Publié le 15 septembre 2014

ENVIRONNEMENT

En République Démocratique du Congo, les promesses envolées de l’exploitation forestière

 

Au Congo-Kinshasa, la faiblesse de l’Etat empêche toute gestion contrôlée et durable des forêts du pays. Résultat, les exploitants forestiers en profitent et la loi qui protège la forêt est couramment bafouée. Intimidations et arrestations sommaires font la loi et les promesses de construction d’écoles, de centres de santé et de routes sont tombées dans l’oubli. Enquête au cœur de la forêt.

Dans cette localité de Bokweli, le conflit est très dur entre la compagnie Sicobois et les villageois. La colère des villageois est palpable.
© Clément Tardif / Greenpeace

La piste rouge ravinée par les pluies tropicales s’enfonce dans la forêt clairsemée. De chaque côté de la route, les maisons en torchis aux toits de feuilles de palme s’égrènent. Le voyage s’achève à Bokwelli. Dans ce village reculé de la province de l’Equateur, à plus de 1000 km au nord de Kinshasa, la colère gronde depuis des semaines. Les tensions entre les villageois et la société qui exploite la forêt sont tellement vives, qu’en juillet dernier, certains ont bloqué un engin de la Sicobois.

On pénètre dans la hutte communautaire. Là, l’un des dignitaires du village procède aux longues présentations d’usage. Puis il commence à raconter les débuts de l’exploitation du bois. "Il y a 17 ans, le chef de district à Lisala nous a demandé de laisser entrer cette société sur la concession pour procéder à la prospection. Mais tout de suite après, la Sicobois a décidé d’évacuer les grumes (portions de troncs d’arbre non équarries, NDLR), sans demander notre accord. Ecoles, centre de santé, routes ont été promis par la suite, mais rien n’a été fait depuis. Une seule école a été construite, et reste inachevée. Les cubeurs locaux, dont le rôle est de vérifier les volumes de bois sortants et les essences coupées, ne sont pas acceptés sur le chantier et seuls des journaliers du village ont été engagés."

 

Une immense forêt tropicale aux mains d’exploitants tout-puissants

 

En République démocratique du Congo (RDC), la forêt demeure la propriété de l’Etat. En 2002, le pays s’est doté d’un code forestier qui prévoyait, à partir de 2009, la signature d’un cahier des charges entre les communautés locales et les forestiers. Un cahier qui fixe, en fonction des volumes de bois extraits dans la forêt, la construction d’écoles, de centres de santé et de routes. Mais sans contrôle de l’Etat, les forestiers ne se donnent même pas la peine de respecter leurs engagements, aussi minimes soient-ils. A Bokwelli, l’école n’a pas de toit et les briques rouges, destinées à monter les murs, attendent en vrac sur le sol. Pas de bancs non plus ni de tableau noir. Ce sont les parents qui paient l’instituteur.

"Une entreprise privée qui a déjà fait arrêter des gens, nous en avons peur", explique l’ancien président du comité local de gestion du groupement Bolisud, élu par les villageois pour négocier avec la société forestière. Pour avoir critiqué le non-respect du cahier des charges, il a été arrêté en avril 2013 et jeté en prison pendant 10 jours. Sur cette concession située entre Lisala et Bumba, Cotrefor, l’exploitant, a disparu du jour en lendemain.

 

Un grand absent : l’Etat

 

Révoltes, arrestations, poursuites judiciaires: sur le terrain, les conflits entre industriels du bois et communautés villageoises sont récurrents et réglés le plus souvent par l’intimidation, voire par la force. Un fait qui n’échappe pas aux organisations non gouvernementales (ONG) internationales. "Les conflits entre les communautés et les exploitants industriels sont répandus et tournent souvent à la violence en RDC", note Chatham House, le think tank britannique, dans son rapport intitulé "L’exploitation illégale des forêts en RDC", publié en juillet 2014.

La Fédération des industriels du bois (FIB), qui regroupe près de la moitié des exploitants forestiers de RDC, rejette la responsabilité des conflits sociaux sur les villageois. "Il existe un manque de dialogue franc de la part des communautés locales qui bloquent les exploitations pour un rien", affirme Gabriel Mola Motya, président de la FIB avant de regretter que "l’Etat se soit désengagé de ses responsabilités".

Mais dans ces coins reculés du pays, le gouvernement congolais n’a aucun contrôle sur des sociétés forestières. Ici, elles agissent comme "un Etat dans l’Etat". 

Genneviève de Lacour, A Bokwelli
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