Publié le 20 juin 2013

ENVIRONNEMENT

Banques : le Crédit Agricole lance le recyclage des cartes bancaires

Depuis juin, le Crédit Agricole teste sa propre filière de collecte des anciennes cartes bleues. L'enjeu : recycler les métaux rares de la puce, et réduire l'empreinte écologique du moyen de paiement. Une première mondiale, selon la Banque, qui veut aussi troquer le PVC de la carte contre du bioplastique.

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Début 2014, toutes les caisses régionales de Crédit Agricole SA devraient avoir mis en place un nouveau service de collecte gratuit des cartes bancaires périmées de leurs clients et, d'ici 2017 le bioplastique PLA (acide polylactique) devrait avoir remplacé le PVC dans 100% des cartes de la banque. « C'est un objet très symbolique de la relation client et même s'il n'a jamais fait l'objet d'une grande controverse, la carte utilise des ressources rares et elle a impact sur l'environnement, surtout en fin de vie dans le cas d'une incinération », justifie le directeur Développement Durable de la banque, Stanislas Pottier.

La phase expérimentale de collecte, qui vient de débuter dans six caisses régionales, doit permettre d'appréhender un des éléments clé de l'équation : la proportion des clients qui ramèneront leur carte périmée (ou en opposition) en agence, au lieu de la jeter coupée en deux, ou en quatre, dans la poubelle. D'après la banque, les enquêtes ont montré que les clients accueillent positivement l'initiative et le thème serait bien apprécié de ses conseillers clientèle.

Des cartes bleues recyclées chez Umicore

Cette première phase va aussi permettre de valider le process industriel, qui verra les cartes broyées et transportées en camion jusqu'à l'usine belge d'Umicore leader mondial du recyclage des métaux. Là, les métaux de la puce (cuivre, nickel, ils pèsent à peine 5% du poids d'une carte, qui pèse elle-même 5,2 grammes) seront séparés du plastique, pour être réutilisés. En 2014, la revente des métaux récupérés ne couvrira pas les coûts et la banque devra donc payer le recycleur, mais sans répercuter le surcoût à ses clients, précise-t-elle. A terme, il est prévu que 10 tonnes de cartes par an (soit environ 500 kilos de puce) soient collectées au total, ce qui permettrait d'équilibrer la filière.

Du PLA made in Nebraska

L'autre volet de la réduction d'impact environnemental consiste à se débarrasser du PVC au profit d'un bioplastique PLA, fabriqué à partir de maïs. « En France, nous n'avons pas trouvé de filière PLA à une échelle suffisante pour nos besoins », précise Stanislas Pottier pour expliquer le fait que le maïs utilisé pousse dans le Nebraska. Il précise que sa banque accompagne déjà des acteurs français pour développer une filière moins éloignée. En l'état, le PLA utilisé, à base d'un amidon de maïs non OGM (une exigence de la banque) réduirait bien l'impact environnemental des cartes, selon une analyse de cycle de vie (ACV) comparative. Mais les données de cette ACV, réalisée pour le compte de son fournisseur de cartes Gemalto (ex Gemplus Axalto) sont confidentielles. Quant au fait de prélever sur une ressource alimentaire, le Crédit Agricole précise que les terres sont à usage agro-industriel depuis des années et que la surface requise est minime : à terme, pour produire 5 millions de cartes annuelles (sur 12 millions de cartes Crédit Agricole en circulation), 7 hectares suffiront.

Pas de mutualisation entre les banques

L'autre partenaire clé du projet avec Gemalto et Umicor, le groupement d'intérêt économique (GIE) Cartes Bancaires a homologué le nouveau support en PLA et devrait bientôt homologuer sa variante « sans contact ». Le GIE aurait-il pu piloter une filière mutualisée pour les 60 millions de cartes bancaires françaises ? Aujourd'hui, sa mission est cantonnée à l'interopérabilité des cartes, à leur sécurité et à l'innovation technique et il ne dispose pas d'un groupe de travail sur ce sujet. Certainement dommageable pour les économies d'échelle, l'absence de mutualisation présente un intérêt, pour le Crédit Agricole : apparaître comme le pionnier du recyclage des cartes bancaires.

Thibault Lescuyer
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