Publié le 28 mai 2012

ENVIRONNEMENT

Polluants environnementaux et maladies non transmissibles

Depuis 40 ans le nombre des maladies dites non-transmissibles explosent. La déclaration issue du consensus scientifique des Iles Féroés en mai 2007 exposait déjà l'hypothèse des origines « développementales » de nombreuses pathologies apparaissant à l'âge l'adulte. Cinq ans plus tard, le consensus de Paris marque une nouvelle étape en ce sens, avec les récentes données issues de la recherche épigénétique.

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Les Consensus scientifiques de PPTox

Extraits du consensus des Iles Féroés, 2007 : « Les expositions aux substances chimiques au cours de la vie prénatale changent l'expression des gènes et prédisposent à des risques de maladie au cours de l'adolescence et de la vie adulte (...) il est nécessaire que les évaluations de risques des produits chimiques et les tests toxicologiques prennent en compte la susceptibilité du développement précoce et les implications à long termes de ces effets programmés. L'impact de l'environnement sur la programmation développementale des maladies conduit un nouveau paradigme ».
Extrait du consensus de Paris, 2012 : « L'actuelle pandémie de maladies non-transmissibles exige d'interroger les raisons de l'insuffisance actuelle des interventions. Nous savons maintenant que le risque de maladie peut être induit lors des premiers stades de la vie (...) Ces données offrent aux décisionnaires, des informations qui peuvent être utilisées pour développer des politiques de prévention (...). Une approche rationnelle consiste à améliorer la nutrition et à réduire les expositions aux substances chimiques avant et au cours de la grossesse et durant les premières années de la vie de l'enfant (...) ce qui aurait aussi pour impact, d'améliorer la qualité de la vie à une échelle globale ».

Iles Féroés, Torshavn, mai 2007 : la première conférence sur « la programmation fœtale et la toxicité développementale» (PPTox) dresse un état des connaissances sur les effets des facteursenvironnementaux sur le développement du fœtus (in utéro). Les chercheurs déroulent leurs études sur les impacts des expositions prénatales à de nombreuses substances chimiques. Obésité, diabète, cancer du sein et de la prostate, font partie des effets des expositions au bisphénol A, mesurés sur les modèles animaux ; les polychlorobiphényles (PCB) endommagent entre autre, le système immunitaire ; le nombre de substances reconnues comme neurotoxiques, produites en très grand volume, mis en évidence par Philippe Grandjean et Philip Landrigan, dépassent le millier. « La pandémie silencieuse » comme l'ont nommée ces chercheurs, est en marche. Elle affecte le développement du cerveau de générations entières via l'exposition du fœtus aux métaux lourds, pesticides, solvants, pour ne citer que ces catégories. « C'est pourquoi, le consensus scientifique des Iles Féroés a conclu que l'évaluation des polluants environnementaux devait être basée sur les risques vis-à-vis du fœtus et du jeune enfant » explique aujourd'hui, Philippe Grandjean, initiateur du cycle PPTox.

Mai 2012, Paris : la troisième conférence PPTox (après Miami, en 2009), « programmation prénatale et toxicité » insiste un peu plus encore sur « les origines développementales des maladies ». A présent, un important corpus d'études (épidémiologiques, moléculaires) met en évidence les altérations épigénétiques liées aux expositions environnementales in utéro : polluants toxiques, déséquilibres nutritionnels de la femme enceinte laissent voir leurs empreintes physiologiques sur le développement. L'imagerie par résonnance magnétique, par exemple, a pu montrer les effets du chlorpyriphos, un pesticide abondamment utilisé (y compris en usage domestique) sur le cerveau des enfants des mères les plus exposées au cours de la grossesse. Le cortex frontal est aminci et les tests standards effectués pour évaluer les capacités cognitives des enfants mettent en évidence des déficits importants, comparés aux enfants les moins exposés in utéro. Depuis longtemps connus pour être neurotoxique sur les modèles animaux, l'interaction entre cette substance à laquelle la femme enceinte est exposée et le développement cérébral provoque des modifications profondes sur la structure même du cerveau.

Les perturbateurs endocriniens (PE), ne se contentent pas d'interférer avec le système hormonal reproductif : selon le moment de l'exposition in utero, ils peuvent affecter le développement des organes car ce développement est contrôlé par les processus épigénétiques, eux-mêmes influencés par les facteurs hormonaux. Or, souligne le consensus de Paris, « 900 substances chimiques sont classés perturbateurs endocriniens ». Cancers, maladies immunes et auto-immunes, déficits cognitifs chez les enfants...nombre de pathologies prendraient leur source au cours l'épigénèse : autrement dit, dans les interactions de l'environnement avec l'expression des gènes. L'extrême plasticité, par nature, de la phase du développement ouvre les voies à une santé future ou augmente le risque de maladie. « Des polluants peuvent rendre silencieux certains gènes - qui normalement auraient dû s'exprimer -, soit provoquer des transcriptions/expressions de gènes qui n'auraient pas dû être activés dans telle ou telle cellule. Et certains de ces changements peuvent se transmettre aux générations suivantes. C'est une perspective effrayante, c'est pourquoi nous devons agir avec responsabilité. Si dans notre nouveau consensus nous ne recommandons pas d'action particulière, nous expliquons pourquoi la science plaide pour l'application de la précaution et davantage de protection. Si nous n'agissons pas, nous sommes tout simplement en train de prendre les générations qui viennent en otage et je ne pense pas qu'elles nous pardonneront cela

Anne Corinne Zimmer
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