Publié le 19 décembre 2007

ENVIRONNEMENT

Bois : la guerre des labels

Deux labels se disputent le monopole de la certification du secteur bois. FSC, soutenu par plusieurs ONG, joue la carte de la communication. PEFC, plus discret, n'est pourtant pas moins plébiscité par les producteurs et les revendeurs.

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« Toutes les certifications ne se valent pas, et nous regrettons de n'avoir pas plus d'informations sur certaines » affirmait Philippe Delétain, chargé de programme Forêts tropicales au WWF France, lors d'une conférence sur l'importation de bois illégal. Dans le cadre de cette campagne, l'ONG demande le développement d'une filière d'excellence proposant 100% de bois certifié FSC (Forest Stewardship Council, ou Conseil de bonne gestion des forêts). Pas un mot sur le label PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières), pourtant revendiqué par de nombreux producteurs de papier et imprimeurs. Dans la guerre des labels, les ONG ont choisi leur camp.

Les principales associations écologistes sont unanimes. « La certification FSC est la seule qui garantit une gestion réellement durable des forêts » explique Pierre Chasseray pour le WWF. Fondé en 1993 avec le soutien de Greenpeace et du WWF, le Forest Stewardship Council est lui-même une ONG qui se base sur la définition du Sommet de Rio pour proposer un développement durable des ressources forestières : respect de l'environnement et de la biodiversité, soutient des populations locales pour une économie viable. Le sigle FSC est attribué par l'association au bois des forêts certifiées, ainsi qu'aux produits dérivés composés à 100% de ce bois. Chaque entreprise de la chaîne de fabrication doit être certifiée, sans quoi le produit final ne pourra se prévaloir du label FSC.

FSC vainqueur sur les critères

Même principe appliqué par le Program for the endorsement of forest certification schemes : chaque étape de transformation du bois est certifiée. En revanche, il suffit que 70% au moins du bois utilisé soit issu de forêts certifiées pour que le produit final obtienne le label PEFC. « La demande est en pleine explosion, en particulier pour le papier, et il n'y a pas encore assez de forêts certifiées » explique Audrey Leveau, chargée de communication pour PEFC France. Dans l'absolu, les critères de garantie du PEFC sont considérés comme plus laxistes. Anciennement baptisée Pan european forest certification (Certification des forêts paneuropéennes), l'ONG a été fondée en 1999 par des exploitants forestiers qui trouvaient la certification FSC mal adaptée aux forêts du Vieux continent. C'est cette politique d'adaptation aux régions qu'apprécie et soutient l'ONG France Nature Environnement (FNE).

Les enseignes de vente de bois et produits dérivés communiquent très peu sur la présence d'articles labellisés dans leurs rayons. Le FSC, avec l'aide des nombreuses ONG internationales qui le soutiennent, se charge lui-même de diffuser les informations sur son label. De l'autre côté, le PEFC, découpé en organismes nationaux, eux-mêmes subdivisés en équipes régionales, ne fait pas le poids. « On propose des formations aux équipes de vente des distributeurs, mais on est souvent mal accueillis » explique Audrey Leveau. De nombreuses entreprises affichent une double certification FSC et PEFC de leurs produits : Inapa et Malmenayde (papier), Cascades (emballage), Dessain, DEJA GLMC et Agir Graphic (imprimerie). « Nous ne faisons pas la distinction entre les deux labels, et nous communiquons de façon identique sur les deux certifications » affirme Sophie Cartier-Bresson, chargée de communication pour Castorama.

Dans les rayons, égalité

Depuis quelques années, le PEFC a adapté ses critères aux normes internationales ISO 14000 pour proposer son label aux exploitants non-européens. Il s'est également lancé dans la reconnaissance mutuelle d'autres systèmes de certifications. C'est sur ce point précis que le label est vilipendé par les Amis de la Terre. De nombreux systèmes de certifications forestières sont apparus à l'initiative des exploitants, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique latine. S'ils prennent exemple sur les labels FSC et PEFC, ils négligent le plus souvent la protection des droits fonciers des populations autochtones, et imposent des contraintes environnementales et sociales moins exigeantes. Les Amis de la Terre ont vivement dénoncé l'acceptation par le PEFC d'une reconnaissance mutuelle de ces labels, qu'ils surnomment « certifications de complaisance ». L'ONG donne l'exemple de forêts primaires en Tasmanie, possédant la certification Australian Forestry Standard reconnue par le PEFC, dont les sols, après la coupe, sont traités au napalm.

Le WWF ne s'y trompe pas : le consommateur reste seul juge de la qualité du produit qu'il achète. Dans le cadre de sa campagne « En achetant du bois, faites le bon choix », l'association encourage les acheteurs de bois tropicaux à vérifier l'origine et l'espèce du bois, à défaut de trouver un label.

Rouba Naaman
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