Publié le 17 septembre 2014

ENVIRONNEMENT

République Démocratique du Congo: au Port de Kinkolé, le contrôle de la dernière chance

À 25 km de Kinshasa, dans le port de Kinkolé, les grumes patientent sur les rives du Pool Malebo. C’est ici, sur le fleuve transformé en lac, et après avoir parcouru des milliers de kilomètres, que les radeaux qui transportent le bois finissent leur long périple fluvial. Là, aussi, que les agents du ministère de l'Environnement congolais contrôlent les cargaisons. 

Le port de Kinkole, à Kinshasa, où les grumes sont entreposées, et vont ensuite partir vers Matadi avant d'être exportées vers l'Europe ou la Chine
© Clément Tardif/ Greenpeace

Tels des mirages posés à la surface du Pool Malebo, les hommes qui ont affronté le fleuve sur leurs radeaux de grumes flottantes négocient leur cargaison artisanale avec les industriels. A terre, dans le port privé de Kinkolé, le commerce bat son plein. Un acheteur chinois examine les grumes de près.

Passé ce port, le Congo n’est plus navigable, il laisse la place aux chutes Livingston sur 350 km de long. Alors pour atteindre le port de Matadi, porte ouverte sur l’océan Atlantique, les grumes sont chargées sur des camions, et acheminées par la route.

Dans les ports de Kinshasa, dont celui de Kinkolé, les agents du ministère de l’Environnement congolais (MECNT) contrôlent les cargaisons. La direction de vérification et de contrôle interne (DCVI), service du ministère, exige des producteurs plusieurs documents tels que le certificat phytosanitaire, le certificat Cites pour les essences protégées, mais aussi tous les documents permettant d’assurer la traçabilité du bois. Cette administration est chargée de la surveillance du bois d’exportation et des enquêtes sur la corruption interne. Mais "ses inspecteurs jouissent d’une autorité limitée", déplore le think tank anglais Chatham House dans son rapport publié en juillet 2014.

 

Les acheteurs asiatiques sont moins regardants

 

Jusqu’à 2007, 90% du bois d’exportation de la RDC était destiné à l’Union européenne. Mais en 2012, seuls 40% du bois de RDC ont été exportés vers l’UE, 40% sont partis pour la Chine. "Les Asiatiques s’engagent sur des volumes importants et réguliers et à des prix convenables pour les fournisseurs, explique Éric Boilley, directeur du Commerce du Bois, une association professionnelle qui fédère les importateurs, négociants et raboteurs français. La France a clairement perdu son statut d’acheteur sur le marché africain, largement supplanté par les opérateurs asiatiques." Pourtant, l’Afrique demeure le premier fournisseur en bois de la France.


La raison ? "La multiplication des contrôles et la délivrance de documents spécifiques en matière forestière, de transport et d’exportation a considérablement ralenti le rythme des exportations", analyse Éric Boilley. Avec la réglementation bois européenne (RBUE) qui renforce les exigences de contrôle, les grumes congolaises auront de plus en plus de mal à entrer dans l’Union. Mais elles ont sans peine trouvé un nouveau débouché… en Chine.  

Geneviève de Lacour, à Kinshasa
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