Publié le 15 mars 2010

ENVIRONNEMENT

L'Amérique se prépare à réduire de 30% la pollution de ses voitures

L'agence américaine de protection de l'environnement devrait d'ici peu émettre une nouvelle réglementation sur la pollution de ses voitures... L'industrie automobile, qui ne doit son sauvetage qu'aux milliards de dollars octroyés par la Maison Blanche, n'a pas pu s'y opposer. Le Congrès pourrait en revanche lui mettre des bâtons dans les roues.

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L'EPA (Environmental Protection Agency), agence américaine de protection de l'environnement, devrait en mars ou au plus tard début avril, introduire une nouvelle réglementation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre des voitures. Cette règlementation concoctée avec l'aide du ministère des transports instaure un objectif de réduction de 30% de la pollution en 2016, en prenant comme année de départ 2002.
Washington s'est ainsi rallié aux pionniers californiens, en reprenant presque à l'identique les mesures prônées par l'État californien. Les lobby écologiques se réjouissent tous de l'initiative de l'EPA qui permet de faire progresser la cause, sans passer par le Congrès. « C'est une première étape positive », dit Frank O' Donnell, de l'organisation Clean Air Watch. De même Courtney Heavens, l'experte d'Environment America, calcule avec plaisir combien la mesure permettra de gagner. La pollution due au gaz carbonique sera réduite de 900 millions de tonnes métriques de 2012 à 2016. Et grâce aux économies d'énergies réalisées, 6,8 milliards de litres d'essence seront économisés. Soit l'équivalent consommé par 177 millions de voitures pendant un an, se félicite-t-on à "Environnment America".

Du côté des industriels, dans les locaux de l'Alliance of Auto Manufacturers, un lobby représentant 11 fabricants (General Motors, Ford, Chrysler, BMW, Toyota...), l'humeur est pourtant, là aussi, au beau fixe. « Le plus dur est derrière nous, explique Charles Territo, porte parole de l'Alliance. Lorsqu'en mai dernier vous avez vu le président Barak Obama avec les constructeurs auto à la Maison Blanche, cela veut dire que nous avions trouvé un compromis. » Les constructeurs se sont longtemps fermement opposés aux mesures écologiques défendues par les militants verts. Ils ont ainsi poursuivi en justice l'État de Californie lorsque son gouverneur a proposé la mise en place de sa propre législation contre la pollution. Une législation que 14 autres États étaient prêts à suivre et que l'industrie tentait de freiner le plus possible.

Mais depuis cette initiative californienne, le rapport de force a changé. L'industrie auto a frôlé la catastrophe financière. Elle n'a dû son sauvetage qu'aux milliards de dollars que lui a accordés la Maison Blanche et ne pouvait donc dire « non » au président Obama. Charles Territo s'est seulement battu pour que toutes les entreprises soient traitées de la même manière. « Que ce soit Ford, Toyota, Saab ou Hammer...le même modèle s'applique à toutes les marques, dit-il. La réglementation se concentre sur l'empreinte écologique de chaque voiture. » Il a aussi demandé et obtenu un même étalon de mesure pour les 50 États du pays. « Si l'on avait laissé la Californie et 14 autres États adopter ses propres règles du jeu, on aurait créé une catastrophe réglementaire », dit il.

Un mouvement anti-EPA ?

Tout semble donc aller pour le mieux. Mais quelques grains de sable pourraient encore faire dérailler la machine réglementaire.
L'EPA a en effet autorisé l'an dernier la Californie à mettre en place ses propres mesures anti-pollution. Et même si, de fait, la Californie se ralliera au règlement fédéral, le « privilège » californien a déplu aux concessionnaires auto et à la Chambre de commerce américaine, qui ont porté l'affaire devant la cour fédérale en septembre dernier. « Je crois qu'ils vont perdre » assure Frank O' Donnell. Mais le rôle de leader de la Californie, conforté par l'EPA, gêne la Chambre de Commerce. Elle a peur qu'après 2016 « cet État prône des normes anti-pollution encore plus sévères », explique Frank O' Donnell.

Autre grain de sable : le projet de loi défendu par Lisa Murkowski, élue républicaine de l'Alaska. La sénatrice s'oppose aux velléités réformatrices de Lisa Jackson, administratrice de l'EPA, qui veut également réglementer les émissions des centrales électriques, des aciéries, des usines chimiques...Lisa Murkowski essaie donc de retirer à l'EPA son pouvoir décisionnaire sur l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre. Or, si la sénatrice ne s'intéresse pas en l'occurrence à la réglementation sur les voitures, celle-ci pourrait être une victime indirecte de la révision du champ d'action de l'EPA.

Les craintes causées par le « militantisme » des fonctionnaires de l'EPA sont partagées par un nombre croissant d'élus démocrates. Huit sénateurs démocrates représentants des États industrialisés, ou des villes minières, sont montés au créneau, parmi lesquels Max Baucus du Montana ou encore Carl Levin du Michigan. Les 8 dénoncent publiquement « une réglementation imprudente qui pourrait réduire à néant les projets d'investissements nécessaires pour créer des emplois ».
Ce mouvement anti-EPA n'est pas encore majoritaire. Mais il pousse les lobbys écologistes à la mobilisation.

Caroline Crosdale à New York
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