Publié le 25 septembre 2009

ENVIRONNEMENT

Amazonie : les entreprises convaincues par Greenpeace

En publiant un rapport choc sur le « massacre de l'Amazonie », l'ONG a réussi à convaincre de nombreuses multinationales de ne plus s'approvisionner pour la viande ou le cuir auprès de fournisseurs responsables de la déforestation. Retour sur un succès de campagne.

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Forêt amazonienne
© Greenpeace

La conversion de Blairo Maggi

L'idée d'un moratoire sur le bœuf, à l'image de celui instauré il y a 3 ans sur le soja et qui vient d'être reconduit pour encore un an, s'est trouvé un allié inattendu en la personne de Blairo Maggi. Car le gouverneur de l'Etat du Mato Grosso est aussi le patron de Maggi, leader mondial de la production de soja, dont la culture est l'une des causes majeures de la déforestation...En 2005, son peu d'intérêt pour la cause écologiste lui a valu d'être désigné par Greenpeace comme la « personnalité brésilienne ayant le plus contribué à la destruction de l'Amazonie ». Sa demande d'un moratoire sur le bœuf, qui fait suite « à quelques années de campagne », selon Grégoire Lejonc de Greenpeace, témoigne d'un changement de position important de l'industrie brésilienne sur cette question.

Le 1er juin 2009, Greenpeace lançait un rapport choc sur le massacre de l'Amazonie. Une somme de trois années de recherches -cartographie et visites sur le terrain- qui aboutissent à un constat implacable : après le soja, c'est aujourd'hui l'élevage qui est la première cause (80%) de déforestation de l'Amazonie. Grâce à son analyse des flux de l'élevage jusqu'à la distribution, l'association y épingle des dizaines d'industriels (Bertin, Mafrig) de distributeurs (Carrefour, Wal-Mart...) ou de marques textile (Adidas, Nike, Timberland...). Le rôle de l'élevage dans la déforestation n'était pas un secret. Les associations environnementales dénoncent le problème depuis des années mais jusque là sans effet. Pourtant, dès la publication de ce rapport, de nombreuses entreprises se sont engagées à ne plus s'approvisionner, pour la viande ou le cuir, auprès de fournisseurs responsables de la déforestation et sur l'objectif « zéro déforestation » demandé par Greenpeace. Une avancée considérable.

Une conjoncture favorable

« Les marques n'ont pas eu d'autre choix », estime Grégoire Lejonc, responsable de la campagne forêt pour Greenpeace France. « Ce rapport a énormément fait bouger les lignes et cassé le front uni des industriels de l'Amazonie, tout simplement parce qu'il était extrêmement éloquent et très étayé par un travail de longue haleine». Si le rapport n'a pas fait grand bruit en France du fait du peu de marques nationales concernées, Greenpeace a multiplié les actions dans des supermarchés Tesco en Angleterre, devant la chaîne Geox en Italie et continue encore ses manifestations au Brésil. Ces actions ont aidé à réunir la signature de dizaines de milliers de citoyens pour la pétition « zéro déforestation » (même en France où la pétition a été signée par 80 000 personnes), donnant ainsi du poids à son appel.

Le rapport a aussi bénéficié d'une conjoncture favorable. Simultanément, le Ministère Public Fédéral (MPF) du Parà, au Brésil, a annoncé publiquement une action civile qui pourrait donner lieu à des amendes s'élevant à plusieurs milliards de dollars, contre des entreprises d'élevage et des abattoirs accusés d'être responsables de la dévastation de 157 000 hectares de forêts amazonienne dans le sud de l'Etat. Cette action fait suite à une étude réalisée avec l'IBAMA (L'institut de recherche statistique sur les forêts brésiliennes) dont les conclusions rejoignent celles de Greenpeace.

Les organismes financiers ont aussi commencé à changer d'attitude : la filiale d'investissement de la Banque mondiale, l'IFC (International finance corporation), a annulé un prêt de 90 millions de dollars (61 millions d'euros) à Bertin, premier exportateur de cuir au monde et deuxième fournisseur de bœuf, concernant un projet d'extension d'abattoirs présentant des risques pour l'environnement. Même si Greenpeace juge l'avancée insuffisante, la banque nationale de développement (BNDES), organe de financement du ministère de l'industrie brésilienne, vivement critiqué pour son rôle dans la déforestation, a aussi annoncé qu'elle allait réformer sa politique de crédit en intégrant des critères environnementaux.

Du côté des industriels et distributeurs, certains ont protesté. Mais de grosses entreprises ont rapidement fait profil bas et pris position sur le problème soulevé par Greenpeace. Au siège du Groupe Carrefour, dont seule l'entité brésilienne était concernée, la direction développement durable explique que « les produits mis en cause n'étant pas vendus sous marque Carrefour, Carrefour Brésil n'avait pas connaissance de ce problème avant l'alerte lancée par Greenpeace et le MPF (Ministère Public Fédéral) ». Dès la sortie du rapport, le distributeur, dont le directeur des affaires publiques brésilien est aussi président de la fédération du commerce locale, a pris la chose très au sérieux et réuni deux de ses homologues concernés, Wal-Mart et Pão de Açúcar, pour discuter du problème. Le 8 juin 2009, les trois groupes ont décidé de suspendre leurs achats en provenance des exploitations mises en cause par le Ministère Public de l'Etat du Pará et d'exiger de leurs fournisseurs les GTA (Guide de Transit Animal) annexés aux factures ainsi qu'un plan d'audit indépendant et internationalement reconnu, qui vienne garantir que les produits commercialisés par les fournisseurs ne proviennent pas de zones de déforestation de l'Amazonie.

Des engagements sectoriels

Les réponses de Timberland, Nike ou Adidas ont également été quasi immédiates. Nike a donné un an à ses fournisseurs pour créer un moyen de traçabilité transparent qui prouve qu'aucun cuir ne provient d'une ferme responsable de la déforestation. Un travail est également en cours avec d'autres marques au sein de la fédération professionnelle, Leather Work Group. Une bonne chose pour Grégoire Lejonc car « l'objectif de Greenpeace est de faire bouger les secteurs plutôt que chaque groupe de manière individuelle ».

Enfin, les trois plus gros producteurs de bœuf du Brésil (JBS,Bertin et Mafrig) se sont également ralliés à la cause, même si, pour JBS, il aura fallu trois mois de discussion. « La responsabilité environnementale prend de plus en plus d'importance pour une entreprise comme la nôtre pour maintenir et augmenter ses parts de marché au Brésil et à l'étranger », écrivait, début juin, le PDG de Bertin SA, Fernando Bertin, pour expliquer son engagement contre la déforestation. L'argument marketing d'une viande et d'un cuir plus responsable est en effet loin d'être négligeable pour ce pays qui est désormais le premier exportateur mondial de boeuf et de cuir. Tant et si bien que le souhait des écologistes d'un moratoire sur le bœuf, à l'image de celui en vigueur depuis trois ans sur le soja, semble désormais envisageable.

Béatrice Héraud
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