Publié le 06 mai 2008

ENVIRONNEMENT

Camargue : projet pilote d'écotourisme dans les Marais du Vigueirat

La Camargue fait le pari du tourisme durable. Avec le soutien du WWF, de la mairie d'Arles et du programme européen Life PROMESSE, les Marais du Vigueirat développent une activité touristique respectueuse de l'environnement et responsable. En constante amélioration, les Marais sont le premier site naturel à obtenir la certification EMAS en France.

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Promenade en calèche
© Novethic/Rouba Naaman

Le programme Life PROMESSE

Le Projet de management environnemental sur un site écotouristique (PROMESSE) est un programme européen pour limiter l'impact des activités humaines sur ce site naturel fragile de Camargue. L'objectif est de sensibiliser les visiteurs aux techniques écologiques tout en leur faisant profiter d'un lieu unique. Le programme prévoit de réduire l'empreinte écologique des installations d'accueil, de sensibiliser les visiteurs et de décliner l'expérience dans d'autres sites. Il s'agit également d'associer les acteurs locaux en organisant des concertations sur un Plan décennal de développement durable (P3D) ouvertes aux habitants de la commune. La démarche s'accompagne d'une écocertification EMAS (Eco-management audit scheme) pour la réduction de l'impact de l'accueil du public.

« Adapter l'activité humaine à la faune et la flore de la zone ». Ce pourrait être le slogan des Marais du Vigueirat, un lieu classé «Zone naturelle d'intérêt écologique faunique et floristique», située à Mas-Thibert, dans la commune d'Arles. Jean-Laurent Luchesi, président des Amis du Vigueirat et directeur général des Marais, explique la démarche du premier lieu de tourisme responsable de France. « Nous avons réfléchi avec des spécialistes du tourisme et décider de tout dimensionner pour 100 000 visiteurs par an. A partir de là, nous avons réfléchi à des techniques pour limiter leur impact sur le lieu » dit-il. Le projet enthousiasme au point d'être soutenu par la Mairie d'Arles et le WWF à hauteur de 100 000 euros chacun.

Les Marais du Vigueirat sont avant tout une réserve naturelle, et compte le rester. 600 espèces végétales et 286 d'oiseaux se partagent 1000 ha dont 900 sont strictement protégés. Tout tourne autour de la préservation de la biodiversité unique du lieu, en concertation avec les acteurs de la région. « Les éleveurs louent une partie des terres, et le bétail qui pâture aide à régénérer le milieu » explique Robert Meffre, propriétaire et gestionnaire de La Carretade, une entreprise de Mas-Thibert qui propose des promenades en calèche à travers le marais. Un pêcheur vient faire de la pêche de régulation, notamment pour limiter la propagation de l'écrevisse de Louisiane espèce coriace qui envahit les eaux du site. Les chasseurs alentour sont également mis à contribution pour freiner les sangliers qui font beaucoup de dégâts. Le lieu reste très sauvage, et la main de l'homme discrète. « Des vannes permettent de remplir deux canaux, mais on ne les ouvre qu'en cas d'extrême sécheresse » insiste Robert Meffre.

Quand la nature devient un produit

« La faune et la flore sont un produit qu'on propose au public, il faut donc les diversifier et les protéger » résume Jean-Laurent Luchesi. Le site, qui appartient au Conservatoire du littoral, propose des visites libres sur des sentiers à thème, des observations d'oiseaux et autres animations gratuites. En revanche, les visites guidées et promenades en calèche sont payantes. « Chaque prestataire verse des royalties en fonction de son chiffre d'affaire, car nous fournissons un service de communication sur le site » explique Jean-Laurent Luchesi. Au final, chacun y trouve son compte, en particulier le hameau voisin du Mas-Thibert. « La population du village est constituée de harkis arrivés en 1962. Elle a connu la paupérisation et des difficultés d'insertion professionnelle » affirme le maire d'Arles Hervé Schiavetti. Aujourd'hui, les Marais du Vigueirat représentent le second pôle d'emploi du Mas-Thibert. « En s'appuyant sur la gestion environnementale, ce projet humain tire vers le haut la population » ajoute-t-il.

