Publié le 07 octobre 2013

ENVIRONNEMENT

Agro-alimentaire : une filière durable pour le saumon d'élevage

Souvent mise en cause pour les pollutions et les risques sanitaires qu'elle génère, l'industrie du saumon d'élevage a lancé la Global Salmon Initiative. Le but : améliorer sa performance environnementale et sociale. L'initiative repose en grande partie sur la certification ASC. Elle bannit les saumons transgéniques et impose la transparence sur l'alimentation OGM.

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© Sam Beebe - Ecotrust / Flickr creative commons

« Il est absolument certain que notre industrie va continuer de croître, mais nous devons être sûrs que c'est fait d'une manière durable », explique Alfonso Marquez de la Plata, le directeur général d'AquaChile. Basé à Puerto Montt au Chili, AquaChile est l'un des principaux éleveurs de saumon en Amérique et l'une des 15 entreprises à avoir signé la Global Salmon Initiative (GSI), aux côtés des grands producteurs européens dont le norvégien Marine Harvest. Via cette initiative, annoncée le 14 août, ils s'engagent à respecter le cahier des charges de l'Aquaculture Stewardship Council (ASC), jeune « cousin » du MSC créé en 2010 et dont la déclinaison appliquée au saumon avait été finalisée en 2012.

70% des fermes de saumon certifiées ASC

Pour Jason Clay, directeur des Transformations Marchés au WWF (ONG à l'origine de MSC et d'ASC), la GSI va « radicalement changer l'aquaculture » de par son cahier des charges et en raison de la taille des 15 signataires. Ces derniers pesant 70% de la production mondiale de saumon d'élevage et s'engageant à être certifiés d'ici 2020, les « bonnes pratiques » du label ASC appliqué au saumon vont en effet se répandre beaucoup plus vite que son grand frère MSC, lequel ne couvre, 13 ans après son lancement, que 9% de la pêche industrielle... Mais ASC échappera-t-il aux critiques dont MSC a fait les frais ?

Pour plusieurs ONG, dont l'association française Bloom, MSC est trop laxiste et cautionne une pêche non durable. Bien que MSC prévoie un mécanisme de recours pour les ONG en cas de désaccord avec la certification d'une pêcherie, ces plaintes ne sont presque jamais suivies d'effets : sur les 19 recours adressés au MSC depuis sa création, 18 ont été rejetés, soulignent les auteurs d'une étude publiée en 2013. « Les principes du MSC sont trop indulgents et permettent une interprétation trop généreuse par les auditeurs », concluaient ses auteurs (1).

Dans le cas d'ASC, il est certainement trop tôt pour évaluer la rigueur du label en cas d'entorses à ses principes. Quant au cahier des charges, il est issu de plusieurs années de dialogue entre producteurs, ONG et scientifiques et il n'a pas fait l'objet de critiques retentissantes. Pour autant ASC n'est pas la solution miracle, puisque les 15 signataires de la GSI annoncent qu'ils vont s'attaquer en parallèle à deux de leurs talons d'Achille, l'alimentation des saumons, qui contribue à la surpêche, et la biosécurité (2).

Face au pou de mer, les pesticides continuent

Révélé en juin 2010 par France Télévision, le traitement du parasite pou de mer par le pesticide diflubenzuron avait fait scandale, à cause de l'impact potentiel sur la santé et surtout sur les écosystèmes marins. Trois ans plus tard, l'industrie du saumon continue d'utiliser ces pesticides, faute de mieux. « Nous mettons la pression sur l'industrie pharmaceutique pour trouver des alternatives comme la vaccination », explique le directeur général d'AquaChile. Quant à l'ASC, elle n'interdit pas les pesticides, mais elle impose aux fermes une transparence sur les traitements et des réductions graduelles (moins 15% par an) à partir de certains seuils agrégés.

L'alimentation des saumons puise dans les stocks de poisson sauvage

L'autre grand enjeu est lié à la place du saumon dans la chaîne alimentaire. Bien que son élevage pèse en tonnage beaucoup moins que celui de la carpe et du tilapia, le saumon est le seul prédateur de la bande et un consommateur vorace de poisson sauvage. « L'industrie du saumon puise dangereusement sur les stocks d'anchois du Pérou et sur le krill de l'Antartique », explique François Chartier, chargé de campagne Océans à Greenpeace. Ces dernières années, certains éleveurs ont diminué cet usage en y substituant des protéines végétales. Mais, constate François Chartier, «c'est souvent du soja OGM, cause de déforestation et cela ne fait que déplacer les impacts ».

Aujourd'hui, 17% des pêches de poisson serviraient à nourrir des poissons d'élevage, selon l'ASC. Face à cette situation, son directeur des Standards Bas Geerts explique que « les fermes doivent travailler activement pour réduire l'usage de poisson dans la nourriture » et il annonce un cahier des charges spécifique à l'alimentation pour 2015. A partir de 2017, ASC prévoit aussi que 100% du poisson qui alimente les saumons devra être certifié MSC.

Les 15 entreprises signatrices de la GSI s'engagent enfin, via ASC, à bannir le saumon transgénique (dont l'autorisation est en cours d'examen aux USA, mais pas en Europe) de leurs fermes et à une transparence sur les OGM : celles qui nourriront les saumons avec du soja transgénique auront l'obligation de le mentionner à leurs acheteurs.

En juin dernier c'est une ferme norvégienne, Bremnes Seashore, qui est devenue la première au monde à se faire auditer ASC, au moment où éclatait la dernière controverse, à ce jour, sur le saumon, et liée cette fois à sa consommation chez les enfants et femmes enceintes. L'agence française ANSES recommande pour sa part de consommer du saumon (ou un autre poisson gras) à partir de 10 ans, et pas plus d'une fois par semaine.

(1) A review of formal objections to Marine Stewardship Council fisheries certifications, publié dans le journal Biological Conservation, mai 2013

(2) mesures de sécurité visant à protéger la santé humaine et l'environnement lors de l'utilisation d'organismes pathogènes et/ou d'organismes génétiquement modifiés.

Thibault Lescuyer
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