Publié le 30 juillet 2009

ENVIRONNEMENT

Pollution de l'air : les particules fines en cause

Alors que l'Ademe et le ministère de l'écologie publient des résultats sur la qualité de l'air plutôt mitigés, la question de l'émission des particules prend de plus en plus d'importance. Responsables de plus de 30 000 décès prématurés en France selon l'OMS, elles sont devenues un « enjeu sanitaire majeur » mais que l'on commence tout juste à prendre en compte.

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Les pistes du plan particules

Le plan particules (encore en cours d'élaboration) est articulé autour de 4 axes :
-le secteur domestique : incitation au renouvellement d'appareils de chauffage au bois et de chaudières les plus polluants par l'information, une règlementation plus stricte et des aides financières comme des crédits d'impôt.
-le secteur industriel et résidentiel tertiaire de type collectif : définition de normes d'émission de particules et de dioxyde d'azode plus sévères
-le transport : mise en place de 5 à 10 zones à bas niveau d'émission dans les grandes agglomération où les véhicules les plus polluants seraient interdits et renforcement des critères particules/NOx dans les choix de véhicules
-l'agriculture : adaptation de l'alimentation azotée des animaux, couverture des fosses, réglages des tracteurs et adaptation des outils d'épandage.

Les particules fines rejetées dans l'air sont responsables de 32 000 décès prématurés en France, selon l'organisation mondiale de la santé. Le chiffre n'est pas nouveau : il date de 2000. Et pourtant, la thématique des particules est « un sujet que l'on découvre. On est tout au début du travail », avoue la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, lors d'une présentation sur la qualité de l'air. Les connaissances sur ces substances de moins de 10 micromètres inhalables dans l'air sont en effet encore aux prémices. Mais devant l'ampleur de leur impact sanitaire, études et plans d'actions se multiplient.

Aujourd'hui, on sait que les particules dans l'air constituent l'un des principaux polluants atmosphériques et qu'ils peuvent contenir des produits toxiques tels que des métaux ou des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dont certains sont considérés comme cancérigènes. En revanche on connait moins leurs sources et l'impact sanitaire de chacun de ces composants chimiques. Selon les données 2007 du CITEPA*, les particules fines (PM 10) sont émises par plusieurs facteurs : le résidentiel-tertiaire (25%), les combustions industrielles (30%), l'agriculture (30%) ou les transports routiers (11%) entre autres. Mais pour mieux les appréhender et, à terme, réduire ce type de pollution et leur impact sanitaire, une vaste campagne de mesure a été lancée début juillet en Ile-de-France, « choisie comme terrain d'étude du fait de la densité élevée de sa population, de sa charge en polluants relativement importante et de sa situation géographique représentative aux latitudes tempérées ». Menée par deux laboratoires indépendants de l'INSU-CNRS dans le cadre du projet européen Megapoli, elle devrait donc permettre de quantifier et qualifier les sources des particules notamment celles « très fines » (PM 2,5) qui sont aussi les plus dangereuses.

Des dépassements de normes réguliers

Selon le bilan sur la qualité de l'air, l'année 2008 se caractérise par une légère diminution des PM10 par rapport à 2007 « qui avait connu un nombre très élevé de dépassements limites ». Cependant, les premières données récoltées au premier semestre 2009 laissent à penser que l'année pourrait de nouveau être marquée par de nombreux dépassements. Pour les PM10 par exemple, deux épisodes ont pu être constatés sur une grande partie du mois de janvier (très froid donc avec une forte consommation de chauffage domestique notamment) avec des concentrations jusqu'à 4 fois la valeur limite journalière ! Certes, selon un récent avis de l'Afsset, « dans nos régions, l'impact sanitaire prépondérant est dû aux expositions répétées à des niveaux répétés et non aux quelques pics » mais surtout, « il n'est pas possible d'observer un seuil de concentration en particules en deçà duquel aucun effet ne serait constaté

Les particules seraient ainsi responsables de maladies cardiovasculaires et respiratoires. Selon l'OMS, les « très fines » réduiraient en moyenne l'espérance de vie des Français de 9.3 mois en France. Et, devant le risque, toute la population n'est pas logée à la même enseigne ; les enfants, les femmes enceintes et les personnes plus âgées sont ainsi les plus touchés mais certaines zones sont également plus impactées que d'autres. Le Nord, le couloir du Rhône ou l'Ile-de-France ont ainsi été les territoires les plus exposés aux dépassements des normes règlementaires. Et ce sont principalement les populations pauvres qui sont le plus concernées ; celles vivant près des sites de trafic automobile ou des sites industriels notamment. Autant dire que les « particules sont un sujet de justice sociale et un enjeu sanitaire majeur », comme le rappelle Chantale Jouanno.

Des mesures encore en gestation

L'objectif, inscrit dans le Grenelle de l'environnement, est donc de réduire de 30% en 2015 la teneur de l'air en particules fines. Pour l'atteindre, plusieurs mesures ont été envisagées par le deuxième Plan national santé environnement publié en juillet mais le « plan particules » -plus précis- est encore en cours d'élaboration. Plusieurs fois retoqué par la ministre du fait d' «insuffisances », il devrait voir le jour en septembre (voir encadré). Au titre des priorités de ce plan, on compte des mesures concernant la combustion domestique du bois qui semble devenue une préoccupation majeure. « Un feu de jardin de 50kg de végétaux émet autant de particules que chauffer son pavillon au fuel pendant 4 mois et demi ou parcourir 8500 km avec une voiture essence ou bien 35000 km avec une voiture diesel ou encore réaliser un feu de cheminée pendant une demi journée », précise ainsi le dossier de presse. Problème : alors que le bois utilisé pour le chauffage domestique s'avère particulièrement émetteur de particules, il a été choisi par le gouvernement pour atteindre l'objectif de 23% d'utilisation des énergies renouvelables dans la consommation totale d'énergie en 2020...

La France continue par ailleurs d'afficher des objectifs (très) ambitieux sur l'abaissement des normes d'émission or elle reste encore parmi les cancres de l'Union Européenne. En effet, sachant qu'environ 30% de la totalité des zones de surveillance en France dépassent les normes européennes des PM10 depuis 2005 (ce qui représentait en 2007, 18 millions de personnes environ), le gouvernement a demandé un report du respect des valeurs limites au 11 juin 2011. Un report que la commission a refusé, estimant que les actions annoncées n'étaient pas en mesure de permettre le respect de ces limites...

*Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique

Béatrice Héraud
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