Publié le 09 août 2019

ENVIRONNEMENT

La mort du maire de Signes, Jean-Mathieu Michel, met en lumière la persistance des décharges sauvages en France

On les pensait presque disparues, mais non ! La mort du maire de Signes Jean-Mathieu Michel, lundi 5 août, a mis en lumière le problème des décharges sauvages dans le Var et ailleurs en France, un phénomène face auquel communes, associations et riverains semblent démunis.

Decharge sauvage France CC0
En France, il existe encore de nombreuses décharges sauvages mais il y a peu de données.
CC0

"Mourir pour des gravats... C'est dingue, mais c'est avant qu'il fallait s'exciter", accuse un viticulteur du Castellet auprès de l'AFP, après le décès de Jean-Mathieu Michel, renversé par une camionnette qui tentait de déposer des déchets à la sauvette. Car dans ce village du Var voisin de Signes, où des norias de camions viennent déverser les déchets du BTP, on est bien placé pour parler de ces décharges officieuses.

"Ici, ce sont un million de tonnes de déchets qui ont été amenés depuis plus de 30 ans, sur un terrain privé. Certains jours on voyait passer jusqu'à 100 camions. Mais tout le monde fait la politique de l'autruche", accuse ce vigneron, sous le sceau de l'anonymat. "Cette décharge, elle nous mange des terres de l'AOC Bandol depuis le début des années 1990. Et sans autorisation, à notre connaissance", assure Michel Bronzo, vice-président de l'association des vins de Bandol.

Face à cette situation, l'AOC a dû se résoudre à une décision radicale : déclasser les 20 hectares de terrain concernés, au cas où un jour des vignes y seraient plantées. "L'image de nos vins était en jeu. Nous ne pouvions plus attendre éternellement, ça fait 30 ans que ça dure, et ça continue toujours !", a regretté auprès de l'AFP Christine de Salvo, vice-présidente de la chambre d'agriculture du Var et présidente d'une coopérative viticole à La Cadière d'Azur.

Des rejets organisés

Marc Martin-Escoffier, propriétaire du terrain, rejette en bloc ces accusations : "J'ai toutes les autorisations de la Dreal", la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, a-t-il assuré à l'AFP, en affirmant que ce qu'il reçoit sur son terrain est seulement de la terre de remblais.

Selon Henri Bonhomme, président de l'Union départementale du Var pour la sauvegarde de la vie et de la nature, le problème est en fait double : "Il y a ces rejets organisés, structurés, par des entreprises du BTP, petites ou moyennes, qui s'arrangent auprès de propriétaires privés pour déverser leurs déchets à moindre coût. Et ces particuliers ou artisans qui déchargent n'importe où, au bord des routes, à la sauvette. Et là c'est encore plus difficile de se battre".

La mort du maire de Signes illustre ce deuxième phénomène. Mais la question la plus grave est bien celle de ces décharges sauvages, sur des terrains privés, qui permettent de contourner les déchetteries officielles, où le dépôt de la tonne gravats coûte au minimum 10 euros. Quant au montant des amendes, il est trop peu dissuasif pour enrayer le phénomène. Un PV de classe 5 pour "grande pollution avérée et volontaire" s'élève à 1 500 euros.

Manque de données

Si on concède à la préfecture du Var que le problème est d'importance, on souligne que ce phénomène n'est pas propre au Var, un département où le BTP génère environ 2,5 millions de tonnes de déchets inertes, sur environ 250 millions de tonnes en France.

Mais aucun chiffre n'est disponible pour évaluer le nombre de ces décharges sauvages dans le département, ni le volume des déchets concernés. Quant aux procédures judiciaires, elles peuvent durer des années, comme dans le cas du Castellet ou de ces terrains du cap Sicié, une zone Natura 2000 sur le territoire de la commune de Six-Fours où s'entassent des millions de tonnes de déchets depuis près de 30 ans.

Pour mieux lutter contre ce phénomène, certaines communes ont mis en place des "pièges photos", comme dans l'agglomération de Draguignan, afin de tenter de prendre les délinquants sur le fait, en relevant leur plaque d'immatriculation. "Ce sont des appareils photos à déclenchement automatique. Nous en avons distribué environ 250 en trois ans aux 23 communes", a expliqué à l'AFP Jérôme Brelurut, responsable de la prévention et de la gestion des déchets de l'agglomération Dracénie Provence Verdon. Et les résultats sont là: "En trois ans, nous avons pu dresser 1 600 PV pour dépôt sauvage. Et nous constatons une baisse énorme de cette délinquance", assure-t-il.

La rédaction avec AFP


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