Publié le 01 mars 2018

ENVIRONNEMENT

En décidant de s’approvisionner directement en cobalt, Apple se prépare à une guerre des métaux contre l’industrie automobile

Apple a décidé de se rapprocher de sociétés minières afin de sécuriser des milliers de tonnes de cobalt, métal indispensable à la fabrication des batteries de ses iPhones. Le géant américain veut assurer son approvisionnement alors que les gigantesques besoins de l’industrie automobile pour les voitures électriques font flamber la demande et les prix.

Une batterie d'iPhone nécessite environ 8 grammes de cobalt.
dolphfyn

Le cobalt est au cœur de deux mutations majeures de la planète. D’une part, la transition énergétique, où il sert en particulier pour la fabrication des batteries de voitures électriques. D’autre part, la transition numérique où ce métal est utilisé pour les batteries de terminaux comme les smartphones. La demande est telle que le prix du cobalt a presque triplé en 18 mois pour atteindre 82 000 dollars la tonne désormais.

C’est l’industrie automobile qui provoque cette envolée. Selon Darton Commodities, environ trois quarts du cobalt a été utilisé dans les terminaux numériques en 2017, mais la part de la voiture va croître rapidement. Ses besoins sont en effet considérables. Alors qu’une batterie de téléphone demande huit grammes de cobalt raffiné, il en faut mille fois plus pour une seule voiture électrique. Un rapport de force qui inquiète sérieusement le premier fabricant mondial de téléphone, Apple.

50 % du cobalt en RDC

Le géant à la Pomme vient ainsi d’entrer en négociation avec les producteurs de cobalt afin de sécuriser des stocks. Jusqu’ici ce métal, dont 50 % provient de la seule République Démocratique du Congo (RDC), était vendu à des raffineurs puis acheté par des fabricants de batteries, eux-mêmes sous-traitants des grands vendeurs de smartphones.

Apple va donc court-circuiter cette chaîne pour acquérir plusieurs milliers de tonnes de matière première sur les cinq prochaines années. Interrogé par Bloomberg, Glencore, l’un des plus grand mineur mondial, a d’ailleurs assuré que le fabricant de l’iPhone n’est pas le seul acteur à repenser sa stratégie pour les batteries. Selon le PDG Ivan Glassenberg, plusieurs entreprises se sont rapprochées de l’entreprise minière pour se fournir directement.

La prudence de ces acteurs numériques n’est pas surprenante à la lecture de la croissance de la demande, prévue par Darton Commodities. Elle se situait à 48 900 tonnes en 2016 et 55 400 tonnes en 2017. Les analystes anticipent 74 500 tonnes en 2020, 159 900 tonnes en 2025 et 324 400 tonnes en 2030. C’est-à-dire une demande multipliée par 5 en 15 ans.

Questions sur les conditions de travail

Cette demande va mettre une pression considérable sur les prix, d’autant plus que la RDC est bien décidée à ne pas laisser s’échapper cette manne sans en prélever sa part. Une nouvelle loi est en attente de promulgation par le Président congolais Joseph Kabila. Elle prévoit de faire passer le taux de la redevance sur les “métaux stratégiques” à 10 % contre 2 % actuellement.

Outre le risque sur les prix et les capacités d’approvisionnement, un autre danger plane sur le cobalt. Celui des conditions de travail en RDC. Selon Amnesty International, 20 % des mines seraient exploitées à la main, parfois par des enfants. Fin 2017, l’ONG avait notamment interpellé Renault pour son manque de transparence sur l’origine de son approvisionnement. L’entreprise française a réagi en annonçant la publication d’un plan d’action au cours de l’année à venir.

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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