Publié le 28 septembre 2010

ENVIRONNEMENT

La Chine veut verdir son image

Le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre veut renforcer sa crédibilité avant d'accueillir une conférence sur le climat en octobre prochain. Plus de 2000 usines jugées trop polluantes vont ainsi fermer. Un premier pas vers une Chine plus verte ?

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« Il faut tuer le poulet pour effrayer les singes », dit un proverbe chinois. Une maxime mise au goût du jour par les autorités qui ont décidé de faire un exemple en fermant 2087 usines trop polluantes. « C'est un signal clair, un message adressé aux autres pour leur dire d'agir contre la pollution », estime le chercheur Benoit Vermander, spécialiste des questions environnementales en Chine. Dans cette liste noire des 2087, on ne trouve en effet aucun champion de l'économie chinoise. Pas de Baosteel, Sinopec ou CNOOC. Simplement quelques aciéries, des cimenteries et autres fourneaux de petites tailles. Des unités vétustes et polluantes qui devront cesser leurs activités d'ici au 30 septembre. Une mesure brutale et symbolique.

Le premier ministre Wen Jiabao avait promis, le 5 mai dernier, d'user d'une « main de fer » pour que soit respecté à temps l'engagement pris par le Parti communiste. Son gouvernement s'était en effet engagé avant le sommet de Copenhague à réduire de 45% son intensité carbone, c'est à dire ses émissions de CO2 par unité de PIB d'ici 2020, par rapport à l'année 2005. Pour atteindre cet objectif, le pays va consacrer 575 milliards d'euros sur 10 ans pour tripler la production de ses énergies renouvelables. Objectif : atteindre 15% d'énergie verte. Aujourd'hui, on est encore très loin. Si à la fin de 2009, la Chine avait réduit son intensité énergétique de 14%, durant le premier semestre de cette année, celle-ci est très légèrement repartie à la hausse. Il s'agit de la première augmentation depuis quatre ans. Un mauvais signe. Par ailleurs, selon l'Agence internationale de l'énergie, la Chine est devenue en 2009 le premier consommateur mondial d'énergie, devant les Etats-Unis, et le premier pollueur de la planète.

Verdir son image avant la conférence sur le climat

Alors pourquoi cet emballement soudain à vouloir verdir son image ? Pékin accueille au mois d'octobre une conférence sur le climat avant le sommet de l'ONU de Cancun à la fin de l'année. Un sommet destiné à trouver un accord remplaçant le protocole de Kyoto qui expire en 2012. Dans ce contexte, si la Chine s'éloigne de son objectif de réduction pour 2010, sa crédibilité par rapport à ses engagements sur le changement climatique va être sérieusement entamée. « La chine est consciente que le sommet de Copenhague fut assez désastreux pour son image et on peut s'attendre à une nouvelle attitude de la Chine avec des propositions concrètes sur ces problèmes », prédit Benoit Vermander.

Concrètes donc, comme ces 2087 moutons noirs qui devront mettre la clef sous la porte. Concrètes encore ces quelque 500 usines jugées trop polluantes et qui ont vu le mois dernier leur électricité coupée. Au même moment, Pékin annonçait la fin du tarif préférentiel de l'électricité pour les industries les plus énergivores dans 22 provinces du pays. Enfin, les cadres locaux ont été avertis qu'ils verraient leurs promotions suspendues s'ils n'atteignaient pas leurs objectifs en matière de réduction d'émissions. Au ministère, on insiste sur quelques mesures phares : la fin des prêts bancaires et des crédits export pour les récalcitrants ou la suspension des licences et des baux. Enfin, si nécessaire, l'électricité sera coupée. « Nous devons améliorer nos standards de production, nos capacités techniques et notre compétitivité, explique un porte-parole du ministère de l'Industrie. Nous étions gros, nous devons maintenant être forts ».

La question du charbon

Pour Yang Ailun, une responsable de Greenpeace Chine, ces mesures s'apparentent néanmoins à du rafistolage. « Les problèmes de pollution en Chine n'ont fait que s'aggraver au cours de trois décennies de décollage économique, explique la militante écologiste. Ces usines doivent certes fermer, mais il serait plus judicieux pour le gouvernement de prendre des mesures à long terme ».

L'une des principales difficultés est l'indépendance énergétique du pays. La croissance chinoise est énergivore, notamment en charbon qui représente toujours 70% de l'énergie produite en Chine. Le pétrole est cher, l'énergie hydraulique insuffisante, tout comme l'éolien. Reste donc le charbon. « Le charbon est un problème énorme et la Chine multiplie les coopérations avec les pays étrangers pour avoir des centrales plus propres », explique Benoit Vermander.

Mais, selon lui, le problème écologique en Chine est d'abord interne et pas seulement international. « La Chine veut réformer sa gouvernance écologique pour éviter des crises sociales », assure le chercheur qui rappelle que les accidents industriels ont augmenté de 98% en un an et certains événements comme la marée noire de Dalian ont provoqué un véritable choc dans l'opinion.

« Beaucoup de citoyens ne s'interrogent plus sur le rythme mais sur la qualité de la croissance chinoise, explique Ma Jun, un célèbre environnementaliste connu pour avoir établi la liste noire des pollueurs chinois. Certaines usines sont tellement inefficaces sur le plan énergétique qu'elles ne pourront pas s'adapter. Elles ne pourront jamais respecter les règles environnementales de base ». Un véritable casse-tête donc pour les autorités et ces mesures annoncées à grand renfort de publicité s'apparentent davantage à du saupoudrage avant le sommet de Pékin le mois prochain. Même si la Chine parvient à diminuer son intensité carbone, les experts de l'Agence internationale de l'énergie rappellent que la croissance économique chinoise à deux chiffres, la hausse constante des ventes d'automobiles et la demande des ménages en électricité ne feront que croître dans la prochaine décennie. Rendant quasiment impossible la naissance d'une Chine verte.

Stéphane Pambrun à Pékin
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