Publié le 21 février 2007

ENVIRONNEMENT

Pékin veut un air propre pour les J.O.

Dans moins d'un an et demi Pékin accueillera pour la 1ère fois les Jeux Olympiques. La ville devra en 2008 se montrer sous son meilleur jour alors qu'elle reste l'une des villes les plus polluées de la planète.

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Un partenariat pour prévoir la qualité de l'air de Pékin

Leosphere fournit le LIDAR, cousin du radar dont le principe est d'émettre de la lumière grâce à une source laser, puis de récupérer une partie de l'énergie renvoyée par les particules en suspension dans l'air qui sera traduite in fine en signal numérique. Il permet ainsi de suivre la répartition et la concentration des particules dans l'atmosphère sur une distance allant de 50 mètres à 12 kilomètres. L'intégralité du projet, un investissement de 700 000 euros, est financée par Bercy. A l'heure où de nombreuses villes chinoises se dotent ou améliorent leurs réseaux de surveillance de la qualité de l'air, le défi que le LIDAR va relever à Pékin fournit une vitrine idéale à cette technologies.

La Chine n'a pas réussi, en 2006, à atteindre les objectifs qu'elle s'était fixés : réduire de 4% la quantité d'énergie dont elle a besoin pour produire un dollar de PIB et diminuer ses principales émissions polluantes."2006 a été l'année la plus noire en ce qui concerne la situation écologique de la Chine", a déclaré le vice-ministre Pan Yue, cité sur le site internet de l'Administration d'Etat pour la protection de l'environnement. "Les objectifs fixés par le gouvernement au début de l'année, à savoir réduire l'intensité énergétique de 4% et les émissions polluantes de 2%, n'ont pas du tout été atteints." Pan Yue n'a pas précisé de combien la Chine avait manqué ces objectifs, mais une chose est sûre : le pays est devenu la première source d'émissions de dioxyde de soufre, responsable des pluies acides, et ses émissions ont augmenté de 27% entre 2000 et 2005, en grande partie à cause de ses centrales électriques alimentées au charbon.
A Pékin, le charbon est encore la principale source d'énergie. Un tiers environ de la consommation est utilisée de mi-novembre à mi-mars pour le chauffage urbain, le reste étant brûlé dans les centrales thermiques et les usines encore nombreuses dans la municipalité. Les milliers de sites de construction et démolition que compte la capitale constituent une autre source importante de particules, auxquels viennent s'ajouter les vents de sable, rappelant que le désert est désormais aux portes de Pékin. Au printemps 2006, la ville a ainsi été touchée par 17 tempêtes de sable.

Phénomène plus récent, l'accroissement spectaculaire du trafic automobile est responsable d'une part croissante des émissions polluantes dans cette agglomération qui compte environ 15 millions d'habitants. Le parc atteint déjà 2,6 millions de véhicules dont deux millions de voitures particulières et mille nouvelles immatriculations sont délivrées chaque jour. Le parc devrait atteindre 3,3 millions de véhicules à l'orée des JO.
Les données de l'Agence spatiale européenne publiées en octobre 2005 montraient ainsi que Pékin et la zone nord-est de la Chine présentent les taux les plus élevés au monde de dioxyde d'azote (NO2), polluant largement issu du transport routier.

Réduire la pollution

Selon le 11eme plan quinquennal municipal, les émissions de SO2 doivent diminuer de 20% entre 2006 et 2010. Certaines industries telles que les aciéries sont déplacées dans la province limitrophe du Hebei. En ville, les autorités encouragent par ailleurs le remplacement du charbon par des énergies moins polluantes. On dénombre encore 700 000 chaudières et poêles à charbon, situés principalement dans le cœur de Pékin où se trouvent les habitations anciennes.
Selon le Bureau municipal de protection de l'environnement, ces chauffages seraient responsables de la moitié des émissions de SO2 durant l'hiver, malgré la campagne menée depuis plusieurs années pour développer l'usage du gaz naturel. Il est tout de même passé de 300 millions m3 en 1998 à environ 4 milliards m3 en 2006.
Autre mesure de réduction de la pollution, le retrait de la circulation de 15 000 taxis et 4000 bus particulièrement polluants, ces derniers étant remplacés par des bus fonctionnant au gaz naturel. 2580 autres bus doivent subir le même sort en 2007. Depuis 2004, les voitures commercialisées en Chine doivent en outre respecter l'équivalent de la norme Euro II et à Pékin la norme Euro III est obligatoire depuis la fin 2005.
Parallèlement, les autorités font la promotion des transports publics, l'objectif étant de doubler entre 1999 et 2007 le nombre de déplacements effectués par ce mode de transport. Le prix du ticket de bus est ainsi passé de1 à 0,4 Yuan (soit 4 centimes d'euros). Plusieurs lignes de métro sont en construction.

241 jours de « ciel bleu » en 2006
Selon de nombreux articles publiés dans les medias locaux, le contrôle de la qualité de l'air à Pékin est satisfaisant : l'objectif de 66% des jours de « ciel bleu » a été atteint en 2006. Ce programme comptabilise en fait les journées durant lesquelles l'indice de qualité de l'air est qualifié de bon, que ces journées soient ensoleillées ou pluvieuses ! Le progrès est net par rapport à 1998 qui comptait seulement 100 journées de ciel bleu, puis 200 en 2002. En 2007 l'objectif est d'atteindre 67% de journées de « ciel bleu ».

Connaître la pollution
Pékin est d'ores et déjà dotée d'un important réseau de surveillance de la qualité de l'air composé d'une quarantaine de stations fournissant des mesures pour les principaux polluants atmosphériques (particules, SO2, NOx, CO). Afin d'améliorer les connaissances et d'être en mesure de prévoir la qualité de l'air, le Bureau de la protection de l'environnement de Pékin s'apprête à conduire une étude avec les PME françaises Leosphere et Aria Technologies (voir encadré).La municipalité pékinoise est également en train de se doter d'un réseau de mesure à proximité du trafic automobile dans le cadre d'un projet réalisé en partenariat avec le ministère de l'environnement et du territoire italien depuis 2005. Ce programme vise dans un premier temps à mettre en place un réseau de surveillance de la pollution liée aux émissions automobile afin, dans un deuxième temps, de mettre en œuvre des mesures de gestion du trafic pour réduire les émissions polluantes. L'objectif est de réduire le trafic automobile en interdisant l'accès à certaines zones en cas de pics de pollution.

Vannina Pomonti
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