A l'image de La Carretade, la plupart des entreprises qui travaillent aux Marais du Vigueirat sont familiales. Une ferme équestre propose des promenades à cheval, et une entreprise d'insertion travaille à l'entretien du site. Une petite entreprise de Mas-Thibert, La Cigogne, oiseau emblématique des Marais, restaure les groupes de visiteurs. Au total 64 salariés ont leur activité principale sur le site. « Ce projet est un réel pari socio-économique, pas seulement environnemental » insiste Jean-Laurent Luchesi. Et le pari n'est pas gagné d'avance. « Au Mas-Thibert, il y a un risque d'urbanisation social et de développement de la délinquance » ajoute-t-il. « Mais nous sommes une structure d'aide, nous saurons stabiliser le projet ».

Pas rentable sans une « vraie volonté politique »

Avec un budget d'un million d'euros de fonctionnement, le site ne rentre pas encore dans ses frais. « Pour l'instant, nous n'avons pas d'obligation de rentabilité, mais à terme on y sera bien obligés » avoue Jean-Laurent Luchesi. Outre les aides du WWF, de l'Union européenne et de la mairie d'Arles, les Marais gagne 10 000 euros en moyenne, en revendant une partie de l'énergie qu'elle produit grâce aux panneaux photovoltaïques disposés sur les toits des bâtiments d'accueil. Le site est en effet autosuffisant en matière d'énergie : chauffe-eau et panneaux solaires qui se visitent, biomasse qui fournit 10000 kWh par an, toilettes sèches solaires qui fournissent de la chaleur, et un projet d'éolienne dont l'impact sur les populations d'oiseaux sera pris en compte.

Le credo est à l'économie, dans tous les domaines. L'isolation en roseau broyé remplace la laine de verre, le liège associé à un système drainant isole de l'humidité et l'ouate de cellulose tapisse les combles. L'huile végétale de la restauration est recyclée en carburant, le fuel et le gaz ayant été abandonnés dès 2007. L'eau de pluie est recueillie et valorisée, et les eaux usées sont épurées sur place.

Un « intérêt économique à protéger sa région »

Tout est mis en place pour réduire l'impact écologique de l'activité touristique, et faire oeuvre de pédagogie. Des bennes à ordures triées sont installées sur le site, et accompagnées de bornes informatives. Les premiers résultats sont d'ailleurs encourageants. Fin 2007, l'électricité et le chauffage de 100% des bâtiments Nord du site provenaient de sources renouvelables, et la consommation d'eau sur le site avait été réduite de moitié par rapport aux années précédentes.

Le seul hic reste le bilan carbone. « Le problème de l'impact des transports pour arriver sur le site ne peut se résoudre qu'à une bien plus grande échelle, celui de la région » explique Jean-Laurent Luchesi. Pour augmenter le chiffre de 20 000 visiteurs par an, « la mairie doit s'engager plus, prouver sa volonté et son courage politique » ajoute-t-il, avec l'espoir de voir créer un parking et un accueil à Mas-Thibert, et un système de transport à vélo ou en bateau électrosolaire jusqu'au Marais. C'est seulement au seuil maximal de 120 000 visiteurs que le site atteindra un bon retour sur investissement.

En attendant, la zone est protégée à vie. Inconstructible et invendable, à part une mise en état des bâtiments, « elle sera transmise telle qu'elle aux générations futures » affirme Robert Meffre. Et l'objectif à moyen terme est de devenir un site pilote, pour adapter cette démarche à d'autres sites français. Jean-Laurent Luchesi, très convainquant quant à la possibilité d'appliquer ces techniques ailleurs, espère « une capitalisation du volet technique pour que d'autres puissent s'en servir ». En partant d'un site non touristique et en limitant le nombre d'entrées, le défi serait relevable. « On a un intérêt économique à protéger sa région » conclut-il.

Rouba Naaman
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