des terres communautaires et maintenir leur possession ancestrale, participer à la conservation des ressources naturelles renouvelables, être consultés sur les plans et les programmes de prospection et d'exploitation des ressources non renouvelables...

Gwénaël le Morzellec
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