Publié le 06 septembre 2010

ENVIRONNEMENT

La pollution de Hong Kong pourrait lui coûter cher

Un nuage sombre recouvre la baie de Hong Kong et les taux de pollution atteignent des niveaux records. Les chiffres sont alarmants : l'air est deux fois plus pollué qu'à Londres et trois fois plus qu'à New York. Si rien n'est fait, Hong Kong pourrait perdre sa place de carrefour du commerce international en Asie.

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A Hong Kong, 2010 comptera déjà comme une année noire. En mars, le taux de pollution a atteint un record. Plus de deux fois supérieur au niveau d'alerte de 2008. On est ainsi passé de 202 à 500 en deux ans sur l'échelle de pollution mise en place par le gouvernement. Les autorités demandent aux personnes les plus faibles de rester chez elles et les écoles ont supprimé les activités sportives. De quoi jeter un voile noir sur la réputation de la ville : « si Hong Kong veut garder sa place de Cité internationale, elle doit impérativement être plus active et efficace dans la lutte contre la pollution, tonne Richard Vuylsteke, président de la puissante Chambre de Commerce américaine à Hong Kong. C'est une nécessité pour tous et c'est aux politiques de régler ça ».

Ce ralliement tardif de la communauté d'affaires fait sourire les défenseurs de l'environnement. Longtemps marginalisés dans cette capitale du business, ils voient en ces nouveaux alliés l'occasion de faire enfin changer les choses. Il faut dire que plusieurs multinationales commencent à s'inquiéter. Certains expatriés rechignant à s'installer avec femme et enfant dans une ville aussi polluée, lui préférant Singapour sa grande rivale. Fait exceptionnel, il y a quelques semaines, des hommes d'affaires se sont même mués en écologistes pour signer une pétition afin de demander au gouvernement d'agir rapidement.

Pertes économiques et sociales

Le signal d'alarme a été tiré par l'un des spécialistes de la pollution dans la région. Le Britannique Anthony Hedley, créateur de l'index environnemental « Hedley », a finalement jeté l'éponge. A 69 ans, celui qui a déjà vaincu le cancer et passé une partie de sa vie à mesurer les effets dévastateurs de la pollution dans l'ancienne colonie britannique va prendre sa retraite sur l'île de Man, en Grande Bretagne. « Je dois réduire mon exposition à la pollution atmosphérique parce que je sais d'expérience que mes problèmes respiratoires viennent de là et que les choses s'améliorent si l'air est plus pur », explique-t-il.
Son site internet (http://hedleyindex.sph.hku.hk/home.php) mesure en temps réel les pertes économiques et sociales qu'engendrent la pollution dans ce petit territoire. Selon ses calculs, au moins 100 millions d'euros sont déjà partis en fumée depuis le début de l'année.
Contrairement à la Chine continentale où les activistes environnementaux sont jetés en prison et les ONG bâillonnées, le travail d'Anthony Hedley a toujours été soutenu par le gouvernement local. Il travaille main dans la main avec l'Université de Hong Kong, les services médicaux et les autorités locales. « Pour combattre la pollution, nous suivons une stratégie sur deux fronts, explique un porte-parole du gouvernement. Le premier est de limiter les émissions polluantes au niveau local. Le second est de travailler avec les pays voisins ».

La Chine accusée

Sans la nommer, le gouvernement regarde surtout du côté de la Chine. Son voisin et maître, depuis la rétrocession de 1997, est en effet le plus gros pollueur de la planète. La plus grande partie de ses usines sont installées à une encablure de Hong Kong, dans la province du Guangdong le long de la frontière avec Hong Kong.
Le Delta de la rivière des perles compte plus de 50 millions d'habitants. C'est le cœur de l'usine du monde. La province contribue pour plus de 12% à la richesse nationale de la Chine. Pour Pékin, pas question de sacrifier la croissance économique sur l'autel de l'environnement, fut-il à Hong Kong. Pour certains, c'est une excuse. « Il est temps de prendre des mesures urgentes pour lutter contre la pollution, s'insurge un éditorial du plus grand quotidien anglophone de Hong Kong, le South China Morning Post. Les officiels s'en lavent les mains et rejettent la faute sur la Chine. Ce n'est pas une excuse pour refuser d'agir et nous devons prendre la tête d'une croisade contre la pollution ».
« Il est clair que nous avons du pain sur la planche. Il faut revoir la question des transports publics trop polluants, créer des zones sans voiture ou encore privilégier le gaz au diesel. Nous savons qu'au moins la moitié de la pollution de Hong Kong vient de Hong Kong, donc nous devons agir maintenant », assure Joanne Ooi de l'ONG Clean Air Network.
Avec une densité record de 6500 habitants au kilomètre carré, la gestion des déchets, de l'eau, du transport et de l'énergie devient vite un casse tête. « Le transport maritime compte aussi dans les sources polluantes, souligne l'Observatoire Hedley. Hong Kong est le plus important port de conteneurs au monde. Il y a aussi la voiture avec les problèmes d'embouteillages et les centrales électriques. Tout ça explique qu'en 20 ans, je n'ai pas mesuré de progrès ».
Mais sous la pression des milieux d'affaires soucieux de garder une image propre de Hong Kong, le gouvernement pourrait rapidement passer à l'acte et investir 100 millions d'euros dans la lutte contre la pollution... 100 millions c'est tout juste selon Anthony Hedley, ce qu'a déjà coûté la pollution atmosphérique à Hong Kong depuis le début de l'année 2010.

Stéphane Pambrun à Hong Kong
